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Samuel Mathieu - Saltarines

Jeudi 1er décembre

Sète
Théâtre Molière

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En parallèle de ses propres projets scéniques, le chorégraphe Samuel Mathieu contribue fortement au développement de la danse contemporaine en Occitanie, via notamment le NeufNeuf Festival. Par ailleurs, il codirige depuis peu le RING, lieu dévolu à la création pluridisciplinaire, en périphérie immédiate de Toulouse. Et présente cet automne sa nouvelle pièce, Saltarines.

Démarrons avec votre nouvelle pièce, intitulée Saltarines. Pouvez-vous tout d’abord nous préciser ce que sont les saltarines ?

Au XVIe siècle, il existait deux corps dans le ballet : les ballerines et les saltarines. Ces dernières étaient des danseuses de cordes et des acrobates, qui avaient pour rôle de créer de l’animation entre les actes à l’avant-scène, en général au moment des changements de lumière (produite par des bougies en ce temps-là). Les représentations étaient vraiment joyeuses à l’époque, pleines de vie, avec un public très participatif. Petit à petit, les saltarines ont disparu du ballet. Elles ont rejoint les foires, les spectacles de rue. Au XIXe siècle, on les retrouve du côté du cirque où elles exécutent des acrobaties diverses.

Qu’est-ce qui vous a donné l’impulsion pour concevoir une pièce inspirée par ces filles de l’air ?

Depuis 2015, je travaille pas mal dans la sphère du cirque. J’ai développé trois projets avec des sangles aériennes, coécrits avec Fabienne Donnio, complice artistique de longue date. L’idée originelle de Saltarines vient d’un mémoire de CA que Fabienne avait consacré à ces danseuses. La pièce procède du désir d’allier intimement la danse et l’acrobatie, deux pratiques (re)devenues très proches l’une de l’autre. Aujourd’hui, nombre de danseurs et danseuses se forment librement, à rebours de l’enseignement académique prodigué dans les conservatoires. La danse hip-hop en particulier – dont les adeptes défient allègrement les lois de la pesanteur – possède une forte dimension acrobatique.

Que produit Saltarines sur scène ?

À partir de la figure centrale du saut, nous cherchons à dynamiser le plateau, à mettre en jeu une vitesse et une puissance. Dix jeunes interprètes, hommes et femmes, portent la pièce. Un enfant – une petite fille – y participe également. De la même manière qu’elle tend à unir la danse et l’acrobatie, la pièce s’attache à fondre ensemble le masculin et le féminin. Il existe des différences de capacité physique, cela entraîne des contraintes. Le défi consistait à parvenir à ne pas identifier les interprètes par leur genre, à les faire apparaître simplement comme des êtres vivants, ensemble sur un plateau presque nu – le seul accessoire étant une longue table roulante de 9 mètres, qui sert de support-relais entre l’air et le sol. Composée par Maxime Denuc à l’aide de deux synthétiseurs et jouée live en synergie avec la partie chorégraphique, la musique se dédie tout entière au rythme et à la pulsation. S’y ajoutent divers bruits et sons générés organiquement au plateau.

Quelles sont les caractéristiques saillantes du NeufNeuf Festival, que votre compagnie a lancé en 2009 ?

À la base, le NeufNeuf vise à soutenir les artistes chorégraphiques d’Occitanie, en particulier les plus jeunes. L’opportunité leur est offerte de travailler dans différentes communes, principalement situées en Haute-Garonne, pour leur permettre d’y développer des projets en lien étroit avec les habitants – sous forme de stages ou d’ateliers, par exemple. Ce sont de véritables expériences de vie, très fécondes, qui peuvent donner lieu à des restitutions pendant le festival. Le NeufNeuf présente également des pièces de chorégraphes qui ont démarré leur parcours en Occitanie et ont quitté la région depuis. Nous accueillons en outre des compagnies venues d’ailleurs. Tout cela constitue un ensemble d’une grande diversité.

Que nous réserve l’édition 2022 ?

Se déroulant sur plus de deux semaines, à Toulouse et dans d’autres villes de Haute-Garonne, elle réunit une quinzaine de pièces. En deux temps, la soirée d’ouverture (9 novembre, au Théâtre des Mazades) présente deux créations : Pieces of my heart, un solo de Delphines Mothes puis OHHO, un duo conçu et interprété par Medhi Baki et Nicolas Fayol. Par la suite, le public va pouvoir également découvrir Discipline in disorder, un solo d’Annabelle Chambon centré sur le conditionnement des femmes, AKZAK, l’impatience d’une jeunesse reliée, pièce du binôme Héla Fattoumi & Eric Lamoureux autour des notions d’hospitalité et de solidarité, ou encore Zizi ?, nouvelle création de la compagnie Les Hommes sensibles creusant ici la question de la masculinité. En clôture (26 novembre, au Théâtre des Mazades), le chorégraphe autrichien Christian Ubl – qui vit en France – propose BAL, une pièce festive inspirée de danses populaires incluant une dizaine d’interprètes amateurs.

Vous avez également aménagé la NeufNeuf Plateforme, un dispositif d’accompagnement à la création qui opère tout au long de l’année.

Oui, cela nous permet d’accueillir cinq équipes artistiques, à Toulouse (en particulier au RING) ou ailleurs en Occitanie, dans le cadre de résidences de création et/ou de coproduction. Au cours de la saison 2022-23, deux chorégraphes – Sylvain Groud et Jérôme Brabant – vont développer des projets in situ avec des habitants – le premier à Tournefeuille, le second à Martres-Tolosane – à la faveur de résidences de territoire, un dispositif créé par la DRAC et le Ministère de la Culture.

Vous avez fait allusion au RING, que vous codirigez avec Christophe Bergon depuis 2020. Pouvez-vous, en conclusion, nous parler un peu de cette autre activité ?

Christophe et moi avons eu à cœur de récupérer ce lieu – un très bel outil de travail – avant tout pour offrir aux artistes de l’espace, du temps et du soutien matériel. Il y a une très forte demande sur Toulouse depuis la fermeture de Mix’art Myrys et du Pavillon Mazar, début 2021. Nous faisons notre maximum avec le (trop) peu de moyens dont nous-mêmes disposons. Cela relève du geste militant. Nous travaillons en collaboration avec plusieurs structures (Sorano, Théâtre Garonne, la Place de la Danse, la Grainerie, éOle…), ce qui nous permet de faire exister le RING aussi en tant que lieu de diffusion, dévolu en priorité aux talents émergents, et de révéler tout son potentiel en termes de création.

Propos recueillis par Jérôme Provençal

Saltarines
7 et 8 novembre, Scène Nationale d’Albi.
1er décembre, Théâtre Molière Sète.

NeufNeuf Festival
9 au 26 novembre, Toulouse et autres communes de Haute-Garonne.

Publié par Rédaction de Ramdam


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