Entretien avec Grand Corps Malade

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Grand Corps MaladeDe son handicap, il en a fait une force, de ses mots il en a fait des histoires qui marquent, de son statut de pionnier de son art, il va permettre Ă  d’autres tout aussi douĂ©s que lui de s’exprimer. Son tout: ne pas caricaturer qui ou quoi que ce soit. Rencontre avec Grand Corps Malade.

RamDam: Vous êtes nominé au prix Constantin, cela vous fait-il plaisir ?

Grand Corps Malade: Je suis ravi mais pour ĂŞtre tout Ă  fait franc, je ne vais pas vous mentir: je dĂ©barque dans le milieu et je ne connaissais pas ce prix. Par contre, j’ai compris de quoi il s’agissait, j’ai regardĂ© les nominĂ©s qui m’accompagnaient. Je suis très fier car ce n’est pas un prix anodin avec du beau monde.

RamDam: Est-ce qu’on naĂ®t tchatcheur pour devenir slameur ?

G. C. M.: Un petit peu. Le slam, c’est de l’oral, c’est face Ă  un auditoire. Ca doit aider. Mais je suis sĂ»r qu’il y a des grands timides qui peuvent se rĂ©vĂ©ler et s’Ă©panouir dans le slam.

RamDam: Vous partez comment pour Ă©crire, d’une idĂ©e principale et vous suivez un fil qui court facilement ou alors ce travail est fastidieux ?

G. C. M.: C’est une idĂ©e, je ne me mets jamais devant une feuille en me disant ‘mais de quoi je vais bien pouvoir parler aujourd’hui ?’. Quand j’ai envie de traiter un thème ou quand j’ai une phrase qui me trotte dans la tĂŞte et que j’ai envie de la dĂ©velopper sur un texte, lĂ , dès que j’ai un peu de temps, je me mets devant une feuille mais ce n’est pas une galère. J’essaye de trouver un axe et j’attaque !

RamDam: Quand on vous a dit « on va enregistrer un album de Grand Corps Malade », vous les avez pris pour des malades ?

G. C. M.: Personne ne m’a dit ça ! C’est un projet qui est venu petit Ă  petit. C’est un pote qui m’a proposĂ© de mettre mes textes en musique. Mes textes existaient dĂ©jĂ  a cappella. On s’est amusĂ© Ă  faire des textes sur mesure. C’est Petit Nico, un ami compositeur que j’ai croisĂ© sur les scène slam qui m’a offert ce beau cadeau. Ensuite, j’ai rencontrĂ© Jean Rachid qui est devenu mon producteur, c’Ă©tait un comĂ©dien humoriste, qui a aimĂ© l’Ă©coute de ces maquettes. Il m’a dit qu’il voulait me produire, en faisant un vrai album dans de très bonnes conditions. Enfin, ce sont les maisons de disques qui sont venues en studio alors qu’on avait pas tout Ă  fait fini, pour nous proposer de nous distribuer. Ce n’est pas quelqu’un qui est venu me dire « Fais un album « .

RamDam: Le slam est un art de groupe ?

G. C. M.: J’aime bien ça. Le slam, c’est le partage de la scène, c’est un art collectif. L’aventure est vraiment belle mais elle est d’autant plus belle qu’elle est collective. A chaque fois que je suis sur scène, j’essaye d’amener des potes, qu’il y ait des duos, que parfois d’autres slameurs interviennent dans la salle. Il y a des musiciens. Le gâteau est meilleur quand on est plusieurs Ă  le bouffer.

RamDam: Dans vos règles du slam, vous dĂ©clarez: « un texte dĂ©clamĂ© Ă©gale un verre offert » ?

G. C. M.: Ce n’est pas moi qui ai inventĂ© ce principe. Le slam, c’est des petites scènes ouvertes dans les bars. Souvent celui qui organise la soirĂ©e amène beaucoup de monde dans le bistrot et, en retour, un texte dĂ©clamĂ© Ă©gale un verre offert.

RamDam: Vous carburez Ă  quoi pour tenir tout un set ?

G. C. M.: De toute façon, dans les sets slam on ne fait qu’un seul texte, du coup on n’a qu’un verre gratos et cela nous permet de rester lucide.

RamDam: Mais quand c’est Grand Corps Malade qui donne un concert, il enchaĂ®ne les textes alors ?

G. C. M.: LĂ  vous ĂŞtes obligĂ© de sortir du principe (rires). Et d’une manière gĂ©nĂ©rale, je diffĂ©rencie ces deux choses. D’un cĂ´tĂ©, il y a le slam pur et dur, la scène ouverte, c’est de l’a cappella dans des petits lieux, et de l’autre, j’ai ce projet musical de disque, et maintenant de scène avec des musiciens sur scène. Pour moi, c’est un autre projet. Je les diffĂ©rencie bien l’un de l’autre.

RamDam: La musique qui accompagne vos chansons est très classique ?

G. C. M.: Le but, c’est qu’on ne voulait pas faire du hip-hop avec de gros instruments qui font bouger les tĂŞtes et donnent envie de danser, nous voulions mettre en musique en gardant le texte prĂ©dominant. C’est souvent une musique lĂ©gère, intimiste qui souligne l’ambiance du texte. Les compositeurs ont vraiment travaillĂ© dessus comme sur une musique de film.

RamDam: Quand je regarde vos dates, je vois par exemple que vous venez sur Lille au Théâtre SĂ©bastopol qui est un endroit d’abonnĂ©s si vous voyez ce que je veux dire. Comment ce public qui n’est absolument pas dans votre culture reçoit votre prestation ?

G. C. M.: C’Ă©tait exactement le cas hier, j’Ă©tais dans un centre culturel Ă  CrĂ©teil avec beaucoup d’abonnĂ©s. Ce qui en sort c’est que le public est très attentif, très calme. Il est très rĂ©ceptif, il cherche Ă  dĂ©couvrir. Pour l’instant, la sauce prend et les gens ont l’air content. Quand je suis en face d’un parterre de gens qui me connaissent, lĂ  il y a une grosse ambiance, c’est diffĂ©rent. Le slam d’une manière gĂ©nĂ©rale, c’est aller dans tous les endroits possibles.

RamDam: Vous slamez sur « Saint-Denis », c’Ă©tait pour ne pas rĂ©sumer cette ville au grand stade ?

G. C. M.: Pas du tout, c’est un texte que j’ai Ă©crit il y a au moins 3 ans. C’est une ville que j’aime, j’y vis toujours, j’y ai grandi. J’avais juste envie d’en parler Ă  ma manière, avec ce que je vois, ce que j’aime lĂ -bas. Ce n’Ă©tait pas une manière de contrer les images des mĂ©dias ou parler d’autre chose que du stade. Je ne pensais pas avoir une telle audience: il Ă©tait destinĂ© Ă  des petits bars. Je slame pour donner ma vision des choses, exprimer mes chroniques du quotidien ou offrir mes rĂŞves.

RamDam: A quel homme politique aimeriez-vous offrir votre disque pour qu’il comprenne enfin que la banlieue, ce n’est pas forcĂ©ment synonyme de racaille ?

G. C. M.: (Il rĂ©flĂ©chit) Y en a aucun qui me vient Ă  l’esprit. A vrai dire, je prĂ©fĂ©rerais qu’il l’achète.

RamDam: Avec votre succès, avez-vous peur d’une certaine manière de voir dĂ©barquer un nombre important de mauvaises productions en matière de slam ?

G. C. M.: D’un cĂ´tĂ©, je suis content d’ouvrir une porte car il y a d’autres slameurs très forts qui mĂ©riteraient d’ĂŞtre connus d’un plus large public et c’est tant mieux. Maintenant j’espère qu’il n’y aura pas trop de maisons de disques qui vont sortir tout et n’importe quoi sous prĂ©texte de faire du slam. Il y a quelques Ă©cueils Ă  Ă©viter mais, d’une manière gĂ©nĂ©rale, le slam continuera Ă  vivre et ceux qui veulent faire des projets musicaux seront peut ĂŞtre plus entendus.

RamDam: Vous avez créé une association « Flow d’Encre ». Est-ce que c’Ă©tait partir de mots pour guĂ©rir les maux ?

G. C. M.: Pas directement. J’aime bien travailler en groupe et notamment avec des plus jeunes, leur transmettre des choses et plus particulièrement l’envie d’Ă©crire. Je ne prĂ©tends pas leur apprendre Ă  slamer, il n’y a pas de technique mais juste leur montrer que l’Ă©criture est ouverte et accessible Ă  tous. J’ai créé cette association quand j’ai arrĂŞtĂ© de travailler pour vivre du slam, pour faire des ateliers d’Ă©criture. Je vais dans les hĂ´pitaux, des prisons, des MJC, un peu partout. Avant tout, le but c’est de dire que l’Ă©criture, ce n’est pas que des trucs chiants forcĂ©s d’une manière scolaire, mais au contraire quelque chose de ludique et gĂ©nĂ©rant du plaisir.

RamDam: Avez-vous l’intention aussi de chanter vos paroles dans un avenir proche ou lointain ?

G. C. M.: Pas pour l’instant. DĂ©jĂ  car je crois que je chante très mal mais surtout parce que je me trouve dĂ©jĂ  assez impudique dans mes textes, alors le fait de les chanter serait encore plus impudique.

Propos recueillis par Pierre Derensy.

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