Jails of Innocence
Jails of Innocence
Éric Plandé
Album CD - 2003 - Plume
Éric Plandé et ses comparses Olivier Sens, Dominique Pifarely et Jean-Paul Celea signent un album désabusé. Non pas parce que l’enchaînement des plages de leur Jails of Innocence est un échec, mais plutôt parce que cet enchaînement nous renvoie les sons d’un monde en ébullition, en plein questionnement, et que les réponses apportées sont toujours conflictuelles, psychotiques, plaintives, douloureuses… désabusées.
C’est que notre monde contemporain n’est pas ce joyeux soleil souriant qu’aiment à dessiner les enfants. Au contraire, il est aussi ce monde où des adultes se déchirent sans cesse, un monde noir, ténébreux, refoulé et difficile d’accès.
Plandé cite Apollinaire: “Et toi mon coeur, pourquoi bats-tu ? Comme un guetteur mélancolique j’observe la nuit et la mort”. Et c’est précisément ça que sa musique tend à croquer dans des morceaux aux thématiques fortes (il suffit de penser au titre du CD ou à d’autres titres comme Slaves From Africa, Ice Crime For Kids ou Desert in Your Mind) qui ne servent que de prétextes, de préambules aux improvisations les plus personnelles, hors de toutes contraintes harmoniques et rythmiques.
Ce jazz blessé, incisif, aigu, tranché et à fleur de peau, qui se balance entre contrebasse et violon, et s’axe sur un saxophone bien plan(d)té pêche malheureusement par excès.
Touchant aux limites de l’irrationnel, rendant palpable les blessures profondes du monde et de l’homme, de l’extérieur et de l’intérieur, Jails of Innocence ne parvient pas toujours à capter ce qu’il souhaite chez l’auditeur. Brisant les consensus, il s’ouvre avec virulence sur l’abstraction émotionnelle, tend vers l’épure, et malheureusement se met de la sorte quelque peu hors jeu pour l’oreille non initiée.
Car si le projet de ce jazz venu d’un monde décadent et en pleine recherche, en pleine reconstruction, est mené à bien d’un bout à l’autre des 11 plages, rien ne garantit l’adhérence du grand public à ce projet. Musique de conscience n’égale pas musique commerciale, par essence.
Pas toujours rafraîchissant comme un cocktail fruité dégusté à l’ombre d’un palmier, mais souvent bien plus efficace qu’un alcool sec avalé d’un trait en plein soleil.
Benjamin d’Aoust
Liste des titres :
- Mannahattanink
- Ice Crime For Kids
- Desert In Your Mind
- Gates Of Visions
- Jails of Innocence
- Slaves From Africa
- Acte manqué
- Nostalgie (Part 1)
- Au bord de l’eau
- Solitude
- Nostalgie (Part 2)




