Band Shapes
Band Shapes
Olivier Hutman
Album CD – 2002 – RDC Records
Cinq annĂ©es après son Brooklyn Eight, Olivier Hutman nous propose dans son dernier album, Band Shapes, un jazz pur, dur et… donc merveilleux ?
RĂ©pondre par l’affirmative paraĂ®t sans doute un peu prĂ©somptueux. Certes, le talent internationalement reconnu du pianiste n’est plus Ă dĂ©montrer.
Accompagnateur de solistes de talent comme Toots Thielemans, Junior Cook, Philip Catherine et bien d’autres, compositeur de morceaux de renom et de musiques de films, orchestrateur de sa propre formation mais aussi notamment d’un mĂ©morable hommage Ă Ella Fitzgerald, embrigadĂ© dans divers projets de musique crĂ©ole, africaine et orientale, il ne fait aucun doute que le musicien est un artiste polyvalent, mature et accompli.
Certes, ce Band Shapes entièrement composĂ©, arrangĂ© et interprĂ©tĂ© par Olivier Hutman sent bon la passion et la maĂ®trise. Certes, l’osmose entre les instruments (batterie, basse, mais aussi trompette, saxophone et xylophone) apporte ça et lĂ les nuances harmoniques et rythmiques adĂ©quates, tandis que la direction de Hutman soutient le projet avec force et tonicitĂ©. Certes, le jazz est dynamique et tonique, le jeu limpide et prĂ©cis.
Pourtant, d’aucuns seraient tentĂ©s de dire qu’au-delĂ de sa (trop ?) grande technicitĂ©, les dernières compos d’Hutman semblent malheureusement un peu en manque d’imagination, de poĂ©sie, de sensualitĂ©. Et sans doute que les oreilles les moins habituĂ©es au phrasĂ© moderne du jazz, seront tentĂ©es de penser ainsi.
Question de goĂ»t finalement puisqu’il n’existe pas qu’un seul « jazz pur et dur ». Il en existe des centaines. Celui de Miles Davis, de John Coltrane, mais aussi celui de Thelonious Monk ou d’Oscar Peterson pour parler plus spĂ©cifiquement de pianistes. Hutman se rapproche plus de Coltrane et de Peterson par la rigueur qu’il s’impose aux niveaux rythmique et technique, laissant aux autres les jeux et phrasĂ©s plus cool et irrationnels.
Mais au final, son jazz n’en est pas moins merveilleux. D’ailleurs, Coltrane et Peterson sont des gĂ©ants. Disons juste que Hutman porte ses coups les plus fumants en serrant la vis au maximum, en consolidant ses compositions rythmiques et harmoniques, tandis que d’autres prĂ©fèrent laisser couler, en jouant sur l’indicible, sur ce qui ne peut pas s’apprendre.
Du jazz certes un peu scolaire, mais énergique, tonique et vivifiant.
Benjamin d’Aoust
Liste des titres :
- Booboo’s Delight
- Peter Mother Pan
- First Delivery
- Legs in 4d
- Slow Run
- Edge of Time
- Loose Snooze
- Une mère juive (d’après A Yiddishe Mamme)
