Entretien avec Miossec
Le patron est de retour avec L’Ă©treinte absolue. Alors on aiguise de bonnes questions pour avoir de longues rĂ©ponses mais sachez qu’on ne fait pas une interview avec Christophe Miossec. On fait tout au plus et avec les moyens du bord, durer une conversation. Ne croyez jamais savoir le cerner car pour l’avoir rencontrĂ© plusieurs fois, ce pirate est plus glissant qu’une anguille. Le pire serait sĂ»rement de le fĂ©liciter, car lĂ d’une pirouette, d’un bond sur le cĂ´tĂ©, il irait très vite se blottir dans l’auto-dĂ©nigrement. C’est un vrai filou, un marin revenu au port qui ne s’Ă©ternise pas dans les mots stupides. N’allez pas croire qu’il soit prĂ©tentieux ou mĂŞme dĂ©pourvu d’intĂ©rĂŞts pour la chose, non mais sĂ»rement que pour lui Ă quoi bon se vendre quand on connaĂ®t la valeur du produit ?
RamDam: Alors comme ça, il faut retaper les engrenages et se faire opérer du genou ?
Miossec: HĂ© oui m’sieur, c’est une rĂ©paration mĂ©canique… On se fait vieux, vous savez ! Mais tant que ce n’est qu’une question de mĂ©canique, je suis plutĂ´t content (rires).
RamDam: La première fois que je vous avais eu au tĂ©lĂ©phone, j’avais fait un parallèle entre vous et Paul LĂ©autaud, ici je serais enclin Ă vous comparer Ă Bret Easton Ellis et son ‘Lunar Park’ ?
Miossec: Merde, j’ai arrĂŞtĂ© de le lire depuis longtemps ! C’est marrant d’ailleurs que je me sois dĂ©crochĂ© de ce mec. J’espère qu’il a bien vieilli lui aussi ?
RamDam: En fait, il fait un vĂ©ritable mea culpa de ses prĂ©cĂ©dents bouquins sur son dernier et je pensais que sur « L’Ă©treinte », c’Ă©tait aussi votre cas ?
Miossec: Je ne suis pas suffisamment intelligent pour ça (rires). Mais non, sincèrement, je pense que si j’aime bien ce boulot-lĂ , c’est que la première Ă©vidence en tout cas pour moi, ce n’est pas de reprendre les vieilles recettes. Qu’elles aient marchĂ© ou pas d’ailleurs.
RamDam: Avec « 1964″, le musicien avait pris le pas sur l’Ă©crivain et c’Ă©tait nouveau. Sur « L’Ă©treinte » c’est une sorte d’Ă©galitĂ© parfaite entre l’un et l’autre ?
Miossec: Il Ă©tait temps qu’avec « 1964″ le musicien prenne le pas sur l’Ă©crivain (rires), mais pour le dernier, j’ai tellement le nez dedans que je pourrais pas dire. Ou alors je vais vous dire plein de conneries et quand je vais me relire d’ici quelques annĂ©es, je vais me prendre pour un fou ! (rires).
RamDam: En fait, il ne faut pas faire d’interview ?
Miossec: Si, si ! C’est thĂ©rapeutique.
RamDam: C’est pour ça que vous habitez Ă cĂ´tĂ© d’un hĂ´pital psychiatrique ?
Miossec: Oui, ça a sur moi une très bonne influence !
RamDam: La « mini tournĂ©e bretonne » de 2005 a beaucoup participĂ© au retour aux sources de Miossec sur « L’Ă©treinte » ?
Miossec: Pas tant que ça… On s’est bien marrĂ© en tout cas. Le fait de jouer dans des salles de copains, jouer Ă Ouessant aussi. C’Ă©tait une grande excuse en fait, ce qui Ă©tait chiant c’est que les gens venaient aux concerts en ayant l’impression que cela allait ĂŞtre un concert normal, classique alors que nous Ă©tions juste guitare-piano. C’Ă©tait plus une rĂ©crĂ©ation…
RamDam: Ils ont quand mĂŞme dĂ» le comprendre, les gens ?
Miossec: Des fois non, apparemment il est indispensable de surligner les choses (rires).
RamDam: Vous avez aussi surligné la première partie des Libertines non ?
Miossec: C’Ă©tait Ă pĂ©ter de rire car nous n’Ă©tions pas annoncĂ©s. On a Ă©tĂ© programmĂ© au dernier moment, ce concert fĂŞtait les 10 ans de la boite de disques PIAS, il Ă©tait complet deux mois Ă l’avance entièrement acquis Ă la cause de Doherty et sa bande, et du coup c’Ă©tait drĂ´le. LĂ , c’Ă©tait vraiment du sport !
RamDam: Et se retrouver en première partie, ce n’est plus courant pour vous ?
Miossec: Oh, ce n’est mĂŞme pas ça. Ce qui Ă©tait marrant, c’est que le public n’en avait rien Ă foutre de Miossec (rires). C’Ă©tait assez combatif. Un vrai combat de rue. Je sais pas qui a gagnĂ©, franchement ça aurait pu ĂŞtre une catastrophe mais on s’en est pas mal sorti. Par contre, je pense que l’on a jamais jouĂ© autant Ă fond !
RamDam: C’est bizarre d’avoir choisi « La facture d’Ă©lectricitĂ© » comme premier single ?
Miossec: C’est pas moi qui l’ai choisie, on m’a dit que c’Ă©tait le morceau le plus facile.
RamDam: Il n’est pas tout Ă fait reprĂ©sentatif de l’album ?
Miossec: Du coup, les gens se font avoir ! (rires) Ils Ă©coutent le single en pensant que tout l’album est dans le mĂŞme registre. C’est une sorte d’attrape-couillon pour radio FM et ça a super bien marchĂ© (rires).
RamDam: Par contre, dans le passĂ©, pour cette chanson, vous auriez fait rimer chĂ´mage avec mirage ou fromage alors que lĂ tout est dans le non-dit. C’Ă©tait le sujet qui imposait la pudeur ou alors vous vouliez bousculer votre style ?
Miossec: Je voulais aller au plus simple possible. Faire quelque chose de plat. Que je ne joue pas avec les petites techniques stylistiques que j’emploie trop parfois. Du coup, la mĂ©lodie contrebalance bien et ça donne un drĂ´le d’objet.
RamDam: Ensuite, on rentre dans le vif du sujet avec une chanson pour votre maman oĂą vous expliquez vos fautes ?
Miossec: Oh, c’est pas ma maman en particulier car je ne pense pas ĂŞtre tout seul dans ce cas de figure.
RamDam: On ne voit pas Miossec dire le mot « maman » dans une chanson ?
Miossec: Justement, c’est tellement casse-couillon comme mot qu’on a qu’une envie, c’est de l’utiliser ! L’inconvĂ©nient, c’est que l’on ne peut en faire qu’une chanson. Il n’est pas envisageable de se planter. Impossible de rĂ©pĂ©ter le sujet 6 ou 7 fois sur un disque.
RamDam: Il ne faut pas non plus que ça devienne « Les roses blanches » ?
Miossec: Pourtant, c’Ă©tait ça l’idĂ©e de dĂ©part ! C’Ă©tait Berthe Sylva qui chantait cette chanson. Nick Cave Ă cĂ´tĂ©, c’est le Muppet Show ! Elle est terrifiante, je voulais la reprendre mais elle Ă©tait trop lourde, c’est effrayant de chanter ça ! (rires).
RamDam: C’est de la chanson populaire un peu plombante ?
Miossec: Un peu ? c’est un euphĂ©misme, monsieur. C’est du dark complet !
RamDam: Est-ce que ça vous arrive d’envoyer des messages personnels dans vos chansons ?
Miossec: Non…
RamDam: « Le loup dans la bergerie » par exemple, ce n’est pas un message perso ?
Miossec: C’est un message qui aurait pu l’ĂŞtre par le passĂ© mais qui n’a plus d’actualitĂ© maintenant.
RamDam: Dans « 30 ans », vous avez enregistrĂ© une introduction et une conclusion Ă©tonnante ?
Miossec: Ce sont les canettes de bières qui claquent dans le studio, je trouvais ça rigolo. Oh, vous savez, on était surtout là pour se marrer. Ce titre a été fait avec très peu de moyens.
RamDam: Cette chanson vous fait passer du stade de jeune con qui veut tout brûler à celui de vieux con qui se retourne sur une époque révolue. Comment se passe la transition ?
Miossec: Les gens la comprennent mal: c’est pas du tout un mec de 30 ans qui parle Ă un mec de 30 ans. C’est une chanson assez moraliste donc très chiante (rires). Le compositeur du titre, c’est GĂ©rard Jouannest et il en a 70, donc je pense qu’on pouvait y aller Ă fond dans le clichĂ©. Je vous assure que pour passer pour un gros con, y a pas mieux, mais vous savez que cela ne me gène pas du tout.
RamDam: GĂ©rard Jouannest qui vient sur votre album, c’est « cadeau » ?
Miossec: Ce n’est pas un cadeau mais une rencontre. Quand j’ai travaillĂ© avec GrĂ©co, j’ai sympathisĂ© avec GĂ©rard et depuis ça continue.
RamDam: Vous avez souvent fait des albums en formation restreinte. Ici, quand je regarde le nombres de participants, vous avez ouvert votre studio Ă un nombre impressionnant de personnes ?
Miossec: Y a qu’un Français dans la bande et c’est moi ! Quand j’ai vu le nombre de personnes crĂ©ditĂ©es, je me suis dis « putain, tout ça pour ça » (rires).
RamDam: Ce qui est bizarre avec vous, c’est que tout le monde vous aime, mais vous ne semblez pas vous aimer ni aimer vĂ©ritablement vos albums ?
Miossec: C’est plus compliquĂ© que ça. L’intĂ©rĂŞt d’un disque, c’est de bien se marrer et d’ĂŞtre bien accompagnĂ© humainement.
RamDam: Si votre album était critiqué en mal, cela vous ferait plaisir ?
Miossec: Sur ce disque lĂ , c’Ă©tait impressionnant, j’Ă©tais limite déçu parce qu’une mauvaise critique, ça vous donne la pĂŞche ou un sentiment de rĂ©volte… Enfin, ça fait rĂ©flĂ©chir…
RamDam: Malheureusement pour vous, il n’a reçu que de bonnes critiques ?
Miossec: Sur celui-lĂ oui, mais j’ai eu un passĂ© tumultueux qui me permet d’emmagasiner quelques remises en question pour l’avenir.
RamDam: Bon allez, finalement, vous ĂŞtes content de l’accueil du disque par les critiques ?
Miossec: Mais bien sûr ! Il y a une vraie vanité chez moi.
RamDam: C’est la mĂŞme vanitĂ© qui vous fait monter sur scène ?
Miossec: Je dirais plutĂ´t l’inconscience. Tout du moins au dĂ©part.
RamDam: Vous venez en concert avec Zita Swoon, qu’est ce qu’on peut attendre sur scène ?
Miossec: C’est une super bande, ces Belges ! Et ce ne sera pas une première partie pour les laisser jouer 25 minutes avec 3 lumières, ce sera un vrai concert. On va essayer de faire du bordel. Je sais que c’est suicidaire de partir avec Zita en première partie. L’avantage, c’est qu’en France, ils ne sont pas encore bien connus. Je pense qu’après le concert, les gens iront acheter un disque de Zita Swoon plutĂ´t qu’un disque de Miossec ! (rires).
RamDam: Quand j’Ă©coute « L’Ă©treinte », je ne vois aucune trace d’alcool mais une lecture de l’ancien testament, alors Miossec serait-il en pleine rĂ©demption ?
Miossec: Pas en rĂ©demption mais j’arrĂŞte les grosses conneries. J’ai envie d’avoir une vie calme. Je n’ai pas dit pour autant que la sagesse venait m’assaillir depuis mes 40 ans… Remarquez, j’aimerais bien mais bon, ce sera pour la prochaine fois.
RamDam: « La mĂ©lancolie, c’est communiste » et SĂ©golène Royal c’est quoi ?
Miossec: Je suis Ă fond derrière elle ! Après Le Pen au second tour, il est plus possible de tergiverser. De toute manière, la compĂ©tence cela n’a jamais Ă©tĂ© un problème pour devenir prĂ©sident de la rĂ©publique. On le voit d’ailleurs maintenant. La dissolution en 1997, ça c’est de la compĂ©tence.
RamDam: Qu’est-ce qui vous touche sur les tableaux de Paul Bloas ?
Miossec: Je le connais depuis tellement longtemps. Il fait vraiment de très belles choses. Il faut voir ça en grand: il fait des trucs de 3 mètres sur 2 en laissant tout se détériorer.
RamDam: Le travail qu’il a fait sur vous sera-t-il exposĂ© ?
Miossec: Il l’est actuellement sur Brest.
RamDam: Vous pensez que cela va tourner dans toute la France ?
Miossec: Ca, c’est pas mes oignons, chacun son truc mon ami (rires).
RamDam: Qu’est-ce qui vous prend de faire une chanson pour Florent Pagny, c’est votre « LibertĂ© de penser » Ă vous ?
Miossec: Complètement ! En plus, elle est bien ! (rires) Moi j’Ă©tais pas au courant, j’ai dĂ©couvert ça Ă la radio… J’ai eu vachement les jetons parce que je la trouvais vraiment classe !
RamDam: Personnellement, je vous préfère avec Polar: que pensez-vous de son disque ?
Miossec: LĂ , c’est plus naturel. Je ne l’ai pas rencontrĂ© Pagny, alors qu’Eric Polar, on a vraiment passĂ© du temps ensemble.
RamDam: Je lui avais demandé si vous aviez piqué des livres dans la bibliothèque de la maison où vous étiez enfermé avec lui ?
Miossec: C’est pas le genre de la maison ! Attendez, il y avait pourtant des choses incroyables mais quand vous ĂŞtes invitĂ© dans des endroits comme ça, vous restez respectueux.
RamDam: Vous avez dĂ©clarĂ© que Cali c’Ă©tait « l’avenir de la chanson française » et vous ?
Miossec: J’ai jamais dit ça comme ça mais on s’en fout… Quand Ă moi, c’est pas Ă moi de m’auto-dĂ©finir. Enfin je pense qu’avec Dominique A, on a permis de faire de la chanson sans que ce soit de la grosse variĂ©tĂ©.
RamDam: Bon, Ă chaque fois que je vous rencontre, je vous pose la question, donc j’ai dĂ©jĂ la rĂ©ponse mais je rĂ©itère quand mĂŞme: Ă quand un DVD Live ?
Miossec: Jamais ! (rires) Ca ne m’intĂ©resse pas. Ca me fait vraiment chier. Ou bien il faudrait le sortir franc jeu, brut, mais tous ces DVD ou ces disques sont retravaillĂ©s et cela ne m’intĂ©resse pas. Et c’est bien d’avoir des souvenirs sans se passer ça Ă la tĂ©lĂ©.
RamDam: J’ai vu que PIAS Belgique avait fait un site sur vous ?
Miossec: M’en fous royal. Je vais pas commencer la journĂ©e Ă taper mon nom sur un moteur de recherche et voir ce que les gens pensent de moi. C’est horrible ! J’ai des collègues qui y passent leur temps, mais moi j’ai pas envie de dialoguer. Je veux pas ĂŞtre le centre du monde de ma journĂ©e. Je ne vais pas me faire une page sur MySpace: vous savez j’ai pas envie d’avoir des amis (rires), putain c’est horrible de dire ça Ă la rĂ©flexion !
RamDam: Après la tournée, que comptez-vous faire ?
Miossec: Des voyages !
RamDam: J’avais l’impression que l’Afrique vous intĂ©ressait ?
Miossec: PlutĂ´t Madagascar en fait, enfin c’est l’Afrique…
RamDam: Je ne vous vois pas du tout dans le rêve américain comme type ?
Miossec: Oh non ! Pas envie ! J’aime bien New York par contre.
RamDam: Vous allez essayer de donner des concerts Ă l’Ă©tranger ?
Miossec: On va essayer de bouger notre cul l’annĂ©e prochaine. C’est quelque chose de prĂ©vu. Faire de la musique en voyageant, ça sert Ă se sentir moins couillon de touriste.
Propos recueillis par Pierre Derensy
