Expos

Christian Caujolle : « Les photographes n’ont pas épuisé leurs ressources »

Du 6 janvier au 28 février

Toulouse
Le Château d'Eau - Pôle photographique de Toulouse

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La galerie toulousaine du Château d’eau devra désormais s’en remettre à l’expertise notoire de l’Ariégeois Christian Caujolle pour défendre sa position stratégique dans le paysage photographique français. Après avoir dirigé le service photo de Libération, créé l’agence VU, monté des expositions, écrit des ouvrages, pris la direction de grands festivals internationaux, il devient le conseiller artistique du lieu. Une manière de boucler la boucle pour celui qui a rencontré la photo auprès de Jean Dieuzaide, créateur de la galerie en 1974.

Quelle est la nature du lien qui vous attache à la galerie du Château d’eau ?
C’est un attachement particulier car il me renvoie en quelque sorte à ma rencontre avec la photographie. J’étais étudiant à Toulouse en classe prépa pour l’École normale supérieure. Un de mes professeurs m’avait demandé de dresser un portrait et m’avait envoyé chez Jean Dieuzaide. C’était avant l’ouverture de la galerie, mais Dieuzaide était déjà le photographe de référence à Toulouse. C’est auprès de lui que j’ai découvert cet univers, et c’est aussi à la galerie du Château d’eau que j’ai vu ma première exposition photographique.

La perception de ce médium a beaucoup évolué en près d’un demi-siècle. Quelles sont les grandes mutations qui ont accompagné votre parcours ?
La reconnaissance de la photographie comme mode d’expression artistique pour commencer ! Rappelons que lorsque le Château d’eau a ouvert en 1974, il était le premier lieu d’exposition en France exclusivement consacré à la photographie. La première galerie de photographie parisienne n’a été inaugurée qu’un an plus tard, et il n’y avait pas de conservateur pour la photo au Centre Pompidou lors de son ouverture en 1977 ! Puis il y a eu l’entrée de la photographie dans le marché de l’art, avec tout ce que cela comporte de positif, mais aussi de dommageable en matière de spéculation. Certaines œuvres de photographes, américains notamment, sont aujourd’hui impossibles à exposer. J’ajouterai que le livre photo a pris une importance qu’il n’avait pas, il est devenu un objet très particulier, un espace de création et un objet de collection. Tout cela fait qu’il existe aujourd’hui une très grande diversité de propositions esthétiques.

Face à ce foisonnement créatif, qu’est-ce qui vous maintient en alerte depuis toutes ces années ?
Tomber sur des propositions et me dire que je n’ai jamais vu ça ! Les photographes n’ont pas épuisé leurs ressources et continuent à m’étonner tous les jours.

Vous-même n’avez jamais été tenté de pratiquer cette discipline ?
J’ai fait un peu de photo quand j’avais une quinzaine d’années, je trouvais ça magique. Puis ça ne m’a plus intéressé en tant que pratique, le côté technique n’était pas mon truc… Je suis un littéraire, la photographie n’est pas mon mode d’expression. En revanche, j’adore travailler avec les photographes, écrire autour, construire des expositions, être un lien, un passeur entre la création et le public.

Quelle ambition avez-vous pour ce lieu ?
Quand je regarde la programmation de la galerie des dernières années, je la trouve de qualité, riche et intéressante. Je ne sais pas quelle est la perception que le public a pu en avoir, mais aujourd’hui notre objectif va être de définir une ligne qui affirme des choix. La scène photographique toulousaine est particulièrement dynamique. Il n’y a pas une autre ville en France, peut-être même en Europe, qui ait deux festivals, un programme de résidences, une librairie avec l’un des plus gros rayons français dédié à la photo, une école brillante, des ateliers... Ces initiatives ne doivent pas être en concurrence, toutes ont leur place et je voudrai que le Château d’eau se place en complémentarité dans ce paysage photographique d’une grande richesse.

Au-delà de Toulouse, quel regard portez-vous sur la scène photographique régionale ?
Proches de nous, le festival de l’image documentaire Images Singulières à Sète et le Centre d’art et de photographie de Lectoure sont évidemment des rendez-vous et des lieux incontournables, avec lesquels nous tisserons forcément des liens. En regardant plus loin, les choses se préciseront progressivement, je viens à peine d’arriver et il nous faut d’abord boucler la programmation 2021 du Château d’eau !

Pouvez-vous d’ores et déjà nous donner quelques pistes sur cette programmation ?
Il y aura 3 grandes expositions par an dans la grande galerie. La première présentera le travail de Catherine Balet et sera accompagnée de deux expositions dans la seconde galerie : l’une consacrée au photographe français Léo Delafontaine, l’autre à une sélection de chef d’œuvres du Château d’eau. J’espère aussi avoir la possibilité d’occuper le jardin pour en faire un espace de projection et d’accrochage afin de faire écho aux autres manifestations toulousaines. J’aimerai beaucoup accueillir des projections du festival ManifestO par exemple, ou travailler avec les ateliers Saint-Cyprien. Et puis il y a la collection du Château d’eau, que je suis en train de découvrir et qui est extraordinaire. Je pourrai parler des photographies du japonais Kishin Shinoyama qui constituent une collection sans équivalent en Europe, ou des quelques 140 tirages d’Emile Zola réalisés à partir des plaques originales. Mais il y a énormément de choses, nous sommes aussi en train de réfléchir à la manière de les faire vivre et de les faire circuler.

Propos recueillis par Maëva Robert

Photo : Philong Sovan

Site web : http://www.galeriechateaudeau.org/wp/

Publié par Rédaction de Ramdam


Le Château d'Eau - Pôle photographique de Toulouse, Toulouse

1 place Laganne
31300 Toulouse

Tél : 05 61 77 09 40