Entretien avec Mademoiselle K
Mademoiselle K revient en force avec son nouvel album Jamais la paix qui dans son titre porte déjà beaucoup d’espoirs, de fureurs et d’indocilités comme seul le rock est capable d’engendrer. Cette gazelle longiligne a encore des choses à démontrer suite au réel engouement qui est apparu à la sorti de Ca me vexe.
RamDam: Qu’est-ce que t’a apporté le décollage en flèche qui t’est arrivé avec Ca me vexe ?
Mademoiselle K: Une grande joie tout d’abord, ensuite de bonnes bases pour le deuxième album. C’est important car j’essaye de pousser les portes de manière plus brutale sur ce second opus et grâce à quelques concerts de prétournée, je me rends compte que le public répond favorablement. J’imagine que le fait de me connaître déjà est un bon tremplin, c’est pour cela d’ailleurs qu’ils adorent déjà Click Clock ou Grave. D’ailleurs, quand on enchaîne ces deux chansons, les gens sentent que l’on part vers un truc plus lointain.
RamDam: Si tu devais me décrire cette chanson inédite, tu en dirais quoi ?
Mlle K: Déjà que ce n’est pas un single (rires). Mais c’est une chanson typique qui se marque sur la gueule des gens. Elle est évidente, directe. Malheureusement elle n’est pas éditable dans les cadres de la radio. J’aime aussi Maman XY car elle a un côté anti-chanson, elle n’est pas vraiment chantée.
RamDam: Justement le terme anti-chanson par rapport au premier disque est une très bonne définition ?
Mlle K: Dans la façon de parler plus que de chanter: oui ! J’utilise beaucoup ce parlé chanté. On peut toujours faire d’une chanson un titre de variété: il te suffit pour ça de remettre un refrain porteur trois ou quatre fois. Personnellement, je préfère de loin ne pas surcharger un titre et que l’auditeur puisse remettre la chanson plutôt que de le bassiner avec la même phrase en forme de gimmick. Je me soucie de l’équilibre d’une chanson. Ce qui m’insupporte, c’est d’entendre une chanson où tout est dit en 2 minutes 30 et que tu as pendant 2 minutes le refrain en boucle.
RamDam: Tu aimes bien ce qui est bref ?
Mlle K: J’aime bien ce qui est direct et surtout je déteste ce qui est de trop. Ce qui déborde et dépasse est certainement l’une des plus grosses fautes de goût que l’on puisse faire en musique… et ailleurs aussi. C’est hyper important de savoir s’arrêter au bon moment.
RamDam: C’était une demande de ta part de partir en prétournée ?
Mlle K: Nous avions déjà fait ça pour le premier album. Il n’y a pas de règle. J’aime faire de la musique pour le rapport que cela procure à l’autre. Déjà, lorsque nous enregistrions, j’ai donné deux concerts sur Paris, à la dernière minute dans des petits clubs. Quand on est arrivé en studio, nous avions quatre chansons que nous avions faites en concert, ensuite j’avais quelques phrases, des mélodies mais je suis restée pendant longtemps à tourner ces éléments dans tous les sens. Ces 8 autres titres ont été faits entre octobre 2007 et janvier 2008. Je voulais utiliser la complicité de mes musiciens et ne pas souffler, ce qui fait que nous sommes tous compositeurs.
RamDam: Mademoiselle K est devenu un groupe ?
Mlle K: Sauf sur Alors je Dessine, c’est moi qui l’ai faite. Je l’ai faite seul. J’avais besoin à ce moment-là de me retrouver sans le groupe. J’ai tellement voulu cet esprit de groupe que je n’ai pas eu le temps de me reconquérir « moi » toute seule. À un moment en tant que compositeur, je me suis senti perdue. C’est bizarre car Jamais la paix, je l’ai voulu et je l’ai subi; le groupe, je l’ai voulu et je l’ai subi et à un moment c’était trop. Quand je dis « je l’ai subi », c’est pour te dire que lorsque je veux quelque chose, je le veux entièrement et jamais à moitié.
RamDam: C’était dur de leur avouer ce besoin de solitude pour créer ?
Mlle K: Ce sont eux qui me l’ont suggéré. Je trouvais ça déplacé qu’après avoir tant souhaité un groupe, je leur demande de reprendre la place que j’avais toute seule. J’étais totalement coincée. Dans les instrumentaux et en qualité de guitariste j’étais là mais comme chanteuse et auteur j’étais perdue. J’étais paumée entre le premier jet qui arrive en 10 minutes et la chanson avec les quatre couplets. J’étais en décalage entre l’auteur qui calait et ce qui se passait musicalement et qui était très fertile.
RamDam: Tu te reconnais dans l’idée d’être un moteur pour les autres ?
Mlle K: Dans le bon sens comme dans le mauvais. Si je suis mal lunée, ils le seront et si je suis à fond, ils auront la pêche. Je sais que si je ne suis pas là pour faire une chanson, ils ne la feront pas à ma place, ce qui est normal. Mais attention ils m’ont beaucoup soutenu. En créant une structure à la chanson, ils m’ont permis de trouver les solutions pour avancer. J’avais l’habitude que le texte mène le titre, il m’a fallu apprendre à mettre des paroles sur de la musique. Dans la longue tradition du jazz et de l’improvisation qui devient un morceau quasi parfait.
RamDam: Sur cet album, il y a beaucoup de souffrances ?
Mlle K: Oui mais ce fut une souffrance transcendée. Elle m’a permis d’aller au-delà de mes limites. Il faut dire que j’ai découvert tout ce qui est promo, enchaînement des concerts, et j’ai compris que même si tu es un artiste, tu dois travailler comme tout le monde. Je suis devenue adulte sur beaucoup de points. Bien sûr il y a toujours le rapport avec l’autre, les trucs de couple mais il y a du neuf avec le « nous ». Et ce « nous », c’est le nous du groupe. Il n’y a pas que mon nom. J’écris pour nous quatre.
RamDam: Tu penses déjà à l’avenir ?
Mlle K: Bizarrement, le disque n’est pas encore sorti mais j’ai déjà des aspirations pour le prochain. Dans la texture sonore. Sur le premier, il y avait les codes du rock. Sur celui-ci, j’ai digéré tout ça et je reviens à mon bagage classique avec l’énergie du rock. Mes musiciens m’ont appris cette culture Led Zep’ et moi un morceau de Mozart. Je suis très contente qu’il n’y ait pas de conflit entre ces 2 formations. On est toujours d’accord sur la manière de faire de la musique. J’ai déteint sur eux comme eux sur moi.
RamDam: J’ai l’impression que sur le premier disque, on pouvait s’identifier plus facilement ?
Mlle K: C’est ce que j’appelle le truc moins direct. J’adore mélanger les chansons instinctives et droites et celles qui mettent du temps à s’apprivoiser. Même si sur scène je m’aperçois que le public me suit. Il y a des chansons moins évidentes mais ces titres-là, je les porte plus. Je fais attention à ce que je dis, j’articule plus afin que les gens comprennent tout. Je peux imaginer que ce disque va perturber le public mais uniquement celui qui me connaît à travers Ca me vexe et Jalouse. Ceux qui m’ont vue en concert vont comprendre le prolongement.
Propos recueillis par Pierre Derensy.
