Eldorado

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Eldorado

Stephan Eicher

Album CD – 2007 – Barclay

Certains traversent l’Atlantique Ă  la rame, d’autres par avion supersonique, Stephan Eicher lui, fait cette traversĂ©e Ă  la nage. Il lui aura fallu trois ans, après un circuit et une virĂ©e en voiture taxi sur le vieux continent du nord au sud, pour mettre les pieds sur les plages des AmĂ©riques avec Eldorado.

On le croyait coulĂ©, dĂ©boussolĂ© en capitaine abandonnĂ© par le système qui ne reconnaĂ®t plus les siens et la valeur de leur travail. Lançant des messages Ă  la mer pour trouver la bonne vague et l’inspiration. Notre Robinson CrusoĂ© un peu Ă©chouĂ© sur le rivage après tant d’efforts (remerciĂ© par Virgin) et de multiples projets (tournĂ©e solo avec un ordinateur, reprise de Brassens) rĂ©alise ici un nouvel opus de grand standing sans enluminures chargĂ©es aux murs.

A l’Ă©tonnement gĂ©nĂ©ral, il parvient encore Ă  surprendre et beaucoup mieux Ă  retrouver la lumière de ses meilleurs albums en se rĂ©inventant un style. Eldorado est nĂ© dans le silence de la nuit, quand il faut jouer Ă  l’Ă©conomie, utiliser le calme et se servir de la sĂ©rĂ©nitĂ© de l’obscuritĂ©. C’est aussi la rencontre avec FrĂ©dĂ©ric Lo (Daniel Darc) qui donne la couleur et le ton de l’album pour sa partie « française ». Il rĂ©ussit merveilleusement Ă  garantir un « son Eicher », mĂ©langeant au besoin l’Ă©lectronique et l’organique, une instrumentation des grands espaces sur un timbre poste de microprocesseur, les guitares bluesy et la batterie feutrĂ©e.

Des titres jazzy en bernois (le magnifique Charly) jusqu’au touchant I Cry (at Commercials), Eicher est polyphonique et polyglotte. La prĂ©sence de Paul Niehaus (le pedal steel de Lambchop) et Martin Wenk (la trompette de Calexico) ajoute une touche chromatique Ă  cette atmosphère lĂ©gère et romantique.

Cette renaissance artistique passe aussi par quelques nouvelles tĂŞtes comme RaphaĂ«l, MickaĂ«l Furnon (Mickey3d), le romancier Martin Suter et d’autres compagnons de route du Suisse, toujours fidèles au poste comme Reyn ou Philippe Djian, prĂ©sent depuis des lustres maintenant, et qui se permet mĂŞme le luxe de composer un titre, Pas dĂ©plu, qui nous rappelle le temps de My Place.

Confettis, magnifique chanson qui brĂ»le les lèvres et la voix d’Eicher avec son banjo de far-west en surprendra plus d’un, Voyage ou Rendez-vous complètent ces 11 chansons. Pas besoin d’en rajouter. Un peu moins de 40 minutes de bonheur. Il sait oĂą il va, il sait oĂą il nous emmène: dans une sorte d’AmĂ©rique parfaite. On a tant critiquĂ© ce chanteur et ce continent pour ne pas applaudir Ă  la (re)dĂ©couverte de ces territoires oubliĂ©s et pourtant si fĂ©eriques.

Liste des titres :

  1. Confettis
  2. Rendez-vous
  3. Weiss nid was es isch
  4. Dimanche en décembre
  5. (I cry at) Commercials
  6. Voyage
  7. Solitaires
  8. Pas déplu
  9. Charly
  10. Eldorado
  11. ZrĂĽgg zu mir

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