Jour blanc
Jour blanc
Polar
Album CD - 2006 - Virgin Records
Cet habitant du monde, natif d’Irlande, longtemps basé en Suisse et nouvellement installé sur Paris, sort son quatrième album, le premier en français. Polar n’est pas le jeune perdreau de l’année mais il fut longtemps coincé dans un anonymat relatif, ce qui lui permit sûrement d’apprendre son métier et de ramasser dorénavant les fruits ni trop tendres, ni trop mûrs. Juteux et à point nommé.
Ayant testé live ses derniers titres seul à la guitare sur les premières parties de Cali, le voilà donc aux portes d’une reconnaissance méritée. Alors pour l’anecdote intéressante: Polar avant de se retrouver en studio, s’offre une quinzaine de jours avec son parolier en vis-à-vis loin des fax ou des e-mails impersonnels. Quand on sait que ce fameux parolier n’est autre que Christophe Miossec, il y a de quoi être impressionné. Beaucoup plus inspiré que pour Florent Pagny (l’échange a dû se faire par fax cette fois-là), le Brestois met toute son énergie et son talent incisif pour breveter des titres désenchantés qui font merveille avec la voix très pure de Polar. Pendant que l’un va faire son jogging dans la forêt, l’autre boit des coups de rouge en fumant des cigarettes. A vous de savoir qui est qui dans l’histoire. Tout ce qui importe ici, c’est que cette dichotomie entre l’ange chantant et le diable consignant ses misères sur papier fonctionne on ne peut mieux.
Eric Linder (son vrai nom) a eu l’intelligence de stopper net ses mélanges de folk et d’électronica pour coller un son rock à base de guitares et de batteries éloquentes à ses 10 titres, dont l’un, Le brasier, est entièrement de lui et l’autre, Au verso de ce monde, est une reprise d’un texte d’Elsa Triolet pour Jeanne Moreau.
Influencé par Nick Drake ou Tim Buckley (on y retrouve la voix), c’est surtout vers Bashung pour l’ensemble de son oeuvre, Raphaël dans ses meilleurs moments ou encore Dominique A, qu’il est nécessaire d’aller chercher des renvois.
Ce Polar noir et beautiful, résonne entre classicisme et nouveauté et n’en finit pas de nous faire tanguer sur le mobile de son crime musical. Confiant en ses chances et sûr de s’en sortir vivant, il nous livre même impétueux des signes et des indices, bref: une enquête rondement menée sur la vie d’un animal triste en milieu ouvert tout au long des 41 minutes que dure le CD. Les matins calmes où la bête s’apaise entre 2 orages se situent bien souvent dans une vallée, à l’ombre d’une montagne démesurée. Que ce soit dans ces périodes apaisées (une bonne partie de l’album) ou lors des moments sombres (l’autre partie), il continue de chanter aussi bien. Il avoue, ce malfaiteur, que chez lui les roses sont des épines, à ce compte-là, autant tout de suite se faire piquer à mort dans un bouquet sanglant et ne jamais connaître de happy-end.
En tout cas, Polar serait très bien dans le rôle d’un coureur de fond longuement placé mais jamais gagnant et qui cette fois à force d’entraînement, verrait poindre à l’horizon la ligne d’arrivée mais cette fois pour être l’unique lauréat.. Avec un bon entraîneur tout de même: verre de rouge et cigarette, n’oubliez pas la recette, ça peut toujours servir.
Pierre Derensy
Liste des titres :
- Le cri
- Le brasier
- Le chalet
- Au verso de ce monde
- 8h30
- Epines
- Accroche-toi
- Ciel, lac, orage etc.
- L’impasse
- Tremblement




