Entretien avec Fabien Cahen

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Fabien CahenFabien Cahen aime le rock. Cela s’entend. Dans un mĂ©lange de Queens of The Stone Age, de Coldplay, de B-52′s avec un zeste de punk, il livre son album Marchands de loups après ĂŞtre restĂ© pendant longtemps le guitariste derrière l’artiste. Le voilĂ  tel qu’en lui mĂŞme.

RamDam: Quand je lis ta biographie, je vois que tu as Ă©tĂ© influencĂ© par Jean Jacques Goldman ou Pearl Jam en matière de musique et Brel et FerrĂ© pour le cĂ´tĂ© texte, qu’en est-il vraiment ?

Fabien Cahen: Alors ça, Brel et FerrĂ©, je ne sais pas qui a notĂ© ça mais il faut l’enlever, parce qu’en fait ce sont mes parents qui Ă©coutaient ces chanteurs… bien que FerrĂ© quand j’Ă©tais avec Cox, nous avions repris une chanson qui s’appelle « L’anarchiste ». Ce ne sont pas des gens que j’Ă©coute en règle gĂ©nĂ©rale. Oui mes influences viennent de la musique anglo-saxonne, mais pas seulement. LĂ , j’ai participĂ© aux Aventuriers d’un Autre Monde et j’ai trouvĂ© un rĂ©el bonheur Ă  me plonger dans la musique de Cali, alors qu’au dĂ©part, ce n’Ă©tait pas forcĂ©ment mon truc. J’ai compris beaucoup de choses aussi en accompagnant RaphaĂ«l, j’ai compris la puissance et l’impact de ses chansons en rentrant du coup dans « sa maison ». Bashung aussi qui m’a appris Ă  enlever tous les codes. Avec sa manière d’ovni artistique qui reste mĂ©lodieuse mais sans structure: couplet-refrain.

RamDam: Tu faisais auparavant partie de Cox, pourquoi ne pas avoir continué ?

F. C.: Je sentais que cela se finissait et que si on s’acharnait Ă  poursuivre, on aurait fini par se fâcher. J’ai donc prĂ©fĂ©rĂ© rester sur une belle histoire.

RamDam: PlutĂ´t que d’Ă©crire « il faut tourner la page pour connaĂ®tre la fin de l’histoire » en exergue de ton livret, peut-on dire que pour Fabien Cahen, c’Ă©tait indispensable de tourner la page pour dĂ©buter l’histoire ?

F. C.: Cette phrase « il faut tourner la page pour connaĂ®tre la fin de l’histoire » vient d’une rĂ©flexion d’un ami. Elle a fait partie de moi, elle a tournĂ© dans ma tĂŞte pendant la pĂ©riode de l’album et elle m’a fait avancer.

RamDam: On t’a souvent demandĂ© de faire simplement guitariste d’un groupe ?

F. C.: Oui. Par exemple, il y a 8 ans, Nicolas Sirkis m’appelait pour ĂŞtre le guitariste d’Indochine. Et j’ai dit non. Mais il l’avait très bien pris car je dĂ©butais l’aventure de Cox et il nous avait pris en première partie de ses concerts. Aubert aussi aimerait bien m’avoir dans son Ă©quipe.

RamDam: Il te manquait le bonheur d’ĂŞtre artiste Ă  part entière ?

F. C.: Je pense surtout que je n’aurais pas Ă©tĂ© heureux car on ne m’aurait sĂ»rement pas donnĂ© une place de compositeur, mais juste de guitariste. J’aime l’idĂ©e aussi d’offrir aux gens mes mĂ©lodies et mes chansons, plus qu’un son de guitare. J’ai toujours eu envie d’aller plus loin que ça.

RamDam: Avec ce disque, on a l’impression que tu quittes l’adolescence pour devenir un adulte responsable ?

F. C.: Alors lĂ  totalement ! C’est vraiment ça. J’ai grandi, mĂ»ri. Ca fait du bien de vieillir. MĂŞme si je ne dis pas vieillir mais grandir. C’est un pas de plus pour se connaĂ®tre. Je prends chaque jour qui vient comme une vraie Ă©tape, sans chercher Ă  tout comprendre de moi-mĂŞme en 1 seconde. Ce n’est pas bien de connaĂ®tre la fin avant de connaĂ®tre le dĂ©but de l’histoire. Je suis content que l’on ne me voit plus comme un adolescent grâce Ă  cet album. C’est pour ça aussi que j’ai dĂ©cidĂ© de partir en solo: c’est pour ne plus traĂ®ner cette image.

RamDam: Mais c’est aussi se retrouver en terrain dĂ©couvert sans personne pour se cacher ?

F. C.: J’Ă©tais prĂŞt je crois. Je voulais rentrer seul sur scène. MĂŞme pour une discussion avec les journalistes. Avec Cox, je me cachais effectivement derrière les autres mais en fait j’avais des choses Ă  dire. Quand j’Ă©tais jeune, j’Ă©tais un garçon très taciturne et j’ai mis beaucoup de temps Ă  me lâcher, Ă  me dĂ©sinhiber; j’ai pris confiance en moi sans me cacher dans un groupe.

RamDam: Le loup est rentrĂ© dĂ©finitivement dans sa tanière ou le mouton s’est mĂ©tamorphosĂ© ?

F. C.: (Rires) Ecoute je te laisse avec cette phrase.

RamDam: Comment expliques-tu ta complicitĂ© artistique avec Zazie et le fait qu’elle perdure, malgrĂ© votre sĂ©paration ?

F. C.: Je ne sais pas, c’est la première Ă  qui je faisais Ă©couter mes chansons et j’Ă©tais le premier Ă  entendre les siennes. MĂŞme si on ne vit plus sous le mĂŞme toit, il y a une forme de respect, de confiance, de tendresse entre nous. Artistiquement on se fait beaucoup confiance.

RamDam: C’est du reste très touchant de vous retrouver tous les 2 sur « La passion » ?

F. C.: On a passĂ© nos limites personnelles et donc il n’y a plus de limites. En plus, cette chanson, ce duo a Ă©tĂ© enregistrĂ© après notre sĂ©paration, c’Ă©tait donc très Ă©trange de la retrouver pour une chanson. Et pourtant cela s’est passĂ© avec beaucoup de complicitĂ© et de tendresse. Elle n’est pas venue un jour après moi faire une voix. Nous l’avons chantĂ©e ensemble.

RamDam: Est-ce que tu crois en Dieu ?

F. C.: Absolument pas. Je pense que c’est une invention pour les pauvres. Dieu est le psy du peuple. La religion est le premier business du monde. Ma vision est très violente mais par contre je partage un grand plaisir avec ma fille de rentrer dans une Ă©glise pour essayer de capter la sĂ©rĂ©nitĂ© du lieu par rapport Ă  la tempĂŞte extĂ©rieure.

RamDam: Tu m’as parlĂ© des Aventuriers d’un Autre monde mais qu’est-ce qui t’a marquĂ© ?

F. C.: Qu’ils t’accueillent les bras ouverts. Qu’ils partagent avec toi, qui est guitariste. C’Ă©tait un travail pĂ©rilleux. Car tu devais entrer dans leur musique tout en donnant une part de toi.

Propos recueillis par Pierre Derensy

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