Entretien avec Jeanne Balibar

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Jeanne Balibar crève facilement l’Ă©cran noir de nos nuits blanches. La voilĂ  dorĂ©navant Ă  truster les platines de tous les noctambules insomniaques. Son deuxième et dernier album en date, Slalom Dame, est une danse soyeuse, un plaisir pour les oreilles. Cet obscur objet de dĂ©sir et de plaisir se distingue tour Ă  tour par ses humeurs Ă  la fois frivoles et tristes. Un pur bonheur.

RamDam: Le retour « Paramour » de Jeanne Balibar Ă  la musique Ă©tait-il une Ă©vidence ?

Jeanne Balibar: (Rires) en fait ce qui est marrant c’est que je n’ai pas l’impression d’avoir interrompu quoi que ce soit entre le premier et le deuxième disque. Nous avons tournĂ© longtemps avec Rodolphe, la dernière fois que je suis montĂ©e sur scène c’Ă©tait en juin, ensuite il y a eu les grandes vacances et dès le mois de septembre, je me suis attachĂ©e Ă  mon second disque, donc il n’y a pas vraiment eu d’interruption. Dès l’instant oĂą j’ai fait « Paramour », cela n’a plus jamais quittĂ© mon existence d’ĂŞtre dans la musique. Par contre, je ne pensais pas faire un deuxième disque aussi vite.

RamDam: Le titre « Slalom dame » veut bien dire que vous avez pris le dĂ©part de la course mais ĂŞtes-vous arrivĂ©e en bas sans oublier une porte ?

J. B.: (Rires) je me suis toujours cassĂ© la gueule dans les slaloms. Ce que je trouve marrant dans les slaloms c’est que justement, quand on est au dĂ©part, on ne voit pas l’arrivĂ©e. On voit des portes, on sait que ça continue Ă  tourner mais on ne voit pas ce qui va arriver une fois le coude passĂ©.

RamDam: Ca vous est arrivĂ© d’en louper entre le premier et le deuxième album, de ces fameuses portes, style ne pas monter assez sur scène ?

J. B.: Pas du tout, en fait au dĂ©but je ne pensais pas en faire du tout ! Tout ce qu’on a fait sur scène, c’Ă©tait des trucs inespĂ©rĂ©s. Je pense que les choses se font au moment oĂą elles doivent se faire. Ce qu’on a fait, c’Ă©tait bien, c’Ă©tait ce qu’il fallait faire.

RamDam: La grosse diffĂ©rence entre les deux albums, c’est qu’avec ce deuxième opus vous ĂŞtes beaucoup plus impliquĂ©e ?

J. B.: Sur « Paramour », j’Ă©tais lĂ  beaucoup plus comme une actrice sur un film, c’Ă©tait Rodolphe le rĂ©alisateur, le metteur en scène de tout. Il a choisi le mixeur. Cette fois-ci, c’Ă©tait diffĂ©rent car j’Ă©tais aux manettes.

RamDam: Plus de pression ?

J. B.: (Sourire) non.

RamDam: Par contre, on a du mal à croire que vous êtes capable de ne penser à rien comme sur la première chanson du disque ?

J. B.: En effet, j’aimerais bien ne penser Ă  rien un peu plus souvent !

RamDam: C’est pas possible ?

J. B.: Mon copain me demandait s’il m’arrivait de me promener dans la rue sans penser Ă  rien du tout. Il faut dire que j’aime travailler dans la rue en marchant. Ce qui fait que j’ai l’air d’une folle complète. Un jour, nous avions rendez-vous et comme je suis très myope, je ne le voyais pas et il m’attendait. Au bout d’un moment, je me suis aperçue qu’il Ă©tait lĂ  devant moi et il semblait Ă©tonnĂ© de me voir dans mes pensĂ©es. Limite horrifiĂ©.

RamDam: Pour ce deuxième album, avez-vous procĂ©dĂ© de la mĂŞme manière, en amenant des choses que vous aimiez en musique, comme vous l’aviez fait pour « Paramour », Ă  vos collaborateurs ?

J. B.: Pas du tout ! Parce qu’en fait, ils m’ont tous amenĂ© des chansons terminĂ©es.

RamDam: Vous avez du faire le tri ?

J. B.: (Elle rĂ©flĂ©chi) question piège lĂ  ! Depuis toujours, je reçois Ă©normĂ©ment de propositions de chansons, mĂŞme depuis bien avant le premier disque. Je les Ă©coute toutes mais pour ce disque, ce n’est pas de cette manière que cela s’est fait. Que ce soit Fred Poulet et Sarah Murcia, que ce soit Dominique A ou les Abstrackt, ce sont des gens que j’ai rencontrĂ©s et qui m’ont simplement dit qu’ils aimeraient travailler avec moi. C’est une dĂ©cision prise ensemble. Ils m’ont Ă©crit après des choses toute prĂŞtes.

RamDam: On s’imagine bien que ce ne sont pas des mercenaires payĂ©s pour coller Ă  votre univers ?

J. B.: Ce ne sont pas du tout des commandes. Ce sont des rencontres. J’aimais leurs univers. En fait, cela fonctionnait ainsi: Ă  la suite de mes concerts ou de leurs concerts, on se voyait pour boire un coup et tout finissait par cette conclusion « On s’aime ».

RamDam: Cette mĂ©lancolie tenace qui parsemait « Paramour » semble s’estomper sur « Slalom Dame » ?

J. B.: C’est un vrai sujet qui me concerne, cette mĂ©lancolie. Et oui, vous avez raison (rires) mais l’idĂ©e directrice de cet album, c’Ă©tait de faire un album lĂ©ger et joyeux. La mĂ©lancolie tenace a donc quand mĂŞme jouĂ© des coudes parce qu’on ne peut pas dire qu’elle soit totalement absente de « Slalom Dame ». Ce n’est pas Rose Murphy tout du long.

RamDam: On sent surtout que vous devez vous prouver des choses ?

J. B.: Ah oui ? Ben tant mieux ! (Rires) je pense qu’on est un grand artiste quand on ne doit plus jamais se prouver des choses Ă  soi-mĂŞme.

RamDam: Le public, les médias, etc. savent dorénavant que vous êtes une chanteuse à part entière ?

J. B.: (Elle rĂ©flĂ©chi) je crois que le vrai problème, c’est vraiment de se prouver des choses Ă  soi-mĂŞme.

RamDam: Surtout pour une fille qui réfléchit toujours ?

J. B.: Oui ! (Rires) mais cela m’arrive tout de mĂŞme de ne penser Ă  rien.

RamDam: A partir de la piste 9, on a l’impression que vous avez voulu jouer de manière ludique avec la fin de votre album ?

J. B.: Alors, attendez je vais chercher la track-list (elle se lève pour prendre son disque et me montrer le visuel). Vous la trouvez jolie ma pochette ? Il est beau ce visuel hein ! Alors Ă  partir de « Sex & Vegetables », vous trouvez que je suis diffĂ©rente ?

RamDam: Oui, que vous désirez vous amuser ?

J. B.: Mais j’ai toujours envie de m’amuser ! Personne ne le sait mais je vous assure que j’aime m’amuser ! (Rires).

RamDam: Et pourtant pas de duo cette fois sur le disque ?

J. B.: Uniquement le fait du hasard pour le coup.

RamDam: La musique de votre premier album était plus anglophile ?

J. B.: C’est vrai ! Vous savez, l’anglais reprĂ©sente plus le passĂ© pour moi. Car je me mettais sous la protection de la musique et de la littĂ©rature anglaises, comme des puissances protectrices tutĂ©laires. Alors qu’avec celui-ci, c’est plus ici et maintenant. J’aime beaucoup la puissance de masque et de dĂ©guisement que l’on peut trouver dans les langues Ă©trangères. J’adorerais par exemple chanter en allemand. Le masque permet de dĂ©voiler des choses pudiques que l’on est incapable d’offrir dans sa langue maternelle. C’est un jeu qui est intĂ©ressant. La pudeur ne se place pas au mĂŞme endroit.

RamDam: La sensation de jouer la comédie ou de chanter est elle similaire ?

J. B.: Pour moi, oui ! Ce qui est diffĂ©rent mais j’espère que cela le sera de moins en moins, c’est le rapport au public sur scène entre le théâtre et le concert. Parce que le concert, c’est une forme oĂą vous devez, comme chanteur, ĂŞtre dans un rapport très direct et hĂ©roĂŻque avec le public. On tient le truc Ă  bout de bras. Il y a un cĂ´tĂ© show-man dans le concert qui fait partie de la jouissance de l’ensemble. Sans ĂŞtre pour autant Dalida ou Mick Jagger mais au théâtre c’est plus subtil. Une des raisons de me lancer dans la chanson, c’est justement parce que je me dĂ©barrasse d’un phrasĂ© trop chantĂ© sur les planches quand je suis dans un rĂ´le. J’en raffole hein, lĂ  n’est pas la question, car c’est constitutif de moi-mĂŞme. Je peux ainsi me lancer dans un théâtre plus moderne. BasĂ© sur l’esthĂ©tique. Qu’est-ce que c’est que le rĂ´le principal ? Comment cela se joue ? Cela m’intĂ©resse de biaiser avec ça. En toute perversitĂ© (rires). Je peux dialoguer avec mes idĂ©es.

RamDam: Apportez-vous plus d’amour Ă  vos disques qu’Ă  vos films oĂą vous ĂŞtes juste au service d’un rĂ©alisateur ou d’un metteur en scène ?

J. B.: Pareil ! Vous savez une interprĂ©tation, vous la chĂ©rissez comme un enfant de la mĂŞme manière. Par exemple, je joue dans le dernier Rivette et mon interprĂ©tation du personnage, j’y tiens comme Ă  la prunelle de mes yeux. MĂŞme pour un rĂ´le jouĂ© plein de fois par des actrices diffĂ©rentes. Ce Ă  quoi je tiens et que je chĂ©ris plus que tout, ce sont les petits dĂ©tails. Et ces petits dĂ©tails, c’est similaire au caractère de son enfant.

RamDam: Sur le disque, vous pouvez me donner justement les détails qui font la différence ?

J. B.: Non ! Je ne peux pas ! Je ne m’Ă©coute pas moi-mĂŞme, je ne regarde pas les films que j’ai faits. Bon, je l’ai Ă©coutĂ© pour voir si tout allait bien (rires) mais par exemple l’annĂ©e dernière, Ă  un moment, presque Ă  la fin des concerts, je suis allĂ© faire un set Ă  Namur et j’ai fait beaucoup de promo en Belgique Ă  nouveau Ă  l’occasion de ce concert en Ă©coutant mes chansons que je n’avais pas entendues depuis deux ans. J’ai Ă©tĂ© agrĂ©ablement surprise par certaines choses. C’Ă©tait limite merveilleux… Mais c’est comme d’aimer quelqu’un ou d’avoir Ă©tĂ© aimĂ© par quelqu’un. Ca vous façonne, ça vous constitue mais c’est construit dans un laps de temps.

RamDam: L’image que vous vĂ©hiculez sur les photos de presse, notamment pour le premier disque est totalement diffĂ©rente de vos photos en qualitĂ© d’actrice. Y a-t-il une dichotomie visuelle quand vous ĂŞtes dans l’une ou l’autre partie de votre mĂ©tier artistique ?

J. B.: (Elle rĂ©flĂ©chit) alors, comme actrice, ce n’est pas moi qui fabrique les images, donc je rentre dans un code artistique ou commercial qui s’appuie sur des aspects de moi qui ne sont pas très trash. Après, je crois que ce qui est beau, ce sont les contradictions d’une personne.

RamDam: Sur les photos de vos albums, je vous trouve beaucoup plus rock ‘n’ roll ?

J. B.: C’est clair qu’il y a une part plus naturelle et sauvage de moi qui trouve Ă  s’exprimer dans la musique. Ma sophistication intĂ©resse les rĂ©alisateurs et les metteurs en scène de théâtre.

RamDam: Cela vous ennuie d’ailleurs cette image ?

J. B.: Non, je suis contente de pouvoir tout faire. Par contre, si je ne pouvais pas exprimer un côté plus profond, cela me manquerait. Je pense que ces deux parties de moi vont se rejoindre petit à petit.

RamDam: A mon sens, le corps est intimement liĂ© Ă  la voix. Vos annĂ©es de danse vous ont-elles permis d’apprĂ©hender le chant diffĂ©remment ?

J. B.: Le corps, c’est ce qui m’intĂ©resse le plus dans la vie. La possibilitĂ© d’avoir l’impression d’habiter mon corps, que ce soit lui qui parle, qui rĂ©agit, qui pense. C’est aussi pour ça que, petite fille, j’ai Ă©tĂ© attirĂ©e par la danse. Par contre, la danse classique fut pour moi un fourvoiement total ! J’ai dĂ» très vite comprendre que c’Ă©tait ça qui m’intĂ©ressait dans l’existence. Hors, la danse classique ce n’Ă©tait pas le bon moyen d’explorer ce sujet. En mĂŞme temps, ce fut parfait pour me donner une sorte de repoussoir. Chanter et jouer, c’est une expĂ©rience identique au yoga. Physique, interne, qui peut ĂŞtre indĂ©finiment travaillĂ©e. La scène, c’est une manière d’y retourner tout le temps. Etre retraversĂ© dans son corps par ce truc-lĂ .

RamDam: Votre disque ne fait qu’accentuer le mystère qui semble vous entourer ?

J. B.: Je ne pense jamais Ă  ce fameux mystère qui semble ĂŞtre une caractĂ©ristique très journalistique. Vous savez, j’aime bien les profondeurs.

RamDam: Je vais vous poser une question incongrue mais n’avez-vous pas l’impression de faire peur aux hommes ?

J. B.: Les hommes ont si peur de moi que ça ?

RamDam: Je crois oui.

J. B.: Ben, heureusement alors ! (rires).

RamDam: Vous devez connaĂ®tre cette expression de Jouvet: « Tant vaut l’homme, tant vaut l’acteur ». J’aimerais vous demander ce que vaut la chanteuse Jeanne Balibar ?

J. B.: Je ne sais pas si on le sait ! Ni vous, ni moi. Ce que j’aime de plus en plus dans la musique, ce qui me touche le plus, c’est de savoir qui j’entends. Qui est l’homme, l’ĂŞtre humain que j’entends et est-ce que je le comprends. Quelqu’un que je classe au-dessus du lot, c’est Chet Baker. Quand je l’entends chanter, j’entends le plus grand crooner du monde, un amoureux. Après je ne sais rien de sa vie personnelle mais j’entends une manière d’aimer dĂ©mente. J’entends de l’or. Je ne suis pas sĂ»r qu’on entende quand je chante complètement qui je suis ou ce que ça vaut. Parce qu’il me reste des peurs, des difficultĂ©s… par manque d’expĂ©rience mais peut ĂŞtre qu’un jour, il n’y aura plus d’obstacles pour entendre le fond de mon coeur. On entend quelque chose hein, sinon personne ne mettrait de l’argent pour que je fasse un disque. S’il n’y avait pas des gens dans une maison de disque, des musiciens, et le public qui trouve du plaisir Ă  m’entendre, il n’y aurait jamais eu Jeanne Balibar chanteuse.

RamDam: Vous avez jouĂ© dans le film J’aurais voulu ĂŞtre danseur. Qu’est-ce que vous auriez aimĂ© ĂŞtre ?

J. B.: GĂ©ographe ! Parce que je raffole de la poĂ©sie des paysages et des cartes. Cette rencontre de l’homme, de l’activitĂ© sociale et politique et des Ă©lĂ©ments.

RamDam: Question Ă©conomique: est-ce qu’il y a quelqu’un dans votre entourage qui compte pour vous ou ĂŞtes-vous autonome dans votre porte-monnaie ?

J. B.: HoulĂ … Je suis autonome, personne ne compte pour moi mais je fais connerie sur connerie, je me rĂ©veille presque toutes les nuits Ă  4 heures du matin pour m’angoisser sur ces questions, en voyant la vie très noire (rires). Ensuite je me rendors et Ă  8h ça va mieux. Mais parmi ces choses lugubres, il y a beaucoup de questionnements de ma part sur l’argent. Quelle que soit ma situation financière qui peut ĂŞtre variable d’un mois sur l’autre. MĂŞme au milieu d’un tournage qui est la situation oĂą l’on a du fric par excellence.

RamDam: Est-ce plus lucratif de chanter ou de jouer la comédie ?

J. B.: Un film ! (CatĂ©gorique). Enfin, ça dĂ©pend quel film, un film normalement produit rapporte beaucoup plus d’argent qu’un disque !

RamDam: Quand je vois votre filmographie, je suis totalement sous le charme, sauf pour un oĂą je me dis que vous l’avez fait uniquement par profit…

J. B.: Lequel ?

RamDam: Les Rois Maudits ?

J. B.: Alors lĂ , vous avez tort ! Non, non, non ! C’Ă©tait une bonne opĂ©ration financière mais pas du tout mon premier motif dans ce choix. Vous avez tort monsieur ! D’abord car JosĂ© Dayan est quelqu’un de très passionnant, j’ai une grande passion pour son travail. Et surtout, dites moi Ă  la tĂ©lĂ©, Ă  20 heures 30, vous avez eu l’occasion de voir Jacques Spiesser, Eric Ruf, votre serviteuse ? Elle fait exister dans le petit Ă©cran, pour tout le monde, un type d’acteurs qu’elle est la seule Ă  faire exister Ă  la tĂ©lĂ©vision. C’est extraordinaire ! C’est super important. Je me suis vraiment amusĂ©e Ă  jouer l’empoisonneuse, Ă  ĂŞtre avec Jeanne Moreau. Mon rĂ´le limite shakespearien, j’Ă©tais contente de savoir que beaucoup de monde l’a vu ! Après, vous trouvez peut-ĂŞtre que je n’Ă©tais pas bonne ?

RamDam: Impossible de penser ça de ma part !

J. B.: Ca peut arriver que je ne sois pas bonne hein (rires) mais après, le truc kitsch, je pense qu’on peut y aller si on sait pourquoi on l’utilise. C’est un point de vue qui se dĂ©fend surtout face Ă  la connerie ambiante. JosĂ© ne m’a jamais critiquĂ©e sur mon jeu.

RamDam: Sur quoi seriez-vous prĂŞte Ă  mettre une somme exorbitante ?

J. B.: Le temps libre !

RamDam: Mais le temps ne s’achète pas !

J. B.: Si ! On me donnerait 150 000 euros et on me demanderait ce que j’en ferais, eh bien, je partirais en vacances pour ne rien faire.

RamDam: La question reine Elisabeth II: connaissez-vous le prix d’une baguette de pain ?

J. B.: 80 centimes ?

Propos recueillis par Pierre Derensy

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