Entretien avec Fabien Cahen
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Mercredi 14 mars 2007
Fabien Cahen aime le rock. Cela s'entend. Dans un mélange de Queens of The Stone Age, de Coldplay, de B-52's avec un zeste de punk, il livre son album Marchands de loups après être resté pendant longtemps le guitariste derrière l'artiste. Le voilà tel qu'en lui même.
RamDam: Quand je lis ta biographie, je vois que tu as été influencé par Jean-Jacques Goldman ou Pearl Jam en matière de musique et Brel et Ferré pour le côté texte, qu'en est-il vraiment ?
Fabien Cahen: Alors ça, Brel et Ferré, je ne sais pas qui a noté ça mais il faut l'enlever, parce qu'en fait ce sont mes parents qui écoutaient ces chanteurs... bien que Ferré quand j'étais avec Cox, nous avions repris une chanson qui s'appelle "L'anarchiste". Ce ne sont pas des gens que j'écoute en règle générale. Oui mes influences viennent de la musique anglo-saxonne, mais pas seulement. Là, j'ai participé aux Aventuriers d'un Autre Monde et j'ai trouvé un réel bonheur à me plonger dans la musique de Cali, alors qu'au départ, ce n'était pas forcément mon truc. J'ai compris beaucoup de choses aussi en accompagnant Raphaël, j'ai compris la puissance et l'impact de ses chansons en rentrant du coup dans "sa maison". Bashung aussi qui m'a appris à enlever tous les codes. Avec sa manière d'ovni artistique qui reste mélodieuse mais sans structure: couplet-refrain.
RamDam: Tu faisais auparavant partie de Cox, pourquoi ne pas avoir continué ?
F. C.: Je sentais que cela se finissait et que si on s'acharnait à poursuivre, on aurait fini par se fâcher. J'ai donc préféré rester sur une belle histoire.
RamDam: Plutôt que d'écrire "il faut tourner la page pour connaître la fin de l'histoire" en exergue de ton livret, peut-on dire que pour Fabien Cahen, c'était indispensable de tourner la page pour débuter l'histoire ?
F. C.: Cette phrase "il faut tourner la page pour connaître la fin de l'histoire" vient d'une réflexion d'un ami. Elle a fait partie de moi, elle a tourné dans ma tête pendant la période de l'album et elle m'a fait avancer.
RamDam: On t'a souvent demandé de faire simplement guitariste d'un groupe ?
F. C.: Oui. Par exemple, il y a 8 ans, Nicolas Sirkis m'appelait pour être le guitariste d'Indochine. Et j'ai dit non. Mais il l'avait très bien pris car je débutais l'aventure de Cox et il nous avait pris en première partie de ses concerts. Aubert aussi aimerait bien m'avoir dans son équipe.
RamDam: Il te manquait le bonheur d'être artiste à part entière ?
F. C.: Je pense surtout que je n'aurais pas été heureux car on ne m'aurait sûrement pas donné une place de compositeur, mais juste de guitariste. J'aime l'idée aussi d'offrir aux gens mes mélodies et mes chansons, plus qu'un son de guitare. J'ai toujours eu envie d'aller plus loin que ça.
RamDam: Avec ce disque, on a l'impression que tu quittes l'adolescence pour devenir un adulte responsable ?
F. C.: Alors là totalement ! C'est vraiment ça. J'ai grandi, mûri. Ca fait du bien de vieillir. Même si je ne dis pas vieillir mais grandir. C'est un pas de plus pour se connaître. Je prends chaque jour qui vient comme une vraie étape, sans chercher à tout comprendre de moi-même en 1 seconde. Ce n'est pas bien de connaître la fin avant de connaître le début de l'histoire. Je suis content que l'on ne me voit plus comme un adolescent grâce à cet album. C'est pour ça aussi que j'ai décidé de partir en solo: c'est pour ne plus traîner cette image.
RamDam: Mais c'est aussi se retrouver en terrain découvert sans personne pour se cacher ?
F. C.: J'étais prêt je crois. Je voulais rentrer seul sur scène. Même pour une discussion avec les journalistes. Avec Cox, je me cachais effectivement derrière les autres mais en fait j'avais des choses à dire. Quand j'étais jeune, j'étais un garçon très taciturne et j'ai mis beaucoup de temps à me lâcher, à me désinhiber; j'ai pris confiance en moi sans me cacher dans un groupe.
RamDam: Le loup est rentré définitivement dans sa tanière ou le mouton s'est métamorphosé ?
F. C.: (Rires) Ecoute je te laisse avec cette phrase.
RamDam: Comment expliques-tu ta complicité artistique avec Zazie et le fait qu'elle perdure, malgré votre séparation ?
F. C.: Je ne sais pas, c'est la première à qui je faisais écouter mes chansons et j'étais le premier à entendre les siennes. Même si on ne vit plus sous le même toit, il y a une forme de respect, de confiance, de tendresse entre nous. Artistiquement on se fait beaucoup confiance.
RamDam: C'est du reste très touchant de vous retrouver tous les 2 sur "La passion" ?
F. C.: On a passé nos limites personnelles et donc il n'y a plus de limites. En plus, cette chanson, ce duo a été enregistré après notre séparation, c'était donc très étrange de la retrouver pour une chanson. Et pourtant cela s'est passé avec beaucoup de complicité et de tendresse. Elle n'est pas venue un jour après moi faire une voix. Nous l'avons chantée ensemble.
RamDam: Est-ce que tu crois en Dieu ?
F. C.: Absolument pas. Je pense que c'est une invention pour les pauvres. Dieu est le psy du peuple. La religion est le premier business du monde. Ma vision est très violente mais par contre je partage un grand plaisir avec ma fille de rentrer dans une église pour essayer de capter la sérénité du lieu par rapport à la tempête extérieure.
RamDam: Tu m'as parlé des Aventuriers d'un Autre monde mais qu'est-ce qui t'a marqué ?
F. C.: Qu'ils t'accueillent les bras ouverts. Qu'ils partagent avec toi, qui est guitariste. C'était un travail périlleux. Car tu devais entrer dans leur musique tout en donnant une part de toi.
Propos recueillis par Pierre Derensy