Entretien avec Louis Chedid
Il Ă©tait une fois un petit garçon perdu dans un grand magasin, au milieu d’un univers consumĂ©riste et pas forcĂ©ment fĂ©erique. VoilĂ la trame de dĂ©part du Soldat rose, très bon conte musical de l’ami Louis Chedid et de sa bande d’indiens de la chanson française. Cet album n’est pas destinĂ© qu’aux enfants: les moyens, les grands peuvent y trouver du plaisir. Peut-ĂŞtre mĂŞme plus que leurs bambins. A dĂ©poser aux pieds de tous les sapins.
RamDam: Comme le veut la formule: Il était une fois Louis qui rêvait au Soldat Rose ?
Louis Chedid: Pas au soldat rose en particulier mais qui rĂŞvait de faire quelque chose d’un peu plus conceptuel qu’un album chantĂ© par plein d’interprètes diffĂ©rents. C’est quelque chose que j’ai dans la tĂŞte depuis très longtemps. Mais bon, parfois on a des fantasmes qu’on n’assouvi pas tout de suite et c’est la rencontre avec Pierre Dominique Burgaud qui a fait le dĂ©clic.
RamDam: C’est un vrai travail Ă quatre mains ce conte ?
L. C.: Oui vraiment, ce fut un ping-pong permanent. C’est Ă dire qu’on s’est rencontrĂ© pour la première fois il y a 2 ans. C’Ă©tait un auteur qui travaillait chez BMG, j’aimais beaucoup ses textes, nous avons dĂ©jeunĂ© ensemble et je lui ai demandĂ© de faire un conte musical pour enfant. La petite anecdote, c’est que le jour oĂą nous avons mangĂ©, il venait de rĂ©cupĂ©rer un texte pour un livre d’enfant. C’Ă©tait dĂ©jĂ un bon signe (rires). On a dĂ©marrĂ© comme ça: avec des idĂ©es dans tous les sens, en sachant que nous ne voulions pas faire un conte musical avec des animaux, qui est quelque chose de fait et refait. Nous voulions nous dĂ©marquer. Nous voulions situer ça dans un angle assez rĂ©el. L’idĂ©e du grand magasin, c’est le mĂ©lange du concret et les jouets qui s’animent, c’est l’imaginaire pur.
RamDam: « Le Soldat rose », c’est le vilain petit canard de Monsieur Chedid ?
L. C.: Exactement, c’est celui qui est rejetĂ©, un anti-hĂ©ros qui devient un hĂ©ros. C’est assez attendrissant et finalement la vie est pareille. Quand on raconte la vie de gens dit « ordinaires », on s’aperçoit qu’ils ont tous une histoire bien particulière.
RamDam: Le troisième Ă venir symboliser votre rĂŞve, c’est le dessinateur Cyril Houplain ?
L. C.: La première Ă©tape, ce fut d’Ă©crire les chansons et moi je les ai maquettĂ©es chez moi dans mon studio, de façon Ă les envoyer aux artistes. Cyril est intervenu aussitĂ´t sur les maquettes en crĂ©ant des personnages par rapport Ă nos idĂ©es. Il m’a montrĂ© au fil des mois les dessins. J’ai senti assez vite que cela correspondait bien Ă l’idĂ©e que j’en avais. Il est rentrĂ© dans l’univers assez facilement.
RamDam: Comment avez-vous sĂ©lectionnĂ© les artistes qui vous accompagnent dans le conte, vous avez pris ceux qui ont gardĂ© leur âme d’enfant ?
L. C.: (Rires) Vous savez, pour faire un mĂ©tier comme ça, vaut mieux avoir laissĂ© un pied dans l’enfance. J’ai surtout choisi les artistes par rapport aux chansons. Quand elles furent terminĂ©es, on se posait la question de savoir qui pourrait l’interprĂ©ter le mieux possible. C’est un travail de metteur en scène qui, sur son scĂ©nario, imagine le casting qu’il va faire. Ce que je peux dire, c’est qu’ils ont tous dit oui sans problème.
RamDam: Avez-vous du convaincre certains ou sont ils tous partis tĂŞte en avant pour vous accompagner ?
L. C.: Franchement, je ne me suis pas battu. Ca a Ă©tĂ© extrĂŞmement facile. C’est pas seulement un truc d’amitiĂ©. En Ă©coutant les chansons, en leur expliquant le projet, ils ont adhĂ©rĂ© immĂ©diatement.
RamDam: Je prĂ©sume que des jouets ou des personnages n’ont pas rĂ©pondu Ă votre dĂ©lire fĂ©erique, savez-vous pourquoi ?
L. C.: Ecoutez, en fait, on a du crĂ©er deux jouets qui n’ont pas abouti. D’abord car on en avait suffisamment, l’histoire Ă©tait assez ronde. Mais surtout quand on fait n’importe quel album pour soi, on se retrouve bien souvent avec une douzaine de titres alors qu’on en a Ă©crit une vingtaine.
RamDam: Je pense que tous ou presque, car je ne travaille pas dans le people, vous avez des enfants ou des petits-enfants selon l’âge des protagonistes, est-ce que c’est aussi pour vos bambins personnels que vous avez dĂ©cidĂ© de faire ce projet ?
L. C.: On a tous, Ă©tant enfant, Ă©tĂ© bercĂ© par le Petit Prince, par Casse-Noisette ou Pierre et le loup, des chansons qui nous restent dans l’inconscient. C’est vrai que pouvoir transmettre ça et se dire qu’on est sur un disque pour enfants, mais pas seulement car il est destinĂ© aussi aux grands, c’est fantastique. Personnellement, j’ai participĂ© à Émilie Jolie et presque trente ans après, beaucoup de personnes m’en parlent encore.
RamDam: Le conte de Philipe Chatel vous a-t-il inspiré ?
L. C.: Je trouvais le concept formidable, l’idĂ©e de rassembler des artistes diffĂ©rents comme Brassens, Salvador, Souchon, Voulzy et d’autres: c’Ă©tait un mĂ©lange de style qui se retrouvait sur une oeuvre parfaite. MĂŞme quand on l’Ă©coute encore aujourd’hui, ça tient vraiment le coup. On fait les choses de manière artisanale et sincère et ensuite c’est le public qui dĂ©cide.
RamDam: Donc un groupe de musiciens ou de saltimbanques et une voix off de grand charisme: Catherine Jacob ?
L. C.: La question de la narration, c’Ă©tait une grande question. C’est quand mĂŞme la personne qui fait le lien entre chaque personnage, qui explique, qui doit ĂŞtre Ă la fois drĂ´le, triste, Ă©mouvante, je pensais vraiment Ă une actrice et puis les hasards de la vie m’ont fait voir un film qui s’appelle « La première fois que j’ai eu 20 ans » et Catherine jouait la mère dedans. Je ne la connaissais pas du tout, je l’ai appelĂ©e, je lui ai proposĂ© et elle Ă©tait emballĂ©e. Toute excitĂ©e qu’on lui propose quelque chose qui sorte de l’ordinaire de ce qu’on lui propose en gĂ©nĂ©ral.
RamDam: Ce qui est très drĂ´le, c’est que pour chacun des chanteurs, il y a une grande part de one-man-show lors de leurs concerts personnels ?
L. C.: C’est vrai. Ils ont tous un univers bien Ă eux. Ce sont tous des interprètes hors pair. C’est comme un acteur qui s’approprie un rĂ´le. On me dit beaucoup que, par exemple, pour la chanson de Cabrel, je l’ai Ă©crite pour lui. Mais non, ce n’est pas comme ça que cela s’est passĂ©. Nous, on a Ă©crit les chansons et ensuite on a dispatchĂ© en fonction de leurs qualitĂ©s.
RamDam: Vous allez sortir ce conte en livre, en livre disque et vous produire pour deux concerts au Grand Rex. Comment va se passer la « mise en chair » de votre conte ?
L. C.: C’est un concert qui va ĂŞtre filmĂ© aussi. Il y aura un dĂ©cor, tous les personnages seront lĂ en costume. Et c’est le conte en live.
RamDam: Y aura-t-il ensuite une sorte de comĂ©die musicale qui pourrait prendre la route avec vous ou d’autres ?
L. C.: On a des propositions Ă ce sujet mais lĂ on est tellement la tĂŞte dans le guidon avec la sortie du disque et le concert au Grand Rex qu’on se penchera sur ce projet ensuite.
RamDam: Pensez-vous que les enfants ont perdu la magie de Noël ou est-ce uniquement les parents qui ne savent plus leur faire y croire ?
L. C.: Je ne crois pas. Personnellement ma petite fille ne l’a pas perdue (rires).
RamDam: Savez-vous pourquoi ce genre de projet est très rare en France ?
L. C.: Il y a beaucoup de choses pour les enfants qui sont rĂ©alisĂ©es mais pas dans cet esprit-lĂ , c.-Ă -d. de faire chanter des interprètes prestigieux. Je ne sais pas, peut-ĂŞtre parce que les gens n’y croient pas ou n’ont pas envie de le faire. C’est une longue route, c’est astreignant de s’y coller. Nous travaillons dessus depuis deux ans. Je pense qu’il faut vraiment avoir le dĂ©sir d’aller au bout. Mais vous avez l’impression de faire un truc utile. De rassembler les enfants et les parents ensemble.
RamDam: « La panthère noire en peluche » est-elle contente ?
L. C.: Ouais ! Elle est fatiguée mais elle est très contente (rires).
Propos recueillis par Pierre Derensy
