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Accueil > Artistes > B > Isabelle Boulay > Actualité Entretien avec Isabelle BoulayRetrouve tes beaux gosses préférés sur Kelbogos.com Mercredi 28 mai 2008 RamDam: Isabelle Boulay, bonjour ! RamDam: Alors après trois ans et demi "d'absence", depuis votre dernier album, vous revenez avec un nouvel album qui s'appelle Nos lendemains. On a l'impression que c'est une nouvelle Isabelle Boulay qui revient ? RamDam: Dominique Blanc-Francard a réalisé l'album, il paraît que l'idée est née après une session acoustique lors d'un concert ? Quand j'ai enregistré le spectacle Du temps pour toi, c'est lui qui est venu faire la prise de son. A un moment donné du spectacle, je fais quelques chansons en acoustique avec mes six musiciens; on est tous au devant de la scène, et donc lui ce qu'il avait préféré du spectacle, c'était ce moment-là. Alors il m'avait dit: "si tu as envie de faire un disque, dans cet esprit-là, un peu plus épuré, un peu plus acoustique, un disque moins produit, j'aurais bien envie de travailler avec toi". Et comme moi le souhait que j'avais c'était aussi de faire un disque un peu dans cet esprit-là, je voulais faire un disque qui soit aussi proche des gens que lorsqu'ils viennent assister à un concert. Donc on est parti ensemble et puis on a développé le disque le lendemain. RamDam: Alors il a réalisé toutes les chansons, tous les titres de l'album sauf un qui sera le single promo. Pourquoi n'a-t-il pas réalisé celui-là ? RamDam: Il paraît que pour cet album, la plupart des chansons n'ont nécessité que très peu de prises. Est-ce que c'était justement une envie de montrer le côté le plus pur, le plus primaire, pas trop travaillé en fait ? On a joué de façon très instinctive, tout le monde ensemble. On cherchait la vérité des chansons, on cherchait l'émotion pure. On n'était pas dans un désir de perfection, de grand esthétisme ou de grand lyrisme musical. On voulait surtout servir les chansons et partir de la matière première, c'est à dire la musique et les mots, et puis juste jouer ce qu'il fallait pour arriver à faire vivre les chansons dans leur essence propre. RamDam: Alors sur votre nouvel album, il y a des collaborations très pointues et exceptionnelles: Julien Clerc, Benjamin Biolay, Maxime le Forestier. Comment cela s'est-il passé ? Est-ce que c'est vous qui avez eu envie de travailler avec eux ou est-ce que ce sont eux qui spontanément vous ont offert un texte, une mélodie ? Mais c'est vrai que la particularité et là où je me sens très privilégiée, c'est qu'eux-mêmes sont souvent des interprètes. En plus d'être des auteurs et des compositeurs, ils auraient pu aussi vouloir garder ces chansons-là pour eux; et moi je me sens très choyée de pouvoir recevoir des chansons aussi belles, de sentir aussi que ces chansons-là étaient façonnées pour moi, pour mon univers, pour ce disque-là. Et donc il y a des collaborations, je pense entre autres à Julien Clerc. Julien savait depuis longtemps que j'avais envie qu'il compose un jour des chansons pour moi. Ca s'est fait petit à petit et au fil du temps, au fil des rencontres. Il est déjà venu chanter avec moi sur scène et il a probablement apprivoisé petit à petit mon univers jusqu'au moment où il a eu envie de rentrer dedans. Je me souviens que la première chanson que j'ai reçue, c'est une chanson qu'il avait faite avec Jean-Loup Dabadie, qui pour moi est un des plus grands auteurs de la chanson française. Il m'avait envoyé une petite cassette, et là il me parle pendant presque deux minutes avant de commencer la chanson; il m'explique comment ils ont fait la chanson. C'est précieux pour moi, j'ai gardé ça dans mes archives parce que il a fabriqué la chanson à la manière d'il y a 30 ou 40 ans; c'est quelque chose de beau pour moi et d'inestimable. L'autre chanson, c'est celle qu'il a faite avec Maxime le Forestier. On était en studio parce que lui et moi on avait fait la maquette de Reviens, reviens, la chanson de Jean-Loup Dabadie. Et il s'est mis à jouer autre chose pendant que le technicien faisait le mixage. Il m'a dit, tu sais je crois que j'en ai une autre de chanson pour toi. Mais il faudrait que je me fasse aider de quelqu'un. Il dit: "Je vais appeler Maxime le Forestier". C'est comme ça que ça s'est passé pour les deux chansons de Julien. En ce qui concerne la chanson de Benjamin Biolay, il était dans le studio d'à côté et moi j'étais avec Dominique Blanc-Francard. Le studio de Bénédicte Schmitt est juste à côté, et un soir Benjamin vient voir Dominique et il lui dit "j'aurais une chanson à proposer à Isabelle. Est-ce que tu crois que ça l'intéresse ?", et ça me faisait drôle parce que c'était la première fois qu'il intervenait comme auteur-compositeur à mon égard parce qu'il a co-réalisé mes deux albums précédents Tout en jour et Mieux qu'ici bas. C'était particulier pour moi de recevoir une chanson de lui. Ça apportait quelque chose de plus et dès que j'ai entendu la chanson, j'avais la conviction qu'elle était faite pour aller sur l'album qu'on était en train de faire. Cette chanson s'appelle Ne me dis pas qu'il faut sourire. La collaboration avec Jean-Louis Murat, évidemment. Jean-Louis Murat étant l'homme mystérieux qu'il est. Je ne l'avais pas encore rencontré en personne. Mais j'avais rencontré son oeuvre. C'est quelqu'un pour qui j'ai vraiment beaucoup d'admiration. Et je suis assez sensible à ses chansons. Donc un jour on parlait avec Alain Artaud, qui est le directeur de ma maison de disque, et il m'a dit "tiens je ne savais pas que tu aimais beaucoup Jean-Louis Murat". Je lui ai dit "oui je l'adore, même". "Écoute je le connais un peu, si tu veux je peux lui demander si tu veux qu'il t'écrive une chanson pour ton prochain album". Je reçois donc la chanson et je suis étonnée de voir qu'il m'avait écrit une chanson de cow-boy. Il m'a écrit une chanson country alors que lui c'est un français. Puis j'ai appris un peu plus tard qu'il vivait dans la campagne, en Auvergne. Il y a quelque chose de très terrien chez lui que j'aime beaucoup. Jacques Veneruso, c'est aussi une nouvelle collaboration. Je trouve que c'est un homme d'une grande humilité. Quelqu'un de simple, qui a beaucoup de rectitude. On ne se connaît pas beaucoup mais c'est vraiment quelqu'un que j'ai envie de connaître encore plus. Et puis, sinon il y a toutes les collaborations comme avec Alain Lanty qui est un pianiste très connu, qui joue beaucoup avec Renaud entre autres. Il m'a composé deux chansons pour ce disque-là. C'est lui qui m'a proposé une chanson qui s'appelle L'amour d'un homme, et puis un peu plus tard avec Didier Golemanas, qui est un de mes auteurs fétiches avec qui je travaille depuis des années, est apparue la chanson Où est ma vie. RamDam: Il y a une chanson qui a été adaptée en français de Ron Sexsmith. Je pense que c'est la première fois que vous prenez la plume alors qu'on vous le demandait depuis un certain temps, je pense ? C'est parce que vous vous êtes enfin sentie prête sur ce titre ? Alors un jour je fais appel à Guillaume Vigneault, qui est un auteur de roman québécois de mon âge, de ma génération, quelqu'un dont j'aime beaucoup le romantisme contemporain. Il a écrit deux magnifiques livres qui s'appellent Chercher le vent et Carnet de naufrage. Comme je me sentais assez proche de son écriture romancière, j'ai dit pourquoi ne pas lui demander s'il n'a pas envie d'écrire des chansons pour moi. On se met à parler de toute sorte de chose, et puis à un moment donné, je lui fais entendre la chanson de Ron Sexsmith et je lui dis "tu imagines, il n'y a pas une plus belle déclaration d'amour que ça". Je lui dis "c'est dommage que des chansons aussi belles n'existent pas en français, qu'on ne puisse pas dire en français exactement la même chose". Il repart avec le disque et quelques jours plus tard, il vient me rendre visite; il avait déjà commencé à travailler, il avait déjà fait les deux tiers de la chanson. Et on l'a terminé ensemble. Même si c'est une chose que je soupçonnais, j'ai vu que l'écriture c'est un métier en soi. Ca demande énormément de patience, de discipline, d'obstination, et au terme des quatre ou cinq heures qu'on a passé ensemble, j'étais lessivée. On a vraiment fait la chanson ensemble, on l'a terminée ensemble. J'y ai pris part, et je me rends compte que l'écriture ça demande beaucoup de temps, un temps dont je n'ai jamais encore disposé. Ça demande beaucoup de solitude aussi. Et moi j'ai déjà à vivre la solitude qui est inhérente à mon métier de chanteuse itinérante. Je pense que quelque part, ça demande une grande disponibilité, ça demande une lenteur de vivre que je n'ai pas encore eu l'occasion d'atteindre. Je ne sais même pas si je me mettrais à écrire des chansons parce que c'est un art littéraire qui est assez complexe. Comme moi j'ai plutôt tendance à me répandre, dans le sens ou j'explique beaucoup, je parle beaucoup; j'aurais de la difficulté à faire entrer quelque chose que j'ai envie de dire dans un aussi petit format. Le plus grand luxe de ma vie est de recevoir des chansons des plus grands auteurs-compositeurs de la francophonie. RamDam: Dans l'album, on vous découvre sur des titres, vous le disiez tout à l'heure, un peu country, un peu folk, c'est un style qu'on ne vous connaissait pas. C'est quelque chose que vous aimez vraiment ? Il y a une chanson entre autres que j'affectionne particulièrement. Quand j'étais petite, ma tante Adrienne qui était l'une des soeurs de mon père, vivait dans la même maison que nous. Tous les après-midi, elle venait me chercher pour que je fasse la sieste chez elle; et elle me couchait dans un grand landau avec des coussins et elle écoutait de la musique western, country western. Il y avait une chanson de Renée Martelle qui est une artiste québécoise, c'est la plus grande chanteuse populaire de country au Québec; elle avait fait une reprise d'une chanson qui s'appelait I've got a Never Ending Love for You, et chez nous ça s'appelait "J'ai un amour qui ne veut pas mourir". C'est la chanson que j'ai le plus entendue pendant toute mon enfance parce que ma tante faisait jouer cette chanson-là, sans cesse, tous les jours de sa vie parce qu'elle avait un amour qui ne voulait pas mourir. C'est vrai que cette musique là pour moi, c'est la musique du coeur, c'est la musique de la dignité humaine; c'est vraiment une musique qui est vraiment chère à mon coeur et pour laquelle j'ai énormément d'affection. C'est une musique qui est très naturelle pour moi à chanter. D'ailleurs, j'ai apprécié que Dominique Blanc-Francard connaisse aussi bien la chanson country. Quand on a fait le disque ensemble, parmi tous les genres musicaux qu'on a abordé, on est allé puiser dans ce qu'il y avait de plus traditionnel, par exemple dans la musique sud-américaine. Quand on a fait la reprise de Coucouroucoucou paloma, on avait vraiment ce souci d'aller au plus profond de la musique, dans les racines de la musique, dans le vrai folklore musical. RamDam: Avec N'aimer, que t'aimer qui est un tango, c'est encore autre chose... C'est un tango avec tout ce que ça comporte de tango en fait, ce côté doux, ce côté un peu plus dur ? Daniel me présentait cette mélodie-là, un jour, avec le texte de Didier Golemanas et c'est là qu'est née la chanson N'aimer, que t'aimer. Cette chanson-là, on l'avait faite au piano, un piano voix, et puis en studio j'ai voulu qu'on la fasse vivre encore plus fort avec les guitares, avec l'accordéon, qu'elle devienne vraiment une chanson très typée et très sensuelle à la fois. C'était très important pour nous d'aller mettre dans la musique des valeurs de référence aussi, sans que ce soit une caricature ou un cliché. Comme je le disais tout à l'heure, on voulait vraiment ramener la musique dans sa plus pure tradition. RamDam: Dominique Blanc-Francard dit des chanteurs que c'est un peu comme des acteurs. Finalement, on leur donne un texte, deux, trois indications et ils doivent arriver à s'approprier la chanson. J'ai regardé le making-of de votre album, et on vous voit un moment parler avec Jacques Veneruso justement, et vous lui dites sur la fin de la chanson "j'ai posé le texte un peu plus tard je pense", vous avez un peu changé. Vous avez l'air un peu gêné et vous lui demandez si ça lui convient. Donc quelque part, on vous demande d'être acteur et en même temps, on a l'impression que ce n'est pas si facile de proposer quelque chose ? Des fois, je suis difficile à dompter aussi. Les interprètes ont aussi leurs propres personnalités; moi j'ai une personnalité de cheval sauvage. Les chevaux sauvages, quand ils sont devant un maître, ils s'inclinent aussi bien qu'un cheval de parade. Mais c'est qu'il y a des gens avec qui tu t'abandonnes, et avec d'autres, tu n'as pas le même élan d'abandon. Mais toutes les personnes avec qui j'ai travaillé sur mon disque Nos lendemains, ce sont des gens avec je pourrais m'abandonner totalement. C'est pour ça que j'ai voulu que Benjamin joue lui-même le piano sur la chanson parce qu'il a une manière de jouer du piano qui moi me servait dans mon interprétation. Donc je sais à peu près où je vais. C'est sûr que quand le cheval est parti, on ne peut plus arrêter le voyage. RamDam: Vous parlez de Benjamin Biolay. Justement, j'ai entendu dire qu'en fait ce n'était pas prévu qu'il joue. Il est venu aux répétitions puis finalement on l'a gardé parce qu'il y a eu comme une sorte d'alchimie et vous vous êtes dit, ça ne peut être que ça finalement. Ça ne peut être que lui ? RamDam: Est-ce que vous pensez déjà à la tournée ? On a commencé le travail de pré-production de la tournée bien avant de poser un orteil sur scène; j'ai fait appel à Yves Desgagnés, un grand acteur québécois, qui a fait la mise en scène. C'est un spectacle dans lequel il y a un peu plus de théâtralité. Les décors sont de Jean Bart, les éclairages de Michel Beaulieu qui est un grand maître de l'éclairage en théâtre chez nous. Juste pour vous dire: Michel Beaulieu quand il va quitter mon spectacle, il part à la Scala de Milan éclairer la prochaine pièce de Robert Lepage. C'est un vrai bonheur pour moi de travailler avec des gens comme ça parce que ils me permettent d'aller encore plus loin, d'aller dans des espaces où je ne suis jamais allée: à l'intérieur de moi-même, le travail de la lumière sur scène, toutes ces choses que je ne maîtrisais pas. J'avais appris un peu ça avec Lewis Furey quand j'ai joué dans Starmania, il y a une dizaine d'années. Mais c'est vrai qu'on a voulu créé un spectacle qui soit au service des chansons et à l'image de ces nouvelles chansons-là. C'est un peu comme si on faisait entrer les gens dans une boîte à musique. Propos recueillis par Joëlle Martinez.
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