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Nu : Biographie

NU est l’un de ces groupes drapés d’assurance qui semblent issus d’une génération spontanée dotée de la perfection infuse.

Les NU auraient-ils fait l’objet d’une manipulation génétique ? Ou bien une distorsion temporelle les aurait-elle ramenés dans notre présent depuis un avenir du rock empreint d’un génie nonchalant ? Se seraient-ils échappés d’un scénario de film où des ballerines armées et en cavale côtoient des rockeurs scandinaves rebelles et shootés ? Seraient-ils les enfants inavoués d’Elvis et de Debbie Harry, enlevés par des extraterrestres puis revenus sur Terre ? Non. Quoique, d’une certaine manière, si.

Nu = maintenant

Car il est logique de se poser des questions face à un groupe dont la chanteuse a l’organe d’une authentique femme fatale de la pop et l’allure d’une star féline des podiums, dont le nom qui évoque la nudité en français signifie “maintenant” en danois, qui sait faire produire à ses guitares et claviers des accroches qui ne vous quittent plus et une clameur punk brutale, avec un talent et une agilité à faire peur.

Et quelle difficulté pour trouver le maillon faible ! Chacun des membres contribue au travail d’écriture. Deux d’entre eux sont frères, ce qui explique le côté “drame familial”; la synthèse de leurs influences couvre le rock, le jazz, le hard rock, le roots blues et la soul et pourtant tout cela “balance” à l’unisson.

Leur premier single, Disco Hurts, se grave, indélébile, sur vos synapses, comme au laser, tout en soulevant la question pertinente “les clubs sont-ils un opium du peuple ?”, avec une lyrique aussi compacte et acérée qu’un haïku de voyage.

Stine, Peter, Lars et Morten

Il aura cependant fallu du temps, de la gymnastique, des études d’architecte abandonnées, des problèmes de dos, une bonne dose d’ambition et un entremetteur pour que Stine (voix), Peter (guitare), Lars (basse) et Morten (batterie) puissent se trouver et former NU.

Le parcours qui allait conduire à cette rencontre remonte à l’adolescence. Peter et son frère Lars, de cinq ans son cadet, ont grandi à Roskilde (où se déroule un festival bien connu) puis dans la petite ville méridionale de Nykøbing Falster. Astreint malgré lui à l’étude du violon, Peter s’essaye à jouer à la dérobée du Hendrix et du Stevie Ray Vaughan sur sa guitare.

Lars, futur prodige présomptif du jazz, est destiné à une carrière pianistique à la Thelonius Monk. Tous deux préfèrent néanmoins à ces voies imposées les boeufs qu’organisent les groupes de blues du cru. A leur arrivée à Copenhague, Peter est suffisamment envoûté par la musique pour laisser tomber ses études d’architecte tandis que Lars est prêt à prendre la basse pour former un duo de rock fraternel.

Lorsqu’il rejoint le groupe, Morten est prêt-à-rocker. A douze ans, il soudoie un portier pour que celui-ci le laisse entrer à un concert d’Iron Maiden et d’Anthrax… et c’est l’irréversible déclic. Il rencontre les deux frères Iversen - par l’intermédiaire d’un copain comme c’est souvent le cas - dans un magasin de guitares. La partie rock est en place. Puis, l’an passé, le navire embarque à son bord son aimable sirène après avoir entendu parler d’une chanteuse éblouissante, étudiante dans un conservatoire de musique à Copenhague.

Stine est arrivée à la musique après un détour par la danse. Née dans la ville de Køge, elle chante depuis l’âge de dix ans. Sa fascination de jeune fille pour Kate Bush et John Lennon tourne court lorsque, pendant six ans, elle devra consacrer cinq heures d’entraînement par jour à la gymnastique rythmique et sportive, le prix à payer pour faire partie de l’équipe nationale.

Problèmes de dos…

Ce sont des problèmes de dos qui interrompent sa carrière de gymnaste. Son commentaire sur cet épisode: “J’ai laissé tomber et j’ai commencé à vivre.” La deuxième phase de sa longue préparation au rock s’effectuera sous la forme d’un rôle de choriste pour des concerts au Danemark et ailleurs en Europe ainsi qu’une inscription au Conservatoire rythmique de Copenhague.

Le sentiment persistant de n’être pas vouée à “mettre son orgueil dans sa poche”, selon ses propres termes, en se cantonnant au second rôle la pousse à saisir sa chance lorsque Peter, Lars et Morten agitent devant elle une modeste liasse de morceaux brillants et lui proposent le micro.

Le fluide alchimique qui assure la cohésion de NU a une saveur épicée. Leurs goûts musicaux vont de Miles Davis à David Bowie, de Nico à Kraftwerk et de Sly And The Family Stone au Black Rebel Motorcycle Club.

Le bassiste est un ex-jazzman qui abhorre la starisation, le guitariste un fondu de musique songeur, d’un goût si sûr que c’en est effrayant, le bassiste un dingue de voitures fumeur de beu avec des tendances hard rock et la chanteuse… Eh bien, c’est sans doute elle-même qui se tire le mieux de portrait lorsqu’elle se présente: “[Je suis] une danseuse des Ballets russes armée d’un flingue chargé. Mais je ne suis pas une de ces chanteuses dingues et égocentriques. Je préfère me considérer comme une vraie musicienne et pas comme quelqu’un qui est debout devant son micro et qui fait son truc toute seule.”

Any Other Girl

De cette collision entre les quatre NU est née une série de morceaux qu’aucune stratégie n’aurait pu le planifier. Gravés dans l’instinct et travaillés à l’optimisme, ils déboulent dans les oreilles comme les engins de karting d’un inventeur fou qui feraient irruption sur un grand prix de formule 1.

Any Other Girl est une drogue qui ne vous quitte plus, un morceau de guitare rock fourmillant de phrases immortelles comme “boys are made for pleasure and girls are made for sin” (”les mecs sont faits pour le plaisir et les nanas pour le péché”).

Avec Are You Having Fun, les guitares s’encanaillent et s’éclatent en un hymne exubérant. Boy Don’t Run fait s’envoler doucement la voix de Stine. Factory Girl taille son chemin dans un pur style punk’n'roll félin.

Que les visages tendres et les accroches mortelles des NU ne vous abusent pourtant surtout pas: leur parcours vient à peine de commencer, mais ils ont investi du temps à danser avec des bêtes hérissées de désordre. Nul ne sait si Copenhague ne serait pas la nouvelle Göteborg, mais ce qui est certain, en revanche, c’est qu’un rayon de soleil noir venu du Danemark va débarquer sur le sondes.

NU: Stine Jacobsen (voix) Peter Iversen (guitare), Lars Iversen (basse) et Morten Krog Helgesen (batterie).

RamDam

Publié le 1 juillet 2003 dans Biographies, Pop Rock,

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