Entretien avec Bumcello
Cela fait quelques annĂ©es qu’en parallèle Ă leurs collaborations de musiciens sur des albums de tous horizons ou sur scène avec des vedettes monumentales (par exemple -M-), Cyril Atef et Vincent SĂ©gal s’amusent Ă faire la musique qu’ils aiment dans leur groupe-concept: Bumcello. Ce duo propose donc leur dernier album, Lychee Queen, avec des convives sĂ©duisants, tels que Magic Malik, Blackalicious, Mama Ohandja, Tommy Jordan et Chocolat Genius. Que du beau monde.
RamDam: Vous attendiez-vous Ă faire autant d’albums avec Bumcello ?
Cyril Atef: On ne s’est mĂŞme pas posĂ© la question. C’est un truc naturel pour nous d’aller en studio. On pourrait enregistrer tous les 6 mois si on voulait.
RamDam: Qu’est-ce qui vous en empĂŞche ?
Cyril Atef: Le temps, car nous sommes pris dans pas mal de projets, mais en mĂŞme temps je ne sais pas si faire des albums au jour d’aujourd’hui, cela sert Ă quelque chose. Cela nous fait toujours plaisir de laisser ce petit marquage dans le temps via un CD. Quand on Ă©coutera ça sur nos vieux jours, nous pourrons nous dire que l’on a quand mĂŞme fait de bonnes choses Ă ce moment-lĂ .
RamDam: Avec vos planning respectifs surchargés, comment préparez-vous un album de Bumcello ?
Cyril Atef: On compose, on note des idĂ©es Ă la maison, je prĂ©sente ça Ă Vincent et vice-versa. Ensuite nous transformons ces idĂ©es de base pour en faire des morceaux diffĂ©rents. On Ă©coute des minidisques de nos concerts qui sont 100% improvisĂ©s. On pioche dedans sans forcĂ©ment respecter le son entendu et jouĂ©. C’est une sorte de trame mĂ©lodique. Ensuite, on entre en studio; pour le dernier album par exemple nous avons pris 3 jours. C’est allĂ© assez rapidement.
RamDam: C’est très court comme dĂ©lai, dans ces conditions doit-on faire « vite et bien immĂ©diatement » ou « faire vite et bien, plus tard quand la mixture aura dĂ©cantĂ© » ?
Cyril Atef: « Notre nature, c’est de bosser rapidement. On n’a pas fait plus de 2 prises. Ensuite, on a fait 1 jour avec les invitĂ©s et enfin nous avons envoyĂ© les bandes Ă nos amis amĂ©ricains comme Tommy Jordan et Blackalicious.
RamDam: Tous ces guests sont de grands noms, comment se sont-ils retrouvés sur votre disque ?
Cyril Atef: Tommy, c’est mon pote depuis 20 ans, j’avais un groupe avec lui dans les annĂ©es 80, c’est un multi instrumentiste et chanteur très talentueux. Bob Brown nous a mixĂ© l’album grâce Ă Tommy. Blackalicious est un ami de Vincent et Chocolat Genius, c’est un gars que nous avons rencontrĂ© au Printemps de Bourges, il y a 5 ans. C’est un super song-writer amĂ©ricain malheureusement pas assez connu. Le disque, c’est vraiment une bonne occasion de faire des collaborations.
RamDam: Est-ce que dans Lychee Queen, c’est le son de la Motown qui s’invite encore plus que dans les autres de vos disques ?
Cyril Atef: Tu trouves ? C’est une observation intĂ©ressante. C’est un son et une manière un peu mat. La manière, c’est plutĂ´t Motown deuxième pĂ©riode.
RamDam: On a tendance en France Ă faire de l’anti-amĂ©ricanisme primaire mais au final votre musique, comme la musique anglo-saxonne est un mĂ©lange de plein de genres, prenez-vous exemple sur ce qui se fait lĂ -bas ?
Cyril Atef: Je suis amĂ©ricain. La musique anglo-saxonne est faite de plein de mĂ©tissage Ă©videmment, mais au final, ils catĂ©gorisent la musique encore plus qu’ici. Je te parle au niveau commercial. Dans les magasins, dans les mĂ©dias, c’est encore plus dur qu’en France.
RamDam: Quand on prĂ©sente Bumcello Ă Vincent Frèrebeau, qu’est-ce qui fait qu’il signe ?
Cyril Atef: On ne lui a pas proposĂ© ! C’est lui qui est venu nous voir en concert. On n’a jamais cherchĂ© une maison de disque. On Ă©tait dans un petit label et il a voulu racheter notre contrat. Il a eu une bonne idĂ©e (rires). Je vais laisser la parole Ă Vincent, histoire que l’on se partage les rĂ©ponses Ă tes questions…
RamDam: Je voulais savoir si Bumcello n’Ă©tait pas nostalgique d’une Ă©poque passĂ©e oĂą Internet n’existait pas, oĂą l’information musicale devait se dĂ©nicher après des recherches dans les bacs ou les journaux Ă©trangers, oĂą les sons Ă©taient riches et diffĂ©rents ?
Vincent SĂ©gal: Je suis d’accord avec toi mais en mĂŞme temps, je peux montrer Ă mon fils des choses sur YouTube qui restent secrètes. Le web est un ocĂ©an tellement vaste qu’aucun de ses copains vont aller dans les niches oĂą moi je vais l’emmener. Il y a toujours des moments d’Ă©motions très fortes. J’ai regardĂ© avec Moustaki des choses sur le net qui l’ont Ă©mu. Par exemple, lorsqu’il a dĂ©couvert qu’une chanteuse black l’adorait et le reprenait. La nana, tu l’Ă©coutes, et elle te met par terre, pourtant ce titre doit avoir au plus 200 visites. Ce qui est terrible, c’est qu’on mĂ©rite moins les choses. Avant, quand tu faisais 60 bornes pour voir l’unique passage d’un artiste en France, j’imagine que cela devait ressembler Ă un pĂ©riple.
RamDam: Le public de Bumcello, il vous est acquis d’avance ou pas ?
Vincent SĂ©gal: Non, tout simplement car nous improvisons tout sur chaque concert. Ce qui fait qu’on peut perdre notre public. Il y a quelques concerts oĂą je n’Ă©tais pas en forme, ou Cyril, bref nous avons pris un risque et j’ai dĂ©testĂ© notre prestation; ce public-lĂ , il peut dire que le concert de Bumcello Ă cette date Ă©tait mauvais car mĂŞme moi j’Ă©tais insatisfait de notre manière de jouer. Proportionnellement, quand cela fonctionne, le public nous envoie un super retour. J’adore quand quelqu’un me dit « pour des vieux c’est vraiment super ce que vous faites ». Cela me fait très plaisir.
RamDam: Ce qui reste par contre inchangĂ© dans votre musique, c’est ce besoin de bouger au son de vos rythmes, est-ce difficile Ă incruster sur un CD ?
Vincent SĂ©gal: On l’a sĂ»rement mieux rĂ©ussi sur ce dernier. C’est difficile. Les gens qui enregistrent n’arrivent pas Ă capter certaines choses que nous ressentons quand nous jouons. J’adore la samba par exemple, encore plus aujourd’hui oĂą les groupes de percussions jouent de manière amplifiĂ©e et lĂ tu n’arrives pas, qui que tu prennes comme ingĂ©nieur du son, Ă rĂ©aliser la restitution exacte de ce que tu entends. Il faudrait peut ĂŞtre trouver un ingĂ©nieur qui est dingue de direct. Afin qu’il nous enregistre de manière sauvage. Et comme nous improvisons, ce n’est pas de la musique ligne clair, il y a beaucoup d’accidents.
RamDam: J’ai l’impression qu’on a jamais autant « parlĂ© » que sur ce disque ?
Vincent SĂ©gal: Sur l’album prĂ©cĂ©dent, il y avait pas mal de textes. Mais c’est tant mieux si tu ressens ça.
RamDam: Eurostar est par exemple une chanson très importante entre votre musique et le sujet abordé ?
Vincent SĂ©gal: La maison de disque ne voulait pas qu’on la mette. Justement, par rapport au texte et la manière dont Magic Malik chantait. Sur un sujet grave, on voulait montrer qu’il y avait une manière d’amplifier une tristesse en montrant un cĂ´tĂ© brillant. Un peu comme dans un opĂ©ra bouffe. Nous ne voulions pas faire un pamphlet Ă la manière de la chanson rĂ©aliste française que je n’aime pas du tout.
RamDam: Enfin, voyez-vous, comme moi, Bumcello comme un groupe politiquement incorrect ?
Vincent SĂ©gal: Oui ! On fait tout pour. Dans notre manière d’aborder les disques, les concerts. On ne rejoue pas nos chansons sur scène, on enregistre avec des gens qui ne sont pas lĂ avec nous tout le temps. Il y a des gens qui sont très Ă©loignĂ©s de nous, comme Air, et pourtant politiquement, je respecte leur façon de bosser. EsthĂ©tiquement nous sommes Ă l’exact opposĂ© mais d’une certaine manière, nous avons comme eux pour but de faire ce que nous voulons en nous faisant plaisir. Bumcello est dans cet esprit. Ce n’est mĂŞme pas de la remise en question c’est juste de la curiositĂ©.
Propos recueillis par Pierre Derensy
