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69, rue des Bons Enfants

69, rue des Bons Enfants69, rue des Bons Enfants

Palaniuk Opéra

Album CD – 2005 – Arcadia Productions

Finalement, un disque, c’est un peu comme une rencontre: pour forger notre opinion, un tas d’éléments subjectifs entrent en ligne de compte. Puis le résultat ne se fait pas attendre: soit une inclinaison réciproque s’installe, soit merci et au revoir, on s’oublie.

Avec 69, Rue des Bons Enfants, premier album de Palaniuk Opéra, le charme… opère déjà avant l’écoute. C’est sans doute un mécanisme prosaïque, mais une belle présentation éveille l’envie de découverte et instaure subitement un courant de sympathie. Et ici, il faut d’emblée souligner la beauté de la pochette et le soin apporté au livret.

Derrière le nom du groupe, inspiré de l’auteur de Fight Club, Chuck Palahniuk, se cache un collectif normand mélangeant une quantité impressionnante de styles. Aux plus traditionnels rock et chanson acoustique se mêlent une pointe de tempo latin, une touche de reggae dub et des samples utilisés avec parcimonie. Pas commun dans le paysage musical actuel, sclérosé par la banalité et le formatage à tout va.

Pièce maîtresse de l’ensemble sous leurs faux airs de légèreté, l’écriture interpelle et efface aussi délicatement qu’involontairement la musique. Telle une critique acide du monde actuel, de cette société en perte de repères. Pertinents et justes, à mille lieues de plaidoyers larmoyants: des mots sur les maux.

Capables de traiter des sujets délicats avec tact et conscience, les paroles de Simon Cordevant font rimer différence avec tolérance. Pas évident d’aborder, entre autres, le génocide rwandais (Déogratias), l’homosexualité (Marteau pic coeur) ou la mort qui nous guette (En attendant les vers).

Sans omettre l’omniprésence des femmes (le crépusculaire Hispanic Sorcière, Ces cils), obsession à peine voilée. La voix indolente du jeune auteur-compositeur évoque tantôt les accents de Jeff Bodart, tantôt le timbre particulier de Lavilliers avec un esprit quasi cynique (Monica Monröe, allusion à l’ancienne stagiaire de Bill Clinton).

Savant mélange entre accompagnements économes et travaillés, entre gravité des propos et humour noir, le fond vaut ici largement l’artwork. Plaisamment niché dans un créneau resté trop confidentiel jusqu’ici, le groupe cultive cette diversité avec bonheur. Un détour très loin des sentiers battus et une pause poétique salutaire. Réjouissant à tous les égards.

Nicolas Gillet

Liste des titres :

  1. Hispanic Sorcière
  2. Déogratias
  3. Ces cils
  4. Kaléidoscope
  5. Monica Monröe
  6. En attendant les vers
  7. Farfadet vs Jesus-Christ
  8. Cycle aux vauriens
  9. Marteau pic coeur
  10. Lululola
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Publié le 3 juin 2005 dans Sorties CD,

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