Entretien avec les Fatals Picards
La prochaine star internationale, c'est peut-être toi !g(17631532)a(999052))
Vendredi 23 mars 2007
Faire une interview des Fatals Picards, en l'occurrence avec Yvan et Paul, deux des membres du groupe, c'est un privilège. Surtout quand vous savez qu'il est possible de mettre la patate dans le délire tout en essayant de rester sérieux deux minutes pour faire comprendre aux lecteurs que leur disque est une somme de drôlerie mais aussi un très bon album. Rendez-vous avec ces bêtes de l'Eurovision et des salles de concerts juste après un repas...
RamDam: Bonjour messieurs, alors est-ce que vous avez bien mangé ?
Les Fatals Picards: On a presque fini... on est en train de digérer là.
RamDam: Je peux poser quelques questions tout de même ?
F. P.: Tu peux poser autant de questions que tu veux, on te répondra le mieux qu'on peut !
RamDam: Bon, vous pensez qu'à 5, vous avez une chance contre Bernard Lavilliers ?
F. P.: Ha non car Bernard Lavilliers, c'est notre ami. Il a écouté notre chanson et il la trouve très bien. En fait, on pensait qu'il voulait nous casser la gueule mais non. On se moque pas du chanteur mais du personnage qu'il est. Comme il arrive à s'en amuser aussi: tout va bien entre nous.
RamDam: De toute manière, il n'y a aucune méchanceté dans vos chansons ?
F. P.: Bah ça arrive quand même un peu (rires) mais là ce n'est vraiment pas le cas, juste une petite taquinerie. C'est de sa faute aussi: à force de raconter des tas de choses, d'extrapoler sur sa vie, on le caricature.
RamDam: On a l'impression que ce qui vous énerve par dessus tout dans vos sujets, c'est que le mythe prenne le pas sur la réalité ?
F. P.: On aime bien transposer des personnages de fictions dans la réalité. Mettre Derrick dans la vie de tous les jours c'est franchement jouissif.
RamDam: J'espère que vous allez le prendre comme un compliment mais pour moi "Pamplemousse Mécanique", c'est une sorte de Charlie-Hebdo en musique ?
F. P.: Tu nous mets la pression là... Oui on accepte... Les mots nous manquent... On est un peu moins politique que Charlie mais dans l'esprit on se reconnaît chez eux. En fait nous sommes aussi comme "Pif Gadget" mais sans gadget.
RamDam: Le groupe est né d'une problématique électrique selon votre bio ?
F. P.: C'est un peu compliqué de faire des bios alors on essaye de prendre un angle d'attaque et là je ne sais pas pourquoi je suis parti sur une histoire de va-et-vient électrique. Il y avait peut être un fond de Claude François qui nous trottait dans la tête...
RamDam: Comme il y a prescription, vous avouez donc la mort de Cloclo ?
F. P.: Ho l'autre hé ! T'es vraiment pas sympa ! Non, non, non ce n'est pas à cause de nous qu'il est mort, par contre effectivement on a un lien avec la mort de Thierry Sabine mais on ne peut pas te révéler pourquoi.
RamDam: En parlant de va-et-vient, pour vous le groupe c'est une entité ouverte ou tout le monde peut venir et s'inviter pour jouer ?
F. P.: Alors ça pas du tout ! C'est même hors de question parce que nous ça fait longtemps qu'on fait de la musique, on a joué dans des lieux vraiment pas très prestigieux, même dans la rue tu vois. Alors les gens qui s'incrustent pour jouer avec nous, qui sont souvent pas très bons et un peu bourrés: je vais te dire que ça nous fait pas plaisir. On a un spectacle qui est pas mal rodé, on invente de nouveaux trucs à chaque fois, on est très généreux dans notre manière de donner le spectacle aux gens, l'interactivité, mais il y a des limites. On est assez vieille France... limite conservateur: le public d'un côté et nous de l'autre. On leur fait des bisous à la fin... les filles surtout.
RamDam: Ca vous évite d'avoir des joueurs de D'jembé, une de vos chansons les plus drôles de l'album ?
F. P.: Exactement ! En plus, si tu invites un mec sur scène, tu te retrouves toujours fatalement avec un gars qui joue des percussions.
RamDam: La différence entre vous et moi, c'est que je peux appeler les flics s'il m'ennuie mais vous c'est votre public ?
F. P.: T'inquiète pas ! Si le public nous casse les pieds, on hésitera pas à le dire. On peut être virulent avec le public car il y a des gens qui dépassent les limites et il faut leur dire. On a l'habitude de dire "Ta gueule, c'est notre spectacle !". On est pas là pour s'embrouiller avec les gens mais s'ils nous cherchent, ils nous trouvent (rires). Après on essaye de raccommoder le truc... de toute manière nous sommes quand même en ce moment le groupe qui représente le mieux l'amour.
RamDam: Des fatals mais gentils ?
F. P.: On est le 5ème groupe français qui représente la gentillesse ! Y a un classement très pointu hein ! On a perdu 3 points car Paul a dit un "Ta gueule !" pendant un concert. Y en a qui sont devant nous car ils sont gentils mais pas très futés... Je citerai personne !
RamDam: Si ! Un nom ?
F. P.: Les Fatals Picards: "Ok ben Cali alors ! Ouais, c'est bon, que les fans ne viennent pas nous reprocher de l'avoir cité: on déconne (rires).
RamDam: Sérieusement, comment fonctionne les F. P quand ils décident de faire un nouveau disque ?
F. P.: Ils écrivent sagement. A trois: Laurent, Paul et Yvan. On se met autour d'une table. On trouve une idée, on argumente, on laisse un peu mijoter puis ensuite on y revient. Des fois on abandonne une chanson, des fois on continue sur la lancée. Quand elle est presque finie, on s'attaque à la musique et ensuite on mélange le tout pour que ça rentre dans le cadre. Après on la joue et si elle est bien et qu'elle marche, on la garde. Donc après on l'enregistre, après les gens ils l'achètent, après on gagne beaucoup d'argent et après on monte un club de poney mais après le club fait faillite car les poneys meurent tous d'une maladie qui frappe surtout les porcheries mais qui attaque aussi les poneys. Mais on s'en tire bien car on avait eu l'idée de construire une piscine avec des dauphins.
RamDam: Les Fatals Picards en studio c'est la grande angoisse ou un moment sympa ?
F. P.: On fait de la musique surtout pour la scène. On a monté notre propre studio pour être hyper libre dans l'enregistrement donc on a tout notre temps pour enregistrer. Par contre quand on a écrit les chansons on est assez pressé qu'elles soient enregistrées. On prend pas un pied phénoménal de toucher à tous les boutons.
RamDam: La création d'Adone votre label, c'était pour vous laisser l'entière liberté dans vos paroles ?
F. P.: Non, que ce soit en autoproduction, avec Adone, ou avec Warner maintenant, on est toujours très libre de faire ce que l'on veut. Adone, c'était pour répondre à un souci très pragmatique: on est notre propre tourneur depuis longtemps mais nous n'avions pas de structures pour des questions très terre à terre, par exemple des facturations. On avait l'opportunité de s'organiser avec un autre groupe et suffisamment de dates pour imaginer un fonctionnement autonome avec une personne qui s'occupe de nous. Ca gère aussi les emplois du temps de tout le monde car il y a plein de gens qui participent à plusieurs projets dans Adone. C'est une sorte de grande famille. Tout le monde ne s'aime pas nécessairement, y en a même qui se détestent, mais on fait notre possible.
RamDam: C'est parce que vous commencez à vieillir que vous devenez nostalgiques ?
F. P.: Arrête hein ! On a 24 ans de moyenne d'âge ! Un peu plus peut-être... Non, c'est une touche en plus qui est tombé sur notre album sans idées prédéfinies avant. On écrit des chansons et pour le coup il y en a quelques unes qui sont un peu plus nostalgiques. Par exemple "Mon père était tellement de gauche", cela devait être une sorte de duel de tchatche, un peu à la Fabulous Troubadour. Avec des phrases comme "Ouais mon père était tellement de gauche que lorsque le mur de Berlin est tombé, il est parti chez Casto pour acheter des parpaings... Ouais mais moi... etc.", tu vois c'est un peu un duel et pas du tout nostalgique et c'est arrivé après coup. Elles sont devenues nostalgiques comme ça en les écrivant. Elles se sont imposées comme ça... peut être que c'est à cause de notre âge... on en sait rien... Yvan par exemple, en vérité, il a 62 ans.
RamDam: 62 !
F. P.: Oui Monsieur ! Il a un an de plus que Polnareff mais on ne le sait pas car il n'a pas de cheveux. Il est pas blond !
RamDam: Tout le monde en prend pour son grade sur votre disque ?
F. P.: Pas tout le monde... Je dirais juste beaucoup de monde. Mais attends, il y a des gens qui le cherchent aussi ! C'est pas nous.
RamDam: Pour équilibrer, dites-moi un peu de mal de vous ?
F. P.: Les Fatals Picards, ils sont racistes ! Sincèrement on est les premiers à se foutre de notre tronche. T'as vu notre nom déjà ? Fatals Picards: c'est un nom ridicule, sur scène on est habillé genre classe mais un peu raté. On hésite pas à se vanner sur nos capacités à chanter... on est pas tendre avec nous. C'est pour ça qu'on vanne les autres car nous vanner nous, c'est facile. Pendant l'Eurovision, on se rentrait dedans avec les Wampas et c'est clair qu'ils nous traitaient de paysans.
RamDam: Superbus qui gagne l'album rock de l'année c'est une vanne ?
F. P.: Ca te prouve que les gens qui votent aux Victoires de la musiques ont beaucoup d'humour.
RamDam: Indochine figurait dans cette catégorie ?
F. P.: Ils ont le privilège de l'âge, on peut plus les attaquer. Et Indochine, c'est le troisième âge. Y en a tellement qui l'ont fait que c'est plus drôle. Superbus là aussi c'est plus la peine. C'est tirer sur une ambulance.
RamDam: Remarquez, ça vous laisse une chance pour la victoire de l'album urbano-world en 2008 ?
F. P.: Urbano-World-Dance-Techno s'il te plaît ! Ils sont en train de plancher sur une nouvelle catégorie où il n'y aurait que nous et on aurait 4 albums différents pour en faire gagner un. On espère bien y être l'année prochaine, on ne cherche pas la victoire mais tu sais bien qu'une exposition médiatique de cette ampleur, on adore ça !
RamDam: En parlant de genre, c'est quoi d'ailleurs le style des Fatals Picards ?
F. P.: Tu veux dire au niveau des fringues ?
RamDam: Non !
F. P.: C'est chanson, humour et autres trucs. Les autres trucs, c'est secret, disons qu'on met dans notre musique des ingrédients un peu spéciaux, il y a de la sorcellerie. Blague à part, on fait de la chanson humoristique mais quand on dit chanson, c'est pour regrouper un peu tout. Ce qui lie les chansons les une aux autres, c'est un peu l'humour et après au niveau de l'orchestration, c'est varié: rock, reggae... Y a une demoiselle qui vient de nous dire que c'est fini entre nous là... Faut qu'on arrête de répondre à tes questions.
RamDam: Déjà !
F. P.: Allez, peut-être une dernière pour la route parce que tu es gentil.
RamDam: Comment il est Julien Lepers sans ses fiches ?
F. P.: Sympa mais bon, sans plus. Son principal problème, c'est plus ses fringues. Mais il s'en sort très bien Julien.
RamDam: J'ai une amie qui s'appelle Isabelle Noguera qui voudrait travailler avec vous sur une vidéo ?
F. P.: C'est la soeur d'Héléna ?
RamDam: Non !
F. P.: Ben, elle perd déjà toutes ses chances.
RamDam: Ouais, mais elle est encore plus belle que son homonyme !
F. P.: Bon, alors on lui répondra avec plaisir !!! Bon, allez, pose encore une question.
RamDam: Les gens de gauche qui sont séduit par le centre ça vous dérange ?
F. P.: C'est vraiment ta dernière question ? T'en as pas une autre ? (rires).
Propos recueillis par Pierre Derensy
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