Entretien avec Didier Super
Didier Super a des airs de Borat. Il joue un personnage jusque dans les interviews. Alors ne vous Ă©tonnez pas qu’il y ait un temps d’attente entre la question et la rĂ©ponse, l’acteur performantiste qu’est Didier Super cherche ses mots pour toucher juste, au fond de la classe du prolo de base. Alors, si l’ambassadeur kazakh aux États-Unis demande des excuses Ă Bush, j’imagine que le prĂ©fet et tous les dignitaires du Nord Pas de Calais pourraient se retrouver dans les bureaux de l’ÉlysĂ©e pour faire stopper les agissements de ce trublion franchouillard.
Pourtant Super Didier parle juste sous la tonne de boulets de canon décernée par Télérama. Il parle une langue universelle: celle de la connerie. Assumée. Un petit entretien téléphonique avec le roi du détartrage.
Didier Super: Allo ? T’es lĂ ? C’est quoi ce bordel ! M’ont jamais fait ce coup lĂ !
RamDam: Je pense que la gentille attachée de presse de chez V2 a dû appuyer sur un bouton et nous mettre en communication !
D. S.: Bon, ben, salut ! T’es qui toi au fait ?
RamDam: Tu te souviens de moi parce que la fois oĂą l’on s’Ă©tait rencontrĂ©, tu t’Ă©tais fait embarquer par les flics car tu tĂ©lĂ©phonais au volant de ta voiture !
D. S.: Ha ouais ! D’accord ça me revient.
RamDam: Bon, Didier, est-ce que c’Ă©tait parce que tu trouvais que Rondo Veneziano manquait de paroles que tu t’es mis au classique ?
D. S.: Ben non ! T’as une autre question ! (rires).
RamDam: Tu dis dans le dossier de presse que ton premier disque musicalement était un peu léger, qui a osé dire ça ?
D. S.: Ma maison de disque en premier et pis après tout le monde. Même moi.
RamDam: Maintenant que tu ne peux plus aller Ă la piscine sans te faire ennuyer, tu as dĂ©cidĂ© de rentrer Ă l’OpĂ©ra ?
D. S.: On verra ce que ça donne, mais je t’affirme tout de suite que l’OpĂ©ra, c’est la culture de l’avenir. On verra bien en mai, on va nous le confirmer. Moi je te dis que la culture de droite Ă beaucoup d’avenir devant elle.
RamDam: C’est mieux d’avoir une mĂ©lomane qui se rend chez Harmonia Mundi pour acheter le disque de Didier Wagner ou un adolescent rebelle qui va finir gendarme en Ă©coutant Richard Super ?
D. S.: Tu vas recommencer ta question parce que je suis sĂ»r que tu l’as travaillĂ©e mais j’ai rien compris ! Ha ! Ha ! Ha !
RamDam: Bon, en rĂ©sumant: t’as dĂ©cidĂ© de t’attaquer Ă un nouveau marchĂ© parce que l’autre t’emmerdait ?
D. S.: Je veux tout sauf les adolescents !
RamDam: Qu’est-ce que tu rĂ©ponds Ă tes dĂ©tracteurs qui disent que Didier Super s’est embourgeoisĂ© ?
D. S.: C’est vrai ! Enfin non, je serais très fier de leur dire que c’est vrai sauf que quand tu regardes bien les choses en face, quand je faisais du théâtre de rue, je faisais des cachets qui Ă©taient limite le double de ce que je gagne maintenant. C’est Ă dire que maintenant, je fais des cachets Ă 158 euros net alors qu’avant je gagnais 265 euros net. On croit que la cĂ©lĂ©britĂ©, ça embourgeoise alors que tu n’y trouves que des inconvĂ©nients.
RamDam: Alors pourquoi faire des disques et ne pas retourner dans la rue ?
D. S.: Parce que la rue ne veut pas de Didier Super !
RamDam: Comment as-tu rencontré Pierre Lebourgeois, ton réalisateur ?
D. S.: Ben, on s’est donnĂ© rendez vous Ă la gare de Lyon ???!! En fait c’est V2 qui s’est occupĂ© de tout. Je leur avais dit Ă la sortie de l’album, il y a 3 ans maintenant, que j’aimerais bien faire une version pour les vieux de ce disque-lĂ , histoire de drainer un public plus reposant. Sur le coup, ils avaient pas percutĂ© mais l’annĂ©e dernière ils sont venus me voir en me disant qu’ils avaient une idĂ©e gĂ©niale: me faire un album version pour les vieux. Par contre, ils auraient bien voulu avoir des nouvelles chansons mais il n’en est pas question !
RamDam: Tu ne voulais pas ?
D. S.: Non ! Pas envie…
RamDam: C’est pour prĂ©parer un disque III Ă la mode country ?
D. S.: C’est pour prĂ©parer des concerts un minimum intĂ©ressant. Le problème, c’est qu’on vient dans mes concerts pour Ă©couter de la musique, alors que le seul intĂ©rĂŞt de ce que je fais selon moi, ce sont les paroles. Alors si tu viens me voir pour la musique parce que tu connais bien les paroles, hĂ© ben, c’est super dĂ©cevant parce que j’aime pas la musique et j’ai pas envie d’apprendre Ă en faire. Du coup, mes nouvelles chansons, je les garde pour les prochains concerts.
RamDam: Tu as partagĂ© tes chips et ton coca pour l’enregistrement du disque avec les musiciens classiques ?
D. S.: Je les ai mĂŞme pas vus ! Ils ont enregistrĂ© les musiques et Pierre Lebourgeois est venu me chercher pour mettre ma voix lĂ et lĂ . Ha ouais t’as vu sur le disque, on croirait que je suis dans le studio avec eux, ben, que dalle ! Pas la queue de pie d’un seul ! Tout ça, c’est des conneries de penser que je suis maquĂ© avec une joueuse de flĂ»te traversière… enfin tu le dis pas dans ton truc hein ! Enfin si, vas-y je m’en fous !
RamDam: Tu as changĂ© l’ordre des chansons pour montrer que tu avais un peu travaillĂ© quand mĂŞme ?
D. S.: Ben sinon, c’est de l’arnaque. Je dirais mĂŞme plus: ça devient de l’escroquerie. Mais de toute façon, vu les disques pourris de merde que les maisons de disques produisent depuis 20 ans, ils sont plus à ça prĂŞt ! Ils savent plus ce qui est bien… sinon j’en serais pas lĂ .
RamDam: T’es le seul Ă vendre plus cher un remix que l’album original ?
D. S.: HĂ© ben ? Ca te dĂ©range ? Nan mais, c’est parce que c’est pas le mĂŞme coĂ»t de revient. Le premier disque a coĂ»tĂ© 5.000 euros pour le studio, les voix et tout le bordel alors que celui-lĂ , rien que pour les bandes voix, elles ont coĂ»tĂ© 8.000 euros donc forcĂ©ment le disque est plus cher.
RamDam: Dans tes concerts, tu te feras donc accompagnĂ© d’un orchestre symphonique ?
D. S.: Tu sais, j’ai dĂ©jĂ bien du mal Ă me payer un Ă©clairagiste, alors ton orchestre tu vas te faire voir pour l’entendre.
RamDam: Ton nouveau spectacle « concert sans musique » dĂ©conseillĂ© aux « fan’s Ă la con », ça donne quoi ?
D. S.: Ben c’est mon truc que je t’expliquais: c’est un concert sans musique comme ça le public vient pas pour ça. Il est prĂ©venu. Et mĂŞme s’il y en a un peu, c’est mon problème, mais comme ça, le public vient pas pour danser. Comme ça y a pas d’embrouille sur la marchandise.
RamDam: Et va-t-on retrouver Carole ou l’as-tu vraiment larguĂ©e sur une aire d’autoroute ?
D. S.: Je l’ai vraiment virĂ©e. Elle a voulu faire de la musique et en plus elle est devenue hĂ©tĂ©ro ! Sinon maintenant, j’ai achetĂ© un batteur et le mec au son, je lui ai appris Ă jouer de la basse. Mais ça c’est pour les concerts AVEC musique. Sinon pour les autres, c’est Ă dire SANS: je suis seul sur scène.
RamDam: Comme AnaĂŻs ?
D. S.: Ouais sauf que moi, c’est bien !
RamDam: Didier Super, il écoute quoi ?
D. S.: Qu’est-ce que ça peut te foutre ! En fait, j’Ă©coute toutes les merdes qui passent sur RFM et comme je m’oriente vers le comique, j’Ă©coute aussi Rire et Chansons. Mais putain y a du boulot.
RamDam: En parlant de boulot: tu as fait le concert de soutien Ă Denis Robert. Alors Didier Super a une conscience ?
D. S.: Ha oui, c’est vrai que j’ai fait ça ! J’ai une conscience de quoi ? Je sais mĂŞme pas qui c’est Denis Robert ! T’es con ou quoi ? En fait c’Ă©tait Ă la Cigale, avec plein de vedettes, donc t’avais plein de monde et pour moi c’Ă©tait juste un super coup de promo.
RamDam: C’Ă©tait seulement pour ça ?
D. S.: Ben un concert de soutien ça sert Ă quoi autrement ? Tu crois que le concert contre le racisme au mois de mai place de la RĂ©publique, les artistes qui Ă©taient lĂ Ă©taient contre le racisme ? Attends, t’as pas vu comment ça se passe: on monte sur scène, on fait d’abord notre plus gros tube comme ça les gens se disent « ha ouais c’est lui qui chante ça » et pis après, on dit qu’on est contre ceci-cela, après on fait 2 autres chansons du nouvel album et enfin on se casse.
RamDam: Je voulais savoir si un jour tu vas quitter ton rĂ´le de Didier Super pour venir en qualitĂ© d’Olivier Haudegond ?
D. S.: Pourquoi tu voudrais que je fasse ça ?
RamDam: Justement pour emmerder ton monde…
D. S.: C’est une bonne idĂ©e, j’en sais rien, pour l’instant je m’amuse bien comme ça.
RamDam: Pour le premier tour, tu as voté ou tu es parti à la pêche ?
D. S.: Je dois voter dans le Nord et j’ai pas fait mon changement d’adresse. Mais je vais donner une procuration Ă ma mère.
RamDam: On ne peut pas te demander pour qui tu as voté ?
D. S.: Si tu veux, quand dans un vote tu as le choix entre extrĂŞme droite, droite extrĂŞme ou bien nazi de gauche, ben je me dis que j’ai plutĂ´t envie de voter pour un mec comme Yannick Noah. Un chanteur engagĂ©, voilĂ y a que ça qui reste. Je pense pas que ce soit un homme politique qui puisse nous tirer de la merde oĂą l’on est ! Je pense pas qu’il soit capable de repolariser l’axe central de la terre ou recongeler le PĂ´le Nord.
RamDam: Peut-ĂŞtre qu’un chanteur peut faire ça ?
D. S.: Tu sais chanteur, ça demande pas mal de boulot. Pis on a pas choisi ce mĂ©tier-lĂ pour crever d’un ulcère Ă 40 ans.
RamDam: Pourquoi ĂŞtre parti en Inde, c’est pour tourner « Misère Joyeuse » et monter les marches de Cannes ?
D. S.: C’Ă©tait Ă la base pour faire un festival de théâtre de rue. J’avais un pote qui voulait montrer l’Inde sous son vrai visage. Parce qu’Ă la tĂ©lĂ©, tu te rends pas compte Ă quel point c’est un pays totalitaire pour la population. Quand tu te pointes lĂ -bas en qualitĂ© de blanc, tu as les mĂŞmes droits qu’un intouchable. Il y a aucune valeur sociale. Par contre la Police est dans une caste un peu plus Ă©levĂ©e. C’Ă©tait intĂ©ressant de se pointer lĂ -bas pour faire des spectacles totalement Ă l’arrache, se faire emmerder par la police et que la population voie ça. Le film est venu en plus sur le tas. Il est venu parce que lorsque tu as un camĂ©scope sous la main et que tu vois ce qui se passe t’as forcĂ©ment les moyens de faire un beau petit reportage pour Arte.
Propos recueillis par Pierre Derensy.
