Empreintes
Empreintes
Olivier Calmel Quartet
Album CD – 2007 – Musica Guild
Actif dans diffĂ©rents projets tournant autour du jazz depuis presque dix ans, Olivier Calmel revient marquer son « Empreintes » dans les esprits, Ă la tĂŞte de son quartette habituel. Après avoir dĂ©florĂ© sa discographie avec Boud’notes en 1998, au sein du projet « Seth », Calmel a jalonnĂ© sa carrière encore courte de nombreux disques, fruits de collaborations diverses.
D’emblĂ©e, il faut dire que les sonoritĂ©s peuvent surprendre pour tout amateur de jazz habituĂ© Ă Ă©couter et réécouter les mĂŞmes sons enregistrĂ©s entre les annĂ©es 30 et 80. Pourtant, il est Ă©vident que l’apparent « hermĂ©tisme » de l’album cache une forĂŞt d’influences directement inspirĂ©es des aĂ®nĂ©s.
Ainsi, Au lever fait attendre en vain le son de l’instrument de Miles Davis, tant la musique semble calquĂ©e, dans son esprit, sur le Cool Jazz le mieux torchĂ©. D’autres part, de nombreux morceaux voyagent allègrement dans les diffĂ©rentes Ă©poques du jazz, en ce compris les expĂ©rimentations de ces vingt-cinq dernières annĂ©es. Les morceaux longs de l’album, comme D’humeurs changeantes, Epistrophe, Apprenti – la potion du Sorcier Glouton, passent ainsi d’un jazz très organique inspirĂ© des annĂ©es 50 et 60, Ă quelque chose de plus 80′s, oĂą la vitesse et les sonoritĂ©s changent. Dans tous les cas, il ne s’agit pas dans cette tentative de s’allier de manière très opportuniste aux tendances du jazz contemporain, volontiers teintĂ© d’Ă©lectro, car l’ensemble de l’album reste très organique.
Cette dernière caractĂ©ristique est aussi due Ă l’utilisation -choquante Ă l’oreille au dĂ©part- d’instruments pas forcĂ©ment conventionnels pour le jazz (donnant sans doute plus d’accents tziganes), comme le mĂ©lange entre accordĂ©on, violon alto, sax soprano, … Mais, si le rĂ©flexe « naturel » est de tirer la langue et d’Ă©carter les oreilles de l’enceinte, il faut bien dire que tout cela reste dans un esprit jazz assez conventionnel. En effet, Ă bien Ă©couter les morceaux, on se rend compte qu’il s’agit juste d’une reformulation, avec d’autres sons, du langage classique du jazz.
En parlant de classique, les jeunes musiciens Ă l’oeuvre sur l’album montrent leur connaissance en la matière. Signalons tout d’abord qu’ils sont excellents… Cela est sans doute dĂ» Ă leur Ă©ducation musicale et Ă leur formation au dĂ©part classique, puis bifurquant vers le jazz. Tout est mis en place dans Empreintes pour tendre la perche entre les deux styles, et cela dĂ©bouche souvent sur de franches rĂ©ussites. Pour exemple, les titres Trois messes basses ou Alter ego, entre autres.
C’est avant tout une ambiance propre qui est dĂ©gagĂ©e par l’album et qui vaut l’Ă©coute, pour tout quidam s’intĂ©ressant Ă un jazz contemporain un peu Ă©loignĂ© de ce qui est le plus courant. On sent que quelque chose de très personnel et de dĂ©jĂ très mature est en place chez les musiciens, quelque chose qui balance entre la mĂ©lancolie la plus noire (Epistrophe, TempĂ©rament ?, etc.) et le plus fol espoir.
Avis donc Ă tous ceux qui aiment le jazz et qui ont soif de dĂ©couvertes… Mais ne dites pas que je ne vous aurai pas prĂ©venu: c’est au premier abord surprenant et ça risque peut-ĂŞtre de ne pas plaire aux plus indĂ©crottables nostalgiques d’entre vous, ceux qui maugrĂ©ent inlassablement en maudissant la disparition prĂ©maturĂ©e du « bon vieux temps »…
Quentin Deuxant
Liste des titres :
- Prologue
- Travelling Mafate
- Tempérament ?
- D’humeurs changeantes
- Epistrophe
- Un mystère
- Rage – sacrifice humain
- Trois messes basses
- Apprenti la potion du sorcier Glouton
- Au lever
- Alter Ego
- Le Hongrois déraille
- Prélude des 5 Rameaux
