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J-P. Montanari : "Abdiquer n'est pas dans mon tempérament"

Du 19 septembre au 28 décembre

Montpellier
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Initialement prévue au début de l’été, la 40e édition de Montpellier Danse n’a pu avoir lieu en raison de la pandémie du nouveau coronavirus. Sous l’intitulé 40 bis, une partie de la programmation est présentée entre septembre et décembre. Directeur du festival depuis 1983, Jean-Paul Montanari nous livre ses souvenirs et ses impressions en cette période particulièrement complexe pour le spectacle vivant.

Montpellier Danse a démarré en 1981 sous l’impulsion du chorégraphe Dominique Bagouet, l’un des grands pionniers de la danse contemporaine en France, et de Georges Frêche, maire « historique » de Montpellier. Quand et comment avez-vous intégré le festival ?
À cette époque, rappelons-le, la danse contemporaine sort à peine des limbes. Son fonctionnement est encore très informel. Pour moi, tout commence au Théâtre du 8e à Lyon, alors le Centre Dramatique National de la ville, où j’entre un peu par hasard en 1975. J’y suis chargé des relations avec le public. À partir de là, je vais développer un vif intérêt pour la danse. Soutenu par Robert Gironès, qui dirige le Théâtre du 8e, je peux mettre en place une programmation en invitant des chorégraphes français comme Brigitte Lefèvre, Maguy Marin, Quentin Rouillier ou Dominique Bagouet, avec lequel je deviens très ami. Dominique apprécie beaucoup la manière dont je communique ma passion pour la danse, à l’oral ou à l’écrit. Fin 1980, il devient directeur du tout nouveau Centre Chorégraphique Régional de Montpellier (1) et me propose de venir y travailler avec lui. L’équipe est très réduite et dispose de très peu de moyens. N’ayant pas de poste exact, je m’occupe notamment des relations avec les médias et les politiques. Quand Dominique Bagouet et Georges Frêche décident de doter la ville d’un festival de danse en été, je me trouve tout naturellement embarqué dans l’aventure. En 1983, Dominique Bagouet, surchargé de travail, annonce qu’il cèderait volontiers la direction du festival. George Frêche me propose de la prendre, je relève le défi : et voilà, c’est parti.

En parcourant ces 40 ans d’histoire, quels moments se détachent dans votre mémoire ?
C’est difficile de répondre à cette question… Sans doute d’abord les créations de Dominique Bagouet, dont l’œuvre est intimement liée au festival. Pièce conçue avec Christian Boltanski et Pascal Dusapin, Le Saut de l’ange (1987) me vient spontanément à l’esprit : une expérience esthétique vraiment extraordinaire, qui a laissé un souvenir frappant à tous les spectateurs ayant pu y prendre part. Invité à plusieurs reprises, Merce Cunningham – auquel nous avons rendu un large hommage en 2019 – est un autre compagnon de route essentiel de Montpellier Danse. Mon principal motif de fierté est d’avoir présenté Ocean, pièce de très grande envergure, déployée durant deux soirs en 1998 au Zénith de Montpellier, avec les 100 musiciens de l’Orchestre Philharmonique de la ville. Elle n’a jamais été montrée ailleurs en France. Je pense aussi à William Forsythe et en particulier à Heterotopia. Accueillie lors de l’édition 2008, en première française, cette pièce magnifique synthétise admirablement toute sa recherche chorégraphique jusqu’alors.

Qu’est-ce qui, aujourd’hui, constitue le cœur du festival ?
La création contemporaine. C’était déjà le crédo de Dominique Bagouet. À l’origine, même s’il était ouvert à toutes les formes de danse (y compris traditionnelles), le festival a été créé en premier lieu pour soutenir la jeune danse française. Ce soutien s’est progressivement développé et étendu à la scène internationale sans partir tous azimuts pour autant. La création artistique réclame du temps, au niveau de la conception autant que de la réception. Par conséquent, nous nous attachons plutôt à faire un long bout de chemin avec certains chorégraphes dont le travail nous passionne. L’exemple de Raimund Hoghe, qui a présenté quatorze pièces à Montpellier et noué un lien fort avec le public, m’apparaît emblématique à cet égard. Depuis plusieurs années, nous suivons aussi de très près – entre autres – le travail d’Emanuel Gat, dont nous présentons début octobre la nouvelle création, LOVETRAIN2020, dans le cadre de notre édition 2020 décalée et remodelée à cause de la pandémie.

Dans quel état d’esprit abordez-vous cette édition pas comme les autres ?
Totalement désespéré (rires). Plus sérieusement, même si je suis plutôt inquiet concernant l’évolution à court terme de la pandémie, je ne cède pas au désespoir ni au défaitisme. Abdiquer n’est pas dans mon tempérament. Bien au contraire, je mobilise toute mon énergie pour présenter un festival malgré tout. À l’heure où nous parlons, personne ne peut dire avec certitude ce qu’il sera possible de faire en matière de spectacle vivant cet automne. Mon équipe et moi souhaitons de tout cœur que le festival se déroule comme nous l’avons prévu mais nous nous préparons aussi à d’éventuelles annulations ou à de nouvelles restrictions. Toutes les mesures de protection sanitaire en vigueur seront appliquées sur l’ensemble des représentations. Si les spectacles peuvent avoir lieu, tant mieux. Sinon, nous rembourserons les billets.

Quel(s) conseil(s) donneriez-vous à des chorégraphes en tout début de carrière ?
Ah… Je ne sais absolument pas donner des conseils et je considère que je n’ai aucune légitimité particulière pour le faire. La seule chose qui compte, selon moi, c’est de s’entêter à être soi-même, de dire ce que l’on tient à dire et de faire ce que l’on tient à faire. Aujourd’hui, on peut se retrouver très vite proclamé chorégraphe. Or, quatre ou cinq pièces – au minimum – sont nécessaires à un ou une jeune chorégraphe pour affirmer son identité artistique et commencer à construire une œuvre. Il faut s’entêter dans son art. Et si ça ne donne rien ? S’entêter encore un peu.

Propos recueillis par Jérôme Provençal

Photo : Ch. Ruiz / Montpellier3M

(1) Créé en 1980 et devenu depuis le Centre Chorégraphique National de Montpellier, actuellement dirigé par Christian Rizzo.

Site web : http://www.montpellierdanse.com

Publié par Rédaction de Ramdam


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