Entretien avec Babx
Pour ceux qui ne connaissent pas encore ce kamikaze des rimes riches, ce funambule Ă chansons rĂ©alistes, ce taciturne aux desseins fantasmagoriques, qu’ils ne s’inquiètent pas du retard pris Ă l’allumage.
Les deux pieds dans le bitume et le regard portĂ© vers les Ă©toiles, Babx chasse ici de son patrimoine son premier album excellent mais trop carte de visite, pour rentrer dans une mĂ©thodologie, un concept, un crime d’aisance: le disque global du XXIe siècle.
RamDam: Est-ce la nouvelle retraite de CĂ©line Dion qui t’a poussĂ© Ă sortir ton album maintenant et ainsi offrir le premier titre de l’album Ă Titanic 2?
Babx: Je n’Ă©tais pas au courant de son actualitĂ© mais ça tombe plutĂ´t bien, je vais pouvoir prendre sa place Ă Las VĂ©gas.
RamDam: C’est plutĂ´t par rapport au premier titre de ton disque Cristal Ballroom et cette idĂ©e de l’iceberg Ă 2/3 immergĂ©, peut-on faire un rapport direct avec ton disque?
Babx: «Pour Titanic II, si l’orchestre revient de sous les abysses, on va l’envisager (rire). Mais pour le rapport avec ma musique: complètement. Je ne suis pas tellement un actif Ă©colo, mais toutes ces histoires d’immersions, de fonte de la banquise, de Venise ou la Nouvelle OrlĂ©ans sous les eaux, ça a beaucoup contribuĂ© Ă l’imaginaire global de cet album. Ce grand carnaval qu’on retrouverait en dĂ©bouchant le bouchon de la baignoire dans 200 ans.»
RamDam: Cette première chanson Cristal Ballroom indique que Babx est toujours Babx, mais qu’il n’a pas attendu aussi longtemps entre ses 2 disques, pour simplement nous rejouer Kamikaze?
Babx: C’est pas impossible et plutĂ´t normal. A l’Ă©poque du premier album, c’est un espèce de condensĂ© de toute ta vie alors que lĂ , il ne me restait qu’un an et demi Ă raconter (rire). Ce sont des prĂ©occupations qui ne sont plus les mĂŞmes qu’Ă 18 ans. J’avais envie de raconter une histoire comme un rĂ©alisateur peut tourner un film. Ce ne sont pas des bribes d’histoires avec des chansons Ă©clatĂ©es les unes après les autres, mais j’ai insistĂ© sur le fait de garder un fil conducteur du dĂ©but Ă la fin. Un Ă©tat permanent du premier au dernier titre.
RamDam: J’ai l’impression que tu as grandi et pris des Ă©paules?
Babx: Je ne sais pas si cela pourrait correspondre Ă de l’assurance. En tout cas, je voulais clarifier pas mal de choses. Assumer plus de simplicitĂ© aussi. Pas forcĂ©ment mettre fromage et dessert dans la mĂŞme assiette. Ce qui Ă©tait le tort de mon premier disque. LĂ , j’ai bien fait des distinctions entre chaque plat. Dans le premier, j’avais un complexe de chansonnier qui ne fait pas de la musique contemporaine et lĂ de toute manière comme c’Ă©tait niquĂ© pour l’IRCAM, j’ai assumĂ© de vouloir faire des chansons (rire).
RamDam: Je voulais te demander si ce disque n’est pas un disque fĂ©minin?
Babx: Toujours. Encore. La dame de mon coeur est très présente dans chacune des lignes de ce disque. La majorité des personnages de ce disque sont des femmes. Cela me poursuit. Je vais devoir consulter (rire).
RamDam: Tu installes en second titre cet Electrochocs Ladyland», un petit hommage Ă Jimi Hendrix et un gros clin d’oeil Ă Lennon, bref Ă la musique que tu aimes?
Babx: C’Ă©tait un clin d’oeil Ă l’Ă©poque. Ce disque est une rĂ©fĂ©rence Ă l’Ă©poque oĂą les gens dansaient avec l’intimidation de bombes au dessus de leur tĂŞte. Cette musique, ce mouvement du flower-power, etc. avait un but de transe, de danse sous menace apocalyptique.
Quand je me suis attaquĂ© Ă cette chanson oĂą je voulais parler de l’enfer des Ă©lectrochocs, j’ai essayĂ© plusieurs manières d’aborder ce sujet et il m’est revenu cette rĂ©fĂ©rence Ă Hendrix et quitte Ă en reprendre le titre, autant faire du pied sous la table Ă la musique de toute cette pĂ©riode et rechercher une musicalitĂ© assez seventies en rĂ©adaptant ça Ă ma sauce.
RamDam: Cette chanson est peut-ĂŞtre l’intrus du disque quelque part?
Babx: Elle est vachement plus rock. Le sujet est plus « Ă©lectrique » que les autres chansons. Le reste du disque surfe sur l’acoustique et lĂ j’Ă©tais obligĂ© de mettre du nerf. J’ai vraiment tenu Ă garder cette idĂ©e de bal, cette dĂ©clinaison qu’Ă chaque moment de la soirĂ©e correspond une musique qu’on doit jouer. Des ambiances sonores diffĂ©rentes qui se rĂ©pondraient cependant les unes aux autres.
RamDam: En parlant de bal, est ce que Lady L, c’est ton quart d’heure amĂ©ricain?
Babx: C’est un peu ça. Il ne reste plus grand monde dans la salle. Des musiciens et quelques danseurs. J’ai eu la chance de l’enregistrer avec Marc Ribot. Et quitte Ă la faire avec ce monument, j’ai Ă©goĂŻstement choisi qu’il n’y ait que lui et moi sur ce titre (rire). J’ai profitĂ© de la forme duo, surtout qu’avec lui, il n’y a pas besoin de rajouter grand-chose.
RamDam: Sur ce disque, tu t’es investi jusqu’Ă rĂ©aliser et arranger toi-mĂŞme l’album, mais tu as peut-ĂŞtre fait le meilleur choix en allant pĂŞcher Oz Fritz pour te garantir de garder le cĂ´tĂ© sauvage Ă ces nouvelles compositions?
Babx: J’ai eu lĂ encore de la chance. Oz Fritz c’est le monsieur qui m’a fait rĂ©aliser que le son Ă©tait un personnage Ă part entière. Je me souviens avoir mis l’album Blood Money de Tom Waits et en une seconde, Ă 17 ans, j’ai compris qu’en dehors de la voix, des instruments il y avait un son particulier.
Jusque lĂ , je pensais qu’il suffisait de mettre un micro devant un instrument. Donc dĂ©jĂ le nom Ă©tait mystĂ©rieux et lĂ , l’Ă©tĂ© dernier, sans y croire un instant j’ai osĂ© lui envoyer un mail, en lui prĂ©cisant que je n’Ă©tais rien ni personne, que je n’avais pas d’argent, ce qui Ă©tait dĂ©jĂ très sĂ©duisant (rire) en lui demandant de travailler avec moi. Deux jours après il Ă©tait ok. Rendez-vous Ă San Francisco pour mixer avec lui. C’Ă©tait une sorte de pèlerinage pour moi (rire).
RamDam: Tu trimballes un peu cette Ă©tiquette de Tom Waits ‘Ă la française’, alors comment s’est passĂ© la rencontre?
Babx: Je ne faisais pas le malin au dĂ©but. Quand il a dĂ©barquĂ© au studio, je me sentais tout petit. Ce qui est drĂ´le, c’est qu’il est aussi, voire plus, timide que moi. On s’est retrouvĂ© un peu comme des cons (rire). Après quand on passe dans le boulot mĂŞme, il a ce truc qu’a aussi Ribot, c’est qu’Ă partir du moment oĂą il s’engage dans un projet, il n’y a pas d’arrogance ni de problèmes d’ego.
Ce qui est cocasse, c’est qu’il est limite autiste. Il ne parle jamais, il doit prononcer 10 mots dans sa journĂ©e et nous avons eu une relation de romance sans paroles. C’Ă©tait hyper fort, comparable Ă de la sorcellerie, ou plutĂ´t de la parfumerie. Un des trucs de ce disque, c’est que j’ai appris Ă©normĂ©ment. En l’occurrence, Ă 27 ans, j’ai pris plusieurs leçons d’un coup. Je voulais rendre aussi hommage Ă ceux qui ont fait la prise de sons: c’est JĂ©rĂ´me Poulouin et Laurent Binder.
RamDam: Nous sommes lĂ , Ă la fin d’un processus d’enregistrement d’album, mais peux-tu me dire s’il a Ă©tĂ© long Ă se dessiner?
Babx: «Pas tant que ça. J’avais un son dans la tĂŞte, le titre mĂŞme avant d’avoir les chansons et je n’ai eu qu’Ă attendre que le reste vienne Ă moi. Une fois que je me suis mis Ă Ă©crire, tout c’est assemblĂ© facilement. J’ai mis 1 an en gros.
Pendant la tournĂ©e, j’Ă©tais incapable de penser Ă la suite de mon premier disque, j’ai aussi voulu faire un break pour reprendre contact avec la vie, reprendre mon costume de musicien car je ne suis pas « que » chanteur. J’ai fait la musique d’un spectacle de danse, de la musique improvisĂ©e. Le but Ă©tant d’oublier le premier album. J’ai passĂ© un an Ă ne faire que de la musique sans penser Ă un plan de carrière ou une rĂ©ussite artistique de Babx.
RamDam: 08 h 04 est une très belle chanson digne de Brazil et proche d’une sociĂ©tĂ© Sarkozyste. Outre le sujet sociĂ©tal, n’a tu pas l’impression que l’industrie du disque est devenue aussi frigide qu’une camĂ©ra de vidĂ©o surveillance?
Babx: J’aimerais ne pas cracher sur la totalitĂ© de ce mĂ©tier. Mais il y a ce cĂ´tĂ© effrayant. La peur qui domine ces gens. L’industrie du disque souffre de sa propre peur et n’arrive pas Ă se dire que quitte Ă ĂŞtre dans la merde, autant faire des choses bien. Ce qui m’effraie, c’est qu’il y a plein de gens qui vont vĂ©ritablement rester sur le cĂ´tĂ© et qu’on va mettre en avant du mĂ©diocre. Ce qui ne me plaĂ®t pas dans ce pays, c’est qu’il y a un plan A mais qu’on a pas prĂ©vu un plan B.
RamDam: Ton Ă©criture s’est arrondie il me semble, ce qui te fait moins crier, ĂŞtre moins exubĂ©rant lorsque tu chantes?
Babx: On ne laisse pas au monde actuel le temps de rĂŞver. Pour ma part, je ne sais pas Ă©crire autrement. Ce qui est vrai, c’est qu’Ă l’Ă©poque de la conception de cet album je n’avais pas besoin de hurler, j’Ă©tais plus dans le sentiment et moins dans le hurlement. Peut-ĂŞtre aussi plus confiant sur ma manière de chanter.
RamDam: Pourquoi conclure ton album d’un titre jouĂ© live L’Orage?
Babx: C’Ă©tait lors du dernier concert de la tournĂ©e que nous avions conclu au théâtre des bouffes du Nord. L’Orage en Ă©tait le tout dernier morceau. En studio, nous avons Ă©tĂ© incapables de reproduire l’intensitĂ© qui se dĂ©gageait de ce titre ce soir-lĂ . Cette chanson est un mĂ©lange de chanson d’amour et de chanson politique sans jamais le dire ouvertement. Un moment de prière, d’accalmie, avant de tout se recevoir sur la gueule, et après repartir au combat. Il faut dire que je l’ai Ă©crite le soir de l’Ă©lection de Nicolas Sarkozy.
Propos recueillis par Pierre Derensy.
