Entretien avec Didier Super
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Lundi 30 avril 2007
Didier Super a des airs de Borat. Il joue un personnage jusque dans les interviews. Alors ne vous étonnez pas qu'il y ait un temps d'attente entre la question et la réponse, l'acteur performantiste qu'est Didier Super cherche ses mots pour toucher juste, au fond de la classe du prolo de base. Alors, si l'ambassadeur kazakh aux Etats-Unis demande des excuses à Bush, j'imagine que le préfet et tous les dignitaires du Nord Pas de Calais pourraient se retrouver dans les bureaux de l'Elysée pour faire stopper les agissements de ce trublion franchouillard.
Pourtant Super Didier parle juste sous la tonne de boulets de canon décernée par Télérama. Il parle une langue universelle: celle de la connerie. Assumée. Un petit entretien téléphonique avec le roi du détartrage.
Didier Super: Allo ? T'es là ? C'est quoi ce bordel ! M'ont jamais fait ce coup là !
RamDam: Je pense que la gentille attachée de presse de chez V2 a dû appuyer sur un bouton et nous mettre en communication !
D. S.: Bon, ben, salut ! T'es qui toi au fait ?
RamDam: Tu te souviens de moi parce que la fois où l'on s'était rencontré, tu t'étais fait embarquer par les flics car tu téléphonais au volant de ta voiture !
D. S.: Ha ouais ! D'accord ça me revient.
RamDam: Bon, Didier, est-ce que c'était parce que tu trouvais que Rondo Veneziano manquait de paroles que tu t'es mis au classique ?
D. S.: Ben non ! T'as une autre question ! (rires).
RamDam: Tu dis dans le dossier de presse que ton premier disque musicalement était un peu léger, qui a osé dire ça ?
D. S.: Ma maison de disque en premier et pis après tout le monde. Même moi.
RamDam: Maintenant que tu ne peux plus aller à la piscine sans te faire ennuyer, tu as décidé de rentrer à l'Opéra ?
D. S.: On verra ce que ça donne, mais je t'affirme tout de suite que l'Opéra, c'est la culture de l'avenir. On verra bien en mai, on va nous le confirmer. Moi je te dis que la culture de droite à beaucoup d'avenir devant elle.
RamDam: C'est mieux d'avoir une mélomane qui se rend chez Harmonia Mundi pour acheter le disque de Didier Wagner ou un adolescent rebelle qui va finir gendarme en écoutant Richard Super ?
D. S.: Tu vas recommencer ta question parce que je suis sûr que tu l'as travaillée mais j'ai rien compris ! Ha ! Ha ! Ha !
RamDam: Bon, en résumant: t'as décidé de t'attaquer à un nouveau marché parce que l'autre t'emmerdait ?
D. S.: Je veux tout sauf les adolescents !
RamDam: Qu'est-ce que tu réponds à tes détracteurs qui disent que Didier Super s'est embourgeoisé ?
D. S.: C'est vrai ! Enfin non, je serais très fier de leur dire que c'est vrai sauf que quand tu regardes bien les choses en face, quand je faisais du théâtre de rue, je faisais des cachets qui étaient limite le double de ce que je gagne maintenant. C'est à dire que maintenant, je fais des cachets à 158 euros net alors qu'avant je gagnais 265 euros net. On croit que la célébrité, ça embourgeoise alors que tu n'y trouves que des inconvénients.
RamDam: Alors pourquoi faire des disques et ne pas retourner dans la rue ?
D. S.: Parce que la rue ne veut pas de Didier Super !
RamDam: Comment as-tu rencontré Pierre Lebourgeois, ton réalisateur ?
D. S.: Ben, on s'est donné rendez vous à la gare de Lyon ???!! En fait c'est V2 qui s'est occupé de tout. Je leur avais dit à la sortie de l'album, il y a 3 ans maintenant, que j'aimerais bien faire une version pour les vieux de ce disque-là, histoire de drainer un public plus reposant. Sur le coup, ils avaient pas percuté mais l'année dernière ils sont venus me voir en me disant qu'ils avaient une idée géniale: me faire un album version pour les vieux. Par contre, ils auraient bien voulu avoir des nouvelles chansons mais il n'en est pas question !
RamDam: Tu ne voulais pas ?
D. S.: Non ! Pas envie...
RamDam: C'est pour préparer un disque III à la mode country ?
D. S.: C'est pour préparer des concerts un minimum intéressant. Le problème, c'est qu'on vient dans mes concerts pour écouter de la musique, alors que le seul intérêt de ce que je fais selon moi, ce sont les paroles. Alors si tu viens me voir pour la musique parce que tu connais bien les paroles, hé ben, c'est super décevant parce que j'aime pas la musique et j'ai pas envie d'apprendre à en faire. Du coup, mes nouvelles chansons, je les garde pour les prochains concerts.
RamDam: Tu as partagé tes chips et ton coca pour l'enregistrement du disque avec les musiciens classiques ?
D. S.: Je les ai même pas vus ! Ils ont enregistré les musiques et Pierre Lebourgeois est venu me chercher pour mettre ma voix là et là. Ha ouais t'as vu sur le disque, on croirait que je suis dans le studio avec eux, ben, que dalle ! Pas la queue de pie d'un seul ! Tout ça, c'est des conneries de penser que je suis maqué avec une joueuse de flûte traversière... enfin tu le dis pas dans ton truc hein ! Enfin si, vas-y je m'en fous !
RamDam: Tu as changé l'ordre des chansons pour montrer que tu avais un peu travaillé quand même ?
D. S.: Ben sinon, c'est de l'arnaque. Je dirais même plus: ça devient de l'escroquerie. Mais de toute façon, vu les disques pourris de merde que les maisons de disques produisent depuis 20 ans, ils sont plus à ça prêt ! Ils savent plus ce qui est bien... sinon j'en serais pas là.
RamDam: T'es le seul à vendre plus cher un remix que l'album original ?
D. S.: Hé ben ? Ca te dérange ? Nan mais, c'est parce que c'est pas le même coût de revient. Le premier disque a coûté 5.000 euros pour le studio, les voix et tout le bordel alors que celui-là, rien que pour les bandes voix, elles ont coûté 8.000 euros donc forcément le disque est plus cher.
RamDam: Dans tes concerts, tu te feras donc accompagné d'un orchestre symphonique ?
D. S.: Tu sais, j'ai déjà bien du mal à me payer un éclairagiste, alors ton orchestre tu vas te faire voir pour l'entendre.
RamDam: Ton nouveau spectacle "concert sans musique" déconseillé aux "fan's à la con", ça donne quoi ?
D. S.: Ben c'est mon truc que je t'expliquais: c'est un concert sans musique comme ça le public vient pas pour ça. Il est prévenu. Et même s'il y en a un peu, c'est mon problème, mais comme ça, le public vient pas pour danser. Comme ça y a pas d'embrouille sur la marchandise.
RamDam: Et va-t-on retrouver Carole ou l'as-tu vraiment larguée sur une aire d'autoroute ?
D. S.: Je l'ai vraiment virée. Elle a voulu faire de la musique et en plus elle est devenue hétéro ! Sinon maintenant, j'ai acheté un batteur et le mec au son, je lui ai appris à jouer de la basse. Mais ça c'est pour les concerts AVEC musique. Sinon pour les autres, c'est à dire SANS: je suis seul sur scène.
RamDam: Comme Anaïs ?
D. S.: Ouais sauf que moi, c'est bien !
RamDam: Didier Super, il écoute quoi ?
D. S.: Qu'est-ce que ça peut te foutre ! En fait, j'écoute toutes les merdes qui passent sur RFM et comme je m'oriente vers le comique, j'écoute aussi Rire et Chansons. Mais putain y a du boulot.
RamDam: En parlant de boulot: tu as fait le concert de soutien à Denis Robert. Alors Didier Super a une conscience ?
D. S.: Ha oui, c'est vrai que j'ai fait ça ! J'ai une conscience de quoi ? Je sais même pas qui c'est Denis Robert ! T'es con ou quoi ? En fait c'était à la Cigale, avec plein de vedettes, donc t'avais plein de monde et pour moi c'était juste un super coup de promo.
RamDam: C'était seulement pour ça ?
D. S.: Ben un concert de soutien ça sert à quoi autrement ? Tu crois que le concert contre le racisme au mois de mai place de la République, les artistes qui étaient là étaient contre le racisme ? Attends, t'as pas vu comment ça se passe: on monte sur scène, on fait d'abord notre plus gros tube comme ça les gens se disent "ha ouais c'est lui qui chante ça" et pis après, on dit qu'on est contre ceci-cela, après on fait 2 autres chansons du nouvel album et enfin on se casse.
RamDam: Je voulais savoir si un jour tu vas quitter ton rôle de Didier Super pour venir en qualité d'Olivier Haudegond ?
D. S.: Pourquoi tu voudrais que je fasse ça ?
RamDam: Justement pour emmerder ton monde...
D. S.: C'est une bonne idée, j'en sais rien, pour l'instant je m'amuse bien comme ça.
RamDam: Pour le premier tour, tu as voté ou tu es parti à la pêche ?
D. S.: Je dois voter dans le Nord et j'ai pas fait mon changement d'adresse. Mais je vais donner une procuration à ma mère.
RamDam: On ne peut pas te demander pour qui tu as voté ?
D. S.: Si tu veux, quand dans un vote tu as le choix entre extrême droite, droite extrême ou bien nazi de gauche, ben je me dis que j'ai plutôt envie de voter pour un mec comme Yannick Noah. Un chanteur engagé, voilà y a que ça qui reste. Je pense pas que ce soit un homme politique qui puisse nous tirer de la merde où l'on est ! Je pense pas qu'il soit capable de repolariser l'axe central de la terre ou recongeler le Pôle Nord.
RamDam: Peut-être qu'un chanteur peut faire ça ?
D. S.: Tu sais chanteur, ça demande pas mal de boulot. Pis on a pas choisi ce métier-là pour crever d'un ulcère à 40 ans.
RamDam: Pourquoi être parti en Inde, c'est pour tourner "Misère Joyeuse" et monter les marches de Cannes ?
D. S.: C'était à la base pour faire un festival de théâtre de rue. J'avais un pote qui voulait montrer l'Inde sous son vrai visage. Parce qu'à la télé, tu te rends pas compte à quel point c'est un pays totalitaire pour la population. Quand tu te pointes là-bas en qualité de blanc, tu as les mêmes droits qu'un intouchable. Il y a aucune valeur sociale. Par contre la Police est dans une caste un peu plus élevée. C'était intéressant de se pointer là-bas pour faire des spectacles totalement à l'arrache, se faire emmerder par la police et que la population voie ça. Le film est venu en plus sur le tas. Il est venu parce que lorsque tu as un caméscope sous la main et que tu vois ce qui se passe t'as forcément les moyens de faire un beau petit reportage pour Arte.
Propos recueillis par Pierre Derensy.
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