Entretien avec Jean Guidoni

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Jean GuidoniJean Guidoni est un phraseur fĂ©erique qui pose ses mots sur des mĂ©lodies, un homme en exil cherchant le gracieux depuis 30 ans, ligaturant ses chansons par des assemblages de thèmes sensuels comme la danse ou l’amour.

Son nouvel album La Pointe Rouge est un vĂ©ritable disque, bâti pour et avec la musique de Nicolas Deutsch. Le point de jonction entre ce qu’il a Ă©tĂ© et ce qu’il sera. A tel point qu’on ne peut savoir si le musicien a pris la barre de son navire ou si le poète s’est mis Ă  chanter.

RamDam: « La Pointe Rouge » peut ĂŞtre considĂ©rĂ© comme l’un de vos plus beaux voyages ?

Jean Guidoni: Je pense que oui. En tout cas, pour faire ce voyage, cette Pointe est un beau dĂ©part. C’est un disque que j’ai voulu complètement. Un projet que j’ai eu entre mes mains. C’est un disque de vĂ©ritĂ©.

RamDam: Ce disque est la rĂ©sultante de « Trapèze », votre prĂ©cĂ©dent album ?

J. G.: Il est en tout cas dans la logique humaine. Ma rencontre avec Edith Fambuena m’a donnĂ© l’envie de poursuivre les collaborations. Ca m’a permis d’aller vers d’autres artistes. D’oser aller vers eux.

RamDam: Et notamment Nicolas Deutsch, Ă  qui vous confiez le son de votre disque ?

J. G.: C’Ă©tait normal car il m’avait adaptĂ© les chansons de « Trapèze » pour la scène et c’est bien aussi de travailler avec des gens qui ont quelque chose Ă  prouver. Qui ont du talent mais qui n’ont pas encore eu l’occasion de rĂ©aliser un disque. Quand je sens que les gens ont le talent et l’envie de faire ça, je suis ravi. LĂ , je tenais Ă  lui laisser les mains libres.

RamDam: C’est lui ou vous qui vouliez illuminer cet album ?

J. G.: C’est surtout Edith, qui est une femme très positive. Elle m’a ouvert les yeux. Depuis un certain nombre d’annĂ©es, ce n’est pas que je tournais en rond, ce n’est pas que je ne voulais pas aller vers la lumière, mais je n’osais pas. Et lĂ , elle m’a Ă©paulĂ©, elle m’a donnĂ© l’impulsion d’y croire. Et Nicolas qui a une trentaine d’annĂ©es est issu d’une autre culture que moi et m’amène vers une autre musique. C’Ă©tait un rendez vous important.

RamDam: Vous parlez merveilleusement de l’amour. Selon vous, l’amour est-il une danse qui se pratique Ă  tout âge ?

J. G.: Oui. Heureusement. Après il y a quelques pudeurs qui s’installent. On a un autre regard sur les gens. La sĂ©duction se passe ailleurs. Sur scène, la sĂ©duction est intemporelle et heureusement, mais dans la vie c’est diffĂ©rent, on change de statut: on Ă©tait le frère, après on est le cousin et puis on devient l’oncle (rires).

RamDam: Vous semblez aimer votre voix dorénavant ?

J. G.: Ecoutez, lĂ  je suis en pleine rĂ©pĂ©tition et je le ressens vraiment. Ce n’est pas de l’assurance mais un rĂ©el plaisir de chanter. Avant, j’Ă©tais plus axĂ© sur le mot, sur le dire. LĂ  j’ai le plaisir de chanter. C’est très jouissif.

RamDam: Pour Jean Guidoni, est-ce que tout vient Ă  point Ă  qui sait attendre ?

J. G.: Je crois. Il faut ĂŞtre très pugnace. Il faut prendre les choses comme elles viennent. Avec du recul, et se dire que ce qu’on fait, ce qu’on a fait n’est pas forcĂ©ment perdu en tout cas dans le laps de temps que l’on a Ă  vivre. Il faut attendre, chaque chose en son temps, et finalement cela dĂ©pend essentiellement de soi mĂŞme et du contact que l’on a avec la vie.

RamDam: Sur le disque, vous parlez beaucoup de votre métier, teniez-vous à faire le point ?

J. G.: C’est plutĂ´t une constatation ponctuelle. Je diffĂ©rencie le Jean Guidoni qui est dans la vie et celui qui est sur scène. Mais j’aime l’idĂ©e que celui qui est dans la vie pousse celui qui monte sur scène.

RamDam: Pourquoi avoir choisi « La Pointe Rouge » comme titre d’album ?

J. G.: C’Ă©tait symbolique. La Pointe Rouge est une plage de Marseille, j’habitais cette ville, et cette plage Ă©tait un endroit qui paraissait inapprochable et en mĂŞme temps, cet endroit symbolisait pour moi le voyage. J’ai dĂ» fuguer 2, 3 fois et Ă  chaque fois je me cognais contre cette Pointe Rouge devant la mer. C’Ă©tait Ă©galement une symbolique que j’avais oubliĂ©e et j’avais besoin de me la rappeler… encore une fois histoire de faire le point.

RamDam: Pour écrire les chansons du disque vous êtes devenu critique musical ?

J. G.: En commençant Ă  Ă©crire, je voulais sortir des schĂ©mas habituels et je me suis dit que j’allais Ă©crire une critique idĂ©ale. Je voulais voir ce que ça donnait si je me regardais moi mĂŞme avec les yeux d’un critique de disque. Ca a Ă©tĂ© le dĂ©part, c’est ce qui m’a donnĂ© l’envie, ce qui m’a motivĂ©. J’Ă©crivais 2, 3 critiques de chansons qui n’existaient pas et en mĂŞme temps j’inventais des phrases au fur et Ă  mesure. Après, je me suis mis Ă  travailler normalement.

RamDam: Vous semblez Ă©crire des nouvelles pour seulement ensuite les couper et les formater au format d’une chanson ?

J. G.: J’Ă©cris effectivement des choses assez longues. C’est lĂ  que le travail avec Nicolas est important, avec sa musique. Je lui ai confiĂ© des mots, des phrases, des chansons longues pour lui laisser travailler les mĂ©lodies. Ensuite je suis rĂ©-intervenu pour Ă©crire correctement des textes dessus. Pour ce disque je voulais donner beaucoup d’importance Ă  la musique.

RamDam: En aviez-vous marre d’ĂŞtre comparĂ© Ă  un poète plutĂ´t qu’Ă  un chanteur ?

J. G.: J’espère ĂŞtre un peu poète (rires). Mais c’est vrai que je suis souvent taxĂ© de trop de mots alors que je viens de la chanson. Bon, je reconnais que je viens d’une forme de chanson particulière mais maintenant elle est plus ouverte, plus lumineuse. MĂŞme dans mon Ă©criture.

RamDam: Dans la vie, ĂŞtes-vous ce mĂ©lange de calme et de tempĂŞte qui s’entrecroisent dans votre disque ?

J. G.: Tout Ă  fait ! Des fois, ça me fait peur car je suis un peu soupe au lait… mais j’ai beaucoup de patience.

RamDam: Vous invitez quatre oiseaux sur votre disque: Jeanne Cherhal, Dominique A, Katerine et Mathias Malzieu ?

J. G.: Ca a commencĂ© avec Dominique A qui m’avait invitĂ© Ă  chanter avec lui. Donc je me suis permis de lui demander une chanson, car j’aime beaucoup son travail. C’est lui qui a donnĂ© le coup d’envoi. Ensuite, je me suis contentĂ© de rĂ©pondre Ă  la question de savoir qui j’aimerais avoir sur mon disque et ils ont rĂ©pondu prĂ©sent. Il faut dire que ce fut des rencontres amicales en toute sincĂ©ritĂ©.

RamDam: Cette idĂ©e d’ĂŞtre le guide de la nouvelle chanson française, vous la trouvez justifiĂ©e ?

J. G.: JustifiĂ©e je ne sais pas, en tout cas je peux dire que ce furent eux qui ont Ă©tĂ© mes guides en l’occurrence pour ce disque. Je pense avoir ouvert quelques portes dans les annĂ©es 80. Une autre façon de chanter peut-ĂŞtre. Je ne peux pas avoir la prĂ©tention d’ĂŞtre un guide mais si j’ai ouvert des portes, j’en suis très content.

RamDam: Vous donnez onze concerts Ă  la Boule Noire ?

J. G.: C’est une salle assez particulière. Pas très grande et ouverte. C’est Ă  dire qu’on peut y faire un peu ce qu’on veut. Cela me donne l’occasion de faire enfin ce que j’aurais aimĂ© faire au dĂ©part. C’est de mĂ©langer la musique et le théâtre, mais sur un abord plus musical.

RamDam: J’ai l’impression que durant toute votre carrière, vous avez fui l’idĂ©e de faire un tube alors qu’il vous aurait Ă©tĂ© super facile d’en faire un ?

J. G.: On ne peut pas forcer les choses. Si j’avais Ă©tĂ© un chanteur Ă  tubes, je me serais creusĂ© la tĂŞte pour faire un tube. Mais si succès il doit y avoir, je prĂ©fère qu’il soit naturel. Que je ne sois pas l’effet d’une mode. Je suis trop vieux pour ĂŞtre Ă  la mode (rires).

Propos recueillis par Pierre Derensy

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