Expos
"De la contrainte nait l'inventivité"
En 2025, sa carrière a pris un nouveau tournant avec une résidence à la Villa Médicis à Rome et deux grandes expositions personnelles à Paris (Panthéon et Hôtel des Invalides). Alors qu’il expose ce printemps dans pas moins de trois lieux toulousains, nous avons cherché à savoir ce qui anime cet artiste formé à l’Ecole des beaux-arts de Perpignan et qui, depuis plus de 15 ans, alterne expositions et périodes d’interventions en milieu carcéral pour creuser la question de l’enfermement… et donc de la liberté.
D’où vient l’envie d’explorer les questions liées au monde carcéral, et à l’enfermement de manière générale ?
Dès le départ, j’ai eu envie de confronter mes recherches artistiques à d’autres regards. Quand j’étais étudiant aux Beaux-arts, j’animais des ateliers pour les enfants : je voulais aller plus loin. En 2008, j’ai mis en place des ateliers avec l’établissement pénitentiaire pour mineurs de Lavaur. Ma réflexion est née de cette expérience et des résidences en milieu carcéral qui ont suivi, dans le sud de la France et en Alsace, elle s’est échafaudée de projet en projet. Le thème de l’enfermement soulève des questions de liberté, de résistance, des questions existentielles liées à notre condition humaine, qui font écho à mon propre vécu mais qui peuvent résonner en chacun de nous. Le choix des matériaux que j’utilise est directement lié à cette réflexion.
On observe souvent dans vos œuvres une mise en tension entre la force et la fragilité du matériau, la construction et la destruction… et aussi beaucoup d’ingéniosité dans l’invention de protocoles expérimentaux.
De la contrainte nait l’inventivité. Les techniques que j’utilise ont en commun d’être inspirées par l’imaginaire de l’évasion, les gestes de résistance. Je mets au point des gestes plastiques à partir de matériaux inattendus, d’erreurs de bricolage, d’outils d’ouvrier. Je m’amuse beaucoup, c’est ce qui m’anime. Ce sont parfois des gestes inventés, comme les dessins à la poudre de fer aimantée, exécutés sur du papier magnétique découpé au cutter, qui évoquent à la fois la solidité des barreaux d’une prison et l’effritement ; ou des gestes inspirés de faits historiques, comme les installations en béton et sucre, une technique de sabotage mise au point par des résistants pendant la Seconde guerre mondiale.
Vous êtes de retour d’une résidence à la Villa Médicis à Rome : qu’avez-vous fait de ce temps offert à la réflexion et à la création ?
Je me suis intéressé à l’architecture du lieu, aux personnages illustres qui font partie de son histoire, Ingres ou Vélasquez, et surtout Galilée, qui fut en résidence surveillée à la Villa en 1633, à l’occasion de son procès historique. J’ai poursuivi la mise au point d’un dispositif dérivé du principe du photogramme. Il consiste à appliquer sur du papier photo un dessin que je réalise sur verre, je produis ensuite des étincelles d’acier à la meuleuse pour révéler l’image. Comme souvent dans mon travail, le procédé fait sens : le résultat n’est pas totalement sous contrôle, il garde encore sa part de liberté. Cette résidence a inspiré toute une série de travaux que je poursuis et expose aujourd’hui.
Ce printemps, vous investissez trois lieux à Toulouse. Quel est votre lien à la ville ?
Je suis né à Lavaur, dans le Tarn. Pour l’anecdote, j’avais présenté le concours d’entrée à l’école des Beaux-arts de Toulouse mais mon dossier a été refusé. Aujourd’hui, je vis à Perpignan mais Toulouse fait partie de mon territoire. Au même titre que le centre d’art d’Albi par exemple, j’entretien depuis longtemps des connexions avec les acteurs culturels et lieux d’exposition toulousains comme Lieux-Commun, ou la Maison Salvan à Labège, qui a été en 2013 un des premiers lieux à me consacrer une exposition personnelle.
13 ans après cette première invitation, vous êtes de retour à la Maison Salvan pour une résidence suivie d’une exposition. Quel regard portez-vous sur le chemin parcouru ?
Un artiste a besoin de temps pour affirmer sa pratique. En ce qui me concerne, mes techniques se sont affinées, l’écart avec 2013 est considérable. C’est intéressant de faire un bilan, c’est même assez joyeux. En même temps, il y a une sorte de pression à ne pas décevoir. Quand on passe par des lieux comme la Villa Médicis ou le Panthéon, le public est curieux. Nous voulions que l’exposition à la Maison Salvan soit de bonne tenue, qu’elle combine œuvres antérieures et recherches en cours. J’y ai exposé pas mal de travaux issus de mon voyage à Rome, et une nouvelle série qui prolonge mes expérimentations autour de la photographie.
Vous exposez en ce moment au Castelet à Toulouse : comment avez-vous abordé ce site, vrai lieu d’enfermement qui porte la mémoire de l’ancienne prison Saint-Michel ?
C’est un lieu qui m’intéresse depuis longtemps. J’ai dessiné pour la première fois la prison Saint-Michel il y a une dizaine d’années. Ce dessin à la poudre de fer aimantée est exposé au Castelet. J’ai voulu faire dialoguer mes œuvres avec des œuvres qui m’inspirent réalisées par d’autres, des gravures des Prisons imaginaires de Piranèse, ou encore un dessin d’Ingres. Ce dessin fait écho à une grande vasque que j’ai réalisée pour le lieu : une copie de la vasque de la Villa Médicis, fabriquée à partir de portes de cellules par d’anciens détenus. Il y a aussi une œuvre réalisée à Rome avec l’écrivaine Louisa Yousfi, à qui j’emprunte le titre de cette exposition « Le ciel nous vengera ».
Bientôt, on verra une de vos œuvres dans le cadre du Nouveau Printemps…
Dans le jardin de l’Observatoire de Jolimont, j’expose une sculpture en béton et sucre en forme d’escalier hélicoïdal, un motif que j’ai souvent utilisé. À côté de l’observatoire astronomique, cette volée d’escalier qui s’élève vers le ciel prend toute sa dimension symbolique de transgression et de liberté.
Propos recueillis par Maëva Robert
Photo : Anthony Francin
Jusqu’au 2 août. Castelet, Toulouse.
Du 29 mai au 20 septembre, Observatoire de Jolimont, Toulouse.
Publié par Rédaction de Ramdam
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