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Entretien avec Adrienne Pauly

Montez sur scène avec Suprême NTM !

Mercredi 13 décembre 2006

J'ai déjà dit tout le bien que je pensais du disque d'Adrienne Pauly, la rencontrer ne fait que confirmer l'excellence qui rayonne autour de cette personne. Sans langue de bois, avec une agilité de panthère noire, elle aborde son parcours, son premier disque et quelques thèmes de femmes fatales, et cela toutes griffes dehors, en sortant d'un discours consensuel et commercial. Une grande dame.

RamDam: Avant de parler de ton album, je voulais savoir si j'avais toutes les qualités pour être le mec que tu cherches sur ta chanson: je suis ignoble, sans scrupule, très musclé et pas musicien pour un sou ?
Adrienne Pauly: Non, ça ne va pas du tout ! (rires) J'aime beaucoup les hommes et si mes histoires d'amours se sont finies, c'est plutôt car j'étais amoureuse des mecs et non pas parce qu'ils étaient comme tu te décris. Dans ma chanson, je lui dis seulement que je désire qu'il soit à mes côtés, ce n'est pas une chanson contre la gente masculine.

RamDam: On dirait qu'Adrienne Pauly, c'est une sorte de personnage que tu t'es fabriquée pour te protéger de la vie quotidienne ?
A. P.: Peut-être que la vie quotidienne m'a un peu échappé car j'étais trop dans les nuages, mais je ne sais pas si malheureusement ce serait possible de dire que je joue un personnage.

RamDam: Quand même, la grande timide se soigne en jouant les canailles ?
A. P.: Alors là, oui ! Je suis une grande timide qui se la joue. C'est forcément pour cacher un truc.

RamDam: Tu as choisi de devenir artiste pour éviter d'être toute ta vie la fille du Prisunic ?
A. P.: Certainement. Les rôles qu'on a pu me faire jouer dans la vie et qui ne me plaisaient pas, c'étaient les rôles de comédiennes que j'ai joué au cinéma. Finalement, le mieux, c'était que je fasse mes rôles à moi. Toute petite, je n'avais pas le bon costume, j'aime bien les jeux de rôle donc j'en ai essayé plein en étant comédienne, mais ils ne m'allaient jamais vraiment.

RamDam: Qu'est-ce qui t'es arrivé de pire sans tes lentilles de contact quand tu étais dans le flou artistique, d'être entre la chanteuse et la comédienne ?
A. P.: De me prendre un poteau (rires). J'ai eu du mal à faire ce choix entre les deux, c'est pour ça que la glande a duré aussi longtemps! Je continuais à passer des castings mais la voix ne sortait plus. Un jour, j'ai pris un cours de chant et ça m'a totalement libérée.

RamDam: Tu peux me parler de ce book que tu envoyais aux artistes musiciens avec qui tu voulais travailler ?
A. P.: Il y a 5 ans, j'ai commencé à chercher des guitaristes dans des soirées la nuit car j'avais des textes. Je n'ai pas trouvé tout de suite. Mais l'idée d'être chanteuse m'était venue déjà depuis longtemps. Comme beaucoup de petites filles, j'imitais Liane Foly, Marilyn Monroe mais c'était toujours des imitations. J'ai même monté un groupe à 14 ans avec des copines. On chantait "Les feuilles mortes se ramassent à la pelle". Un jour, mon père est arrivé dans la pièce et m'a dit "Les feuilles sont mortes et moi aussi, pourrais-tu aller ranger tes vieilles chaussettes qui traînent dans l'escalier pour qu'on puisse passer à table ?" Donc là, j'ai pris mes vieilles chaussettes; comme tu te l'imagines, ce soir-là je n'ai pas mangé et l'humiliation que j'avais subie m'a fait laisser tomber l'idée d'être chanteuse.

RamDam: Pendant longtemps on t'a brimée de cette envie ?
A. P.: Après ça, j'ai chanté mais toujours à voix basse (rires). Je me filmais, avec une caméra que j'avais eu à la place d'un micro comme je le souhaitais. On m'avait donné une caméra car il y avait le son et l'image, c'était donc plus intéressant. Mon frère d'ailleurs, m'a assez vite repris cette caméra et il est devenu metteur en scène. C'est certainement en étant frustré que l'on acquiert une force pas croyable.

RamDam: Qui a flashé sur ton petit cahier ?
A. P.: Mon producteur ! Marc Lumbroso. J'avais su par ouï-dire que c'était quelqu'un de très bien. Un jour où je me suis rendue compte que je n'avais plus rien à becter car je vendais mes livres et mes disques comme ça à la sauvette et que ça devenait trop galère, je l'ai appelé dans l'énergie du désespoir et je lui ai montré un cahier où j'avais fait des découpages, des textes et une maquette de 5 chansons, donc il a écouté ça et une semaine après, l'aventure a commencé.

RamDam: D'ailleurs, pour te présenter aux journalistes qui ne te connaissaient pas, ta maison de disques a envoyé une partie de ces petits cahiers...
A. P.: C'est le son et l'image comme dirait mon père. C'est la meilleure manière de présenter mon univers car quand j'écris des chansons, je vois aussi des images. Je pars d'images personnelles. C'est aussi important que la musique pour moi. Si tu as envie de dire des mots, il ne faut pas que ce soit n'importe lesquels.

RamDam: Toutes tes chansons sont exposées comme des courts métrages, des tableaux parfois trash, souvent touchants pour tes personnages ?
A. P.: A un moment, j'écrivais des courts métrages. Même un moyen métrage que j'ai failli tourner avec un producteur totalement alcoolique mais deux mois avant de le mettre en images, j'ai rencontré Christophe Ernault avec qui j'ai écrit mes premières chansons, j'ai donc laissé tomber car pour moi la musique était plus facile, une sorte d'évidence.

RamDam: Bizarrement pour une fille qui aime l'image, tes séances photos sont épiques, tu es très stressée face à l'objectif ?
A. P.: J'ai compris le truc ! C'est parce que dans la photo, tu as une image figée. Quand je suis sur scène, je suis dans un mouvement. Le mouvement de la vie est très beau pour moi. Cet exercice de style qu'est la photo où tu es maquillée trois heures avant, je peux vite me sentir comme une statue du musée Grévin. J'ai plutôt envie de casser le plâtre. Maintenant j'ai trouvé, je n'arrête plus de bouger. Ce qui fait des photos floues (rires).

RamDam: Tu te considères plutôt comme une femme ou une petite fille ?
A. P.: Certainement pas une petite fille... J'aimerais bien être une femme ! C'est mon but dans la vie (rires).

RamDam: Sur ton disque, il y a beaucoup de dépréciation de soi-même ?
A. P.: Je tourne ça en dérision. C'est une mise en abîme. Des fantômes dans le placard que je tue. Ce sont un peu mes monstres. Et c'est toujours plus facile de dire du mal de soi-même que de l'entendre des autres.

RamDam: Il y a chez toi beaucoup de fantasmes de vie parfaite également ?
A. P.: C'est ça le truc régressif. Le reste d'adolescence ou d'enfance pas fini. On croit au coup de baguette magique et finalement quand on regarde la vie et qu'il faut se la farcir, on s'aperçoit que c'est moins bien que dans ses rêves donc on décide de ne pas jouer le jeu. C'est comme dans ma chanson "Vas-y viens... ", c'est un mec qui est en boîte de nuit et qui cherche une sirène qui l'emmène sur son dos, que ce soit sa maman, sa pute et c'est un peu débile.

RamDam: Débile mais finalement c'est ça aussi la femme parfaite que nous recherchons tous ?
A. P.: Bien sûr ! (rires). On a tous du mal à associer ses rêves à la réalité. Il faut juste trouver un équilibre.

RamDam: Dans ta manière d'écrire, de chanter, il y a la fille "garçon manqué" qui cherche à se bagarrer dans la cour de l'école à la récréation ?
A. P.: Peut-être parce que j'ai un frère ? (rires) De toute manière, je ne pouvais jamais faire ma princesse dans la cour de l'école, j'avais des lunettes papillon ridicules et j'étais habillée en robe pompon ou jupe plissée. C'était la voisine d'à côté qui me filait ses fringues, j'étais constamment réduite à jouer les valets ou les fous du roi. Donc tu vois, c'étaient des rôles de mecs. Pourtant, j'ai toujours eu des fantasmes de filles: après pour me venger j'avais des fourrures roses synthétiques et deux bagues à chaque doigt. Je rêvais d'un jour où je partirais avec mes talons hauts et mon sac de dame.

RamDam: Le côté grande gueule femelle, c'est parce qu'avec les hommes tu es du genre à regarder tes chaussures pour dire bonjour ?
A. P.: Oui ! (rires) Dans la vie, j'oscille beaucoup entre prendre une place et marcher sur la pointe des pieds pour me cacher. Je suis toujours entre les deux. Mais j'arrive à parler très normalement et à avoir des rapports normaux avec les hommes.

RamDam: Dans ta musique, si on prend "J'veux un mec", il y a un côté vintage, sixties ?
A. P.: J'ai eu des influences de vieilles chansons françaises comme Fréhel, d'un autre côté j'écoutais la variété comme Jonasz ou Michel Berger et j'aimais beaucoup les Rita Mitsouko et le jazz comme Chet Baker. Dans les trucs rock, c'était les Doors ou les Stranglers. Quand j'ai rencontré Christophe Ernault, il m'a fait découvrir les B 52's et des artistes des années 80 genre Elie et Jacno. Toute cette vieillerie en fait (rires).

RamDam: T'être entourée de tous ces beaux mecs pour musiciens, c'était pour ramener les filles à tes concerts ?
A. P.: C'est exactement mon plan promo (rires).

RamDam: Tes concerts c'est quoi exactement: un joyeux bordel ou un magnifique stress ?
A. P.: L'ensemble des deux ! J'ai essayé de calculer. Il y a 2, 3 concerts où j'essayais de répéter mes phrases mais j'avais l'impression d'être Michel Drucker. J'avais du mal à m'amuser dans ce rabâchage. Maintenant, j'enchaîne les chansons et j'essaye de sentir la salle. Il faut que ce soit un moment de vie assez marrant finalement.

RamDam: J'aimerais que tu me parles de la promo à la télé: tu ne sembles pas adorer cela ?
A. P.: Justement, je me suis demandé ce que je devais faire avec ce média. Je pense que ça peut devenir très marrant mais c'est un boulot. C'est une sorte de ping-pong, tu es là mais en même temps ce n'est pas vraiment toi qu'ils attendent. A la télé, ils sont tous devenus barges. Ils vivent dans une autre dimension où le présentateur fait son show. Tu te sens obligée de faire le bon gag.

RamDam: Les ongles peints en noir, c'est difficile à entretenir ?
A. P.: Oui, ça demande un entretien de tous les jours mais on peut faire ça très facilement sur un comptoir ou n'importe où d'ailleurs. C'est comme de mettre ou d'enlever les lentilles de contact, il faut prendre le coup de main.

RamDam: Pour terminer, qu'est-ce qu'il y a dans ce foutu sac que tu gardes précieusement sur une photo de ton album ?
A. P.: Hé bien, il n'y a absolument rien ! (rires). Non, je déconne: il y a une brosse à cheveux et des bouts de cheveux de moi quand j'avais 10 ans car je ne me coiffe pas souvent les cheveux, il y a des lentilles de contact forcément, des crayons qui marchent pas, un dictaphone pour s'enregistrer et bien sur un cahier de dessins de gens avec de grands nez.

Propos recueillis par Pierre Derensy

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