Entretien avec Yann Tiersen
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Mardi 21 novembre 2006
Yann Tiersen "On Tour", c'est de l'émotion à l'état brut. Sur cd ou dvd, il transmet un son, une certaine image nette et sans bavure de sa tournée à travers le monde. Quelques instantanés captés à l'arrachée dans un bled ou festival.
RamDam: Peut-on dire que ce live est un disque totalement original ?
Yann Tiersen: Carrément ! Pour moi, c'est un nouvel album. Je pense qu'il est résolument rock sans que ce soit une volonté préméditée.
RamDam: Ne vouliez-vous pas casser une marque de fabrique "Yann Tiersen" ?
Y. T.: Je n'aime pas casser les choses. J'aime bien m'en servir au contraire. Tout bêtement pour avancer, garder la créativité, je dois passer par ce changement.
RamDam: Quand je vous ai vu sur scène, vous jouiez depuis déjà une bonne heure alors que quelques personnes dans la salle se demandaient encore quand vous alliez arriver car ils ne s'attendaient pas à entendre ce genre de concert ?
Y. T.: C'était au début de la tournée. J'espère que maintenant c'est terminé ! (rires).
RamDam: Le son de ce disque est formidable, on s'y croirait ! Est-ce que ce fut dur à enregistrer ?
Y. T.: C'est F. Flor qui a enregistré l'album. Il est arrivé avec un petit portable et une carte son et voilà, c'est tout. Simple et léger. Prendre un maximum de concerts. Enfin je dis "simple" mais pour lui, ça ne devait pas l'être, mais ça n'avait rien à voir avec une énorme machinerie.
RamDam: Vous avez enregistré sur toutes les dates ?
Y. T.: Non, une vingtaine.
RamDam: Comment fait-on ensuite quand on se retrouve à la maison pour choisir entre toutes les prises ?
Y. T.: En fin de compte, j'ai laissé Fabrice choisir dans les souvenirs qu'on avait des concerts. Quand un concert est bon, on s'en souvient beaucoup mieux et on le sait (rires). Ce qui est rassurant, c'est qu'on a pris beaucoup de choses sur les dernières dates enregistrées. Il y a beaucoup dans ce disque des concerts de juillet 2006.
RamDam: Contrairement à votre précédent live qui était pléthorique, dans celui-ci il n'y a "que" 10 titres ?
Y. T.: C'était une volonté. Dans le premier live, on avait eu l'occasion de faire une tournée avec un orchestre et je tenais à en rendre compte. On avait enregistré 3 soirs à la Cité de la musique. C'était bien d'en faire profiter les gens. C'était une sorte de témoignage. Je n'aurais pas pu faire cette expérience 10 fois, d'ailleurs je ne sais pas si je pourrais le refaire un jour. Celui-ci, on a vite senti que l'on s'épanouissait vachement en déplaçant les choses. Il y avait des émotions que je tenais à faire partager. Par exemple, c'est la première fois que je suis en tournée tout en ayant la possibilité d'écrire de nouveaux morceaux. D'habitude, je ne pouvais pas composer et jouer. Alors qu'avec "On Tour", j'étais porté par quelque chose de neuf. C'est un véritable album qui s'est construit au fil du temps et des dates. Sur la route.
RamDam: Vous aviez donc le temps d'écrire et, comme on peut le voir sur le DVD, de jouer au badminton dix minutes avant de rentrer sur scène ?
Y. T.: Je ne suis jamais mieux que dans les festivals, par exemple, où je peux aller voir un concert avant. Le changement de plateau dure généralement un quart d'heure et j'ai donc largement le temps d'écouter le concert précédent sans vraiment stresser sur mon propre set. Je n'aime pas me préparer à l'avance.
RamDam: C'est peut être un moyen d'éviter le trac ?
Y. T.: Ce qui me fout le trac, ce sont les prestations live à la radio. Sur scène, je me sens chez moi. Ce n'est pas prétentieux mais il y a une relation avec le public, un vrai plaisir. Ce qui est génial, quand on a un nouveau morceau, c'est justement de pouvoir le répéter l'après-midi et le jouer sur scène le soir et avoir tout de suite une réaction qu'elle soit positive ou négative. De toute manière, même dans mes albums, je ne crois pas au disque parfait. Je pense que c'est déjà beaucoup d'être sincère et de prendre du plaisir. Après, la perfection technique ou instrumentale, on s'en fout !
RamDam: Ce disque était en préparation depuis longtemps ?
Y. T.: Quand on a commencé les répétitions, je me suis dit "on tient quelque chose de rare, il faut l'enregistrer".
RamDam: C'était une évidence pour vous et la maison de disques ou seulement pour vous ?
Y. T.: Pour moi et pour eux, on était d'accord. J'ai la chance de pouvoir faire ce que je veux, de toute façon, si ce n'était pas le cas, je me barrerais ! (rires). Surtout maintenant, j'ai envie de sortir des disques quand artistiquement c'est le moment. Pas attendre une période. Je ne crois pas qu'il faille attendre un cycle de 4 ans pour être dans le coup. Je pense que ce n'est pas vrai, on ne fait pas un disque parce que c'est le meilleur moment dans une date où il n'y a pas d'autres sorties, etc. On fait un disque parce qu'on a besoin de le faire.
RamDam: Auriez-vous sorti l'album live en CD si le DVD parallèlement n'avait pas été fait ?
Y. T.: Ce sont deux choses complémentaires. Indépendantes et à part entière. Aurélie du Boys qui a réalisé le DVD, avait carte blanche pour faire un film musical, en toute liberté. Son approche visuelle, sans unité de temps et de lieu, cette espèce de grand chantier se rejoint avec ce que je voulais faire avec les sons.
RamDam: Vous aviez déjà fait appel à elle pour "La traversée" ?
Y. T.: "La traversée", on l'a faite principalement ensemble. Pour celui-ci, elle savait où elle voulait aller. J'étais en tournée à m'occuper de ma musique et elle était une cinéaste qui faisait un film sur la tournée d'un artiste. Il y a des moments, notamment le passage avec Elisabeth Fraser, qui m'ont sidéré. C'est vachement beau.
RamDam: La politique des maisons de disques, c'est de sortir un CD live et un mois plus tard un DVD de la même prestation alors que vous, les deux sortent en même temps ?
Y. T.: Oui, ce sont deux choses différentes qui se ressemblent sans s'annuler; l'un ne prend pas le pas sur l'autre. Le CD est court avec 10 titres alors que sur le DVD, il y en a une trentaine. Je voulais les sortir en même temps car c'est complémentaire. Au départ, je voulais même que les deux sortent dans un ensemble CD-DVD, ce qui n'était pas possible financièrement.
RamDam: Est-ce que vous êtes, comme les réalisateurs et les acteurs de cinéma pour les entrées, à l'affût des premiers chiffres de ventes ?
Y. T.: J'ai envie de savoir, surtout en ce moment où l'industrie du disque n'est pas très rose. Mais en même temps, je vais pas me prendre trop la tête avec ça.
RamDam: Que ce soit sur l'un ou l'autre des supports, on voit que vous prenez du plaisir à chanter, c'est presque une nouveauté ?
Y. T.: De plus en plus. En ce moment, on fait des sessions acoustiques à la radio avec deux guitares et je prends un réel pied.
RamDam: Votre timbre de voix se rapproche de Dominique A ?
Y. T.: Ha bon ! C'est gênant cette comparaison pour la voix de Dominique (rires). Vous avez entendu la mienne ? (rires). Tout ce que je peux dire, c'est que je chante de plus en plus dans l'aigu. J'ai longtemps été dans le grave mais ce changement à l'air de me plaire.
RamDam: Et vous offrez aux gens un duo d'enfer: une belle prestation avec Diam's ?
Y. T.: On a entendu ce morceau "La France à moi" dans le bus et le texte était mortel. C'était pertinent poétiquement. Je trouve que Diam's est très intègre et très rock n'roll en fin de compte. Du coup, quand le Printemps de Bourges nous a demandé d'inviter quelqu'un, je leur ai demandé Diam's. Ce fut une super rencontre. J'écoute beaucoup de rap. Je trouve qu'il y a dans le rap un vrai discours social et politique. Ce n'est pas une obligation mais les valeurs, l'esprit "rock", et cette espèce de contre-culture, je les ressent, tout du moins en France, dans le rap. Les gens du rock s'expriment plus dans les grands magasins, en s'achetant des fringues, plus que dans le discours et dans le texte.
RamDam: Vous avez sillonné le monde. Qu'est-ce qui vous attire hors de nos frontières ?
Y. T.: En fin de compte, le public français c'est le cliché du français: il se regarde trop le nombril. Surtout depuis que le climat politique et social s'envenime. Il y a une espèce de chape de plomb qui plane sous forme de nuage de mauvaise augure. Dès qu'on passe les frontières, il y a un premier degré, une énergie et une communion beaucoup plus forte.
RamDam: J'ai une question totalement bizarre mais, pourquoi sur le livret, certaines dates sont encadrées en rouge et d'autres non ?
Y. T.: Ce sont les lieux où nous avons capté les images et les sons qui sont sur le CD et le DVD. Mais je trouvais important de mettre par contre toutes les dates de la tournée.
RamDam: Je voudrais en arriver à Katel qui est un peu votre petite protégée ?
Y. T.: Je ne la connaissais pas du tout et je l'ai découverte sur scène à Saint-Lô. Elle a un univers super fort, quelqu'un qui écrit des textes incroyables, qui a une voix super belle, qui est sans concession. Ca m'est rarement arrivé de découvrir quelqu'un qui puisse avoir un univers présent immédiatement. Je vous assure qu'elle va beaucoup compter dans le paysage musical français.
RamDam: Où serez-vous dans les mois qui viennent ?
Y. T.: Lundi prochain, nous partons pour l'Australie, l'Indonésie et ensuite la Chine. Et après, on revient au Bataclan juste avant les fêtes.
Propos recueillis par Pierre Derensy
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