Expos

Art is resistance

Du 8 avril au 7 mai

Toulouse
Fondation espace écureuil

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Créateur de mode et artiste contemporain, Naco fait sauter les frontières entre les disciplines dans un instinct d’insubordination et d’accomplissement de soi. La Fondation Ecureuil lui offre sa première grande exposition solo.

Racontez-nous votre entrée dans l’univers de la mode ?

La mode n’est pas un métier que j’ai eu à choisir, c’est venu tout seul. Je suis né dans le nord de la France, un pays de mineurs. À 14 ans, pour me différencier, j’achetais dans les fripes des bleus de travail pour trois fois rien, j’ai commencé à peindre des messages dessus. Il y avait déjà un fort besoin de m’exprimer, de bousculer l’ordre établi. J’ai enchainé les CAP, BEP, j’ai été apprenti tailleur et j’ai adoré cette école de la rigueur, ce qui était assez étrange par rapport à mon apparence. En même temps je travaillais dans des boîtes de nuit, je m’habillais en femme. J’ai compris très vite qu’il n’y a pas de meilleur support d’expression que le vêtement. Quand vous êtes un jeune garçon de province dans les années 90, et que vous sortez habillé en rose bonbon, la communication est frontale, directe. Ensuite, j’ai fait une école de design à Paris et ma collection de fin d’année a été ma première collection.

Qu’avez-vous voulu faire dire à ce médium qu’est le vêtement ?

À la fin des années 90 - début 2000, il y a eu une vague de créateurs, dont je faisais partie, très créative. On n’avait pas d’argent, j’ai réalisé ma première collection avec des matériaux récupérés dans les poubelles, mais on avait le culot de défiler en même temps que les grandes maisons, et les médias s’intéressaient à nous. Utiliser les matières qui avaient la pire réputation, la mauvaise couleur, pour en faire les vêtements les plus beaux, c’était ça la blague, jouer sur ce truc de faux-semblant. Je suis parti avec pas grand-chose et l’envie d’en faire le maximum, parfois un peu trop…

Le succès commercial a-t-il joué dans l’évolution de votre pratique ?

Jusqu’aux année 2010 je me suis beaucoup amusé, on faisait une mode très spontanée, et puis Naco Paris est devenu une marque. Je crachais des collections à chaque saison. On est passé de la création à la fabrication de produits. Il fallait que ce rythme et cette folie de surproduction cessent. En 2016, j’ai décidé de rompre avec ce modèle commercial pour ne conserver que les boutiques les plus pointues, avec l’idée de m’en tenir à une collection par an. Et me recentrer sur l’aspect le plus créatif de mon travail.

Comment l’art contemporain est arrivé dans votre vie ?

Faire des photos pour trouver un visuel, mettre en scène un défilé, tourner un film pour présenter une collection… Je me suis rendu compte que je faisais des choses qui dépassaient la mode et que ma démarche était finalement assez proche de celle d’un artiste contemporain. Le personnage féminin que je m’étais inventé à 15 ans est réapparu à un moment où j’avais besoin de lui. Mon environnement, mon âge, mon entourage avaient changé : je n’allais plus dans les boîtes de nuit mais dans les galeries d’art et la fête est devenue de la performance. Tout cela s’est fait naturellement, ce sont les occasions qui ont fait évoluer ma pratique. La fondation Écureuil m’offre la liberté de présenter tout cela, au-delà du clivage mode / art contemporain : des installations textiles, des reliques de mes transformations physiques, des photos, de la performance…

Vous avez baptisé « Art is Résistance » l’une de vos lignes de vêtements peints à la main. L’Art, c’est résister à quoi ?

Peindre à la main des vêtements, c’est finalement ce que je n’ai jamais cessé de faire depuis mes 15 ans pour communiquer avec les autres. Ma démarche parle de ce que l’on attend de nous et de ce qu’on décide d’en faire. Parce que je suis un homme je ne peux pas m’habiller en femme, parce que je viens d’un milieu modeste je ne peux pas travailler dans la mode... Beaucoup de personnes s’empêchent à cause de ce que la société leur renvoie. Sans même en avoir eu conscience au départ, je n’ai jamais accepté ça.

Propos recueillis par Maëva Robert

Photo : Antonio Privitera

Publié par Rédaction de Ramdam


Fondation espace écureuil, Toulouse

Musée

Place du Capitole
31 000 Toulouse

Tél : 05 62 30 23 30