Paranoïd Park
Paranoïd Park
Bande originale de film
Album CD – 2007 – Uncivilized World
Dans le registre de la bande originale, il y a deux types de réalisateurs: ceux qui commandent leur musique à tel ou tel compositeur et ceux qui sont passés maîtres dans l’utilisation d’un registre pré-existant (pour ne citer qu’eux: Stanley Kubrick, Martin Scorcese, Wong Kar-Waï ou Quentin Tarantino). Gus Van Sant est à classer dans la seconde catégorie.
Le cinéaste du minimalisme nous avait habitués à une certaine qualité musicale dans ses réalisations, que ce soit pour Elephant, Last Days ou encore Will Hunting. Avec son dernier film, Paranoid Park, il ne déroge absolument pas à cette fidèle habitude. Il s’installe d’autant plus dans le cercle fermé des auteurs possédant la capacité de transcender les images et les personnages grâce à la musique. La bande-son de Paranoid Park illustre à merveille l’état d’esprit de son héros, Alex, jeune skateur de 17 ans rongé par la culpabilité après le meurtre accidentel d’un agent de sécurité. L’action se passe à Portland, on ne s’étonnera donc pas du rapport étroit que certains artistes participant à l’album entretiennent avec cette ville. Cool Nutz, Elliott Smith, Menomena en sont par exemple originaires.
Cette bande originale illustre parfaitement le monde des skateurs, la culpabilité, l’adolescence, l’envie d’ailleurs, l’errance, le chaos, tout cela à travers des styles très différents mais néanmoins complémentaires.
The Revolts évoque toute la culture punk de l’univers du skate de manière très brute et criarde. Un peu contraire à l’image qui se dégage de ce milieu dans le film, plus neutre et plus « ralentie ». Les passages les plus évocateurs sur le personnage d’Alex sont probablement ceux issus du répertoire du regretté Elliott Smith, un des plus grands songwriters folk de ces dernières années, auteur ici de deux superbes complaintes (Angeles et The White Lady Loves You More).
Dans un genre plus décalé, on retrouve le compositeur italien Nino Rota. Gus Van Sant reprend quelques morceaux de la bande originale de Juliette des esprits, film de Federico Fellini datant de 1965. Des compositions tout en contradictions, entre insouciance et gravité, esquissant un effet de décalage, typique chez Gus Van Sant.
Autres univers abordés: ceux de l’expérimental et de la nouvelle vague électronique. Les paysages sonores composés à l’aide de sons naturels de Frances White, le Québecois Robert Normandeau et son habillage sonore inédit et surprenant, ou encore le recycleur de sons de boîte à musique Ethan Rose.
Une variété sonore d’une grande richesse qui renforce un film épuré et brillant. Irréelle et hypnotique bande son.
Sélyne Bourleau
Liste des titres :
- Nino Rota – La Gradisca e Il Principe
- Elliott Smith – Angeles
- Elliott Smith – The White Lady Loves You More
- Nino Rota – Il Giardino Delle Fate
- Billy Swan – I Can Help
- Henry Davies – Tunnelmouth Blues
- Cast King – Outlaw
- Menomena – Strongest Man In The World
- Cool Nutz – I Heard That
- Nino Rota – La Porticina Segreta
- The Revolts – We Will Revolt
- Nino Rota – L’Arcobaleno Per Giulietta
- Beethoven – Symphony N°9 « Choral », 4. « Presto »
- Ethan Rose – Song One
- Robert Normandeau – La Chambre Blanche (extrait)
- Frances White – Walk Through « Resonant Landscape » N°2
