Tribute to Gainsbourg

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Tribute to GainsbourgTribute to Gainsbourg

Scenic Railway

Album CD – 2004 – Pudding Productions

Ă€ l’heure oĂą la variĂ©tĂ© française est saturĂ©e de reprises, l’arrivĂ©e d’un CD Tribute to Gainsbourg a de quoi faire frĂ©mir. S’attaquer au grand Serge relève de la gageure propre Ă  la conquĂŞte de l’Everest: on ne parle pas d’un petit chanteur Ă  la croix de bois mais d’un vĂ©ritable monument de la chanson française. Et vu la taille du monument, la chute peut ĂŞtre des plus douloureuse…

Scenic Railway, un quatuor rennais, a donc dĂ©cidĂ© de se pencher sur les oeuvres de jeunesse de l’homme Ă  tĂŞte de chou. La majeure partie des chansons reprises date de l’Ă©poque St-Germain-des-PrĂ©s (entre 1957 et 1963) lorsque Serge Gainsbourg, fortement inspirĂ© par Boris Vian, balançait littĂ©ralement ses textes Ă  la tĂŞte du public. Incursion Ă©galement en 1978 avec Mister Iceberg ou en 1968 avec Ford Mustang. Cependant, l’esprit des textes reste toujours le mĂŞme: dans l’oeuvre, Scenic Railway a privilĂ©giĂ© le cynisme et la froideur des mots.

Premier bon point Ă  l’Ă©gard du groupe: le respect fondamental des textes de Gainsbourg. Le moindre changement de virgule aurait Ă©tĂ© de l’hĂ©rĂ©sie pure, ce dont Scenic Railway s’est bien gardĂ©. Le travail de reprise s’est surtout axĂ© sur l’interprĂ©tation et la relecture mĂ©lodique.

L’interprĂ©tation de Nikki Renard, au chant, a tout du dandy arrogant et blasĂ©. On retrouve la froideur typique de Gainsbourg, qui colle particulièrement bien Ă  l’ambiance des textes choisis. On constate Ă©galement que les chansons du grand Serge ne se chantent pas mais se vivent avant tout. Ce que Nikki Renard semble avoir bien compris. Second bon point.

Pour renforcer cette atmosphère glacĂ©e, le groupe enfonce le clou en proposant des mĂ©lodies dĂ©calĂ©es Ă  coups de guitares dĂ©glinguĂ©es et autres banjos improbables. On n’est pas loin de l’esprit punk qui avait d’ailleurs remis le pied Ă  l’Ă©trier de Gainsbourg (lorsque le groupe Bijou avait invitĂ© le pervers papy sur leur reprise des Papillons noirs). C’est ce travail d’arrangement qui est finalement la vĂ©ritable carte d’identitĂ© du groupe qui signe lĂ  des dĂ©buts plus que prometteurs.

Finalement, cette relecture Ă  quarante annĂ©es de distance prouve, s’il le fallait encore, que Gainsbourg est une des figures majeures de la chanson française et que ses textes et ses mĂ©lodies n’ont pris aucune ride.

En tout cas, une réappropriation des plus intéressantes et un très bel hommage.

NB: Pour les auditeurs attentifs, on notera la prĂ©sence d’un bonus cachĂ©: le titre Quand tu t’y mets, version fin de banquet.

Jean-François Peereman

Liste des titres :

  1. Mister Iceberg
  2. L’anthracite
  3. Ronsard
  4. Ford Mustang
  5. Les amours perdues
  6. Intoxicated man
  7. Mes petites odalisques
  8. Dieu que les hommes sont méchantes
  9. La femme des uns sous le corps des autres
  10. Ballade des oiseaux de croix
  11. Chanson du forçat
  12. Black trombone
  13. L’alcool

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