Jeune Public
Lydie Marchi : "Une expérience commune"
Nous l’avions laissée à la direction du Centre d’art et de photographie de Lectoure en 2024, nous la retrouvons en 2026 à la tête de mille formes Montpellier, nouveau centre d’éveil à l’art à l’attention des moins de 6 ans. Si Montpellier - première ville française du réseau international Ville des enfants - fait un pas de plus en direction des tout-petits, Lydie Marchi y voit aussi une approche innovante de l’accessibilité à tous aux droits culturels.
Quelle est la philosophie de mille formes Montpellier ?
Mille formes est un espace proposé aux enfants et aux accompagnants pour un premier éveil à la création artistique. Il repose sur des dispositifs réalisés par des artistes contemporains, destinés à stimuler la curiosité et l’imaginaire par le biais du jeu et d’une approche sensorielle. Entre 0 et 6 ans, c’est le moment de l’ouverture au monde, de l’émancipation du regard. Pour reprendre les propos de Maria Montessori « La main accompagne l’esprit » : ici, on peut toucher à tout. Si le socle du projet reste les arts plastiques, mille formes est un espace pluridisciplinaire, avec une programmation ouverte aux arts vivants, à la littérature, à la musique.
Montpellier est la deuxième ville après Clermont-Ferrand à se doter d’un équipement mille formes. Comment s’articule la coopération entre les deux structures, mais aussi avec le Centre Pompidou, partenaire du projet ?
Le premier projet mille formes a vu le jour à Clermont-Ferrand en 2019, sous l’impulsion de son maire Olivier Bianchi, qui avait alors fait appel au Centre Pompidou pour apporter son expertise et le prêt de dispositifs déjà réalisés pour la Galerie des enfants. Montpellier a fait appel à son tour à l’expérience de Clermont-Ferrand pour ouvrir son propre lieu. Aujourd’hui, mille formes Montpellier appartient au réseau initié par la Ville de Clermont-Ferrand, en partenariat avec le Centre Pompidou qui poursuit son accompagnement. Si la philosophie reste la même, ce n’est pas un projet clé-en-main. Ce sont deux cas différents, qui tiennent compte de la réalité des territoires. À Montpellier, où le travail sur la petite enfance est déjà très avancé, le projet apporte une belle complémentarité au travail en direction des enfants déjà fourni par les institutions culturelles, musée Fabre, MO.CO, Opéra Orchestre, Centre chorégraphique…
Y aura-t-il des passerelles avec ces différentes institutions ?
Absolument, c’est déjà le cas. En préfiguration de l’ouverture du lieu, plusieurs projets se sont déployés dans différentes institutions montpelliéraines. Au MO.CO à l’occasion de l’exposition de Françoise Petrovitch l’été dernier avec une exposition – atelier pour les enfants. À la Panacée avec le parcours immersif « Il était une ville », ou en itinérance dans les quartiers de Montpellier avec la station mobile « Tendre Géant ». Le dialogue avec ces lieux, et d’autres encore, va se poursuivre. Mille formes a aussi vocation à être un relais de l’actualité culturelle de la ville, une porte d’entrée pour aller vers d’autres établissements.
Quel est le mode de fonctionnement du lieu ?
Le lieu est gratuit et ouvert à tous : 1000 m2 en plein centre-ville, aménagés sur deux étages avec deux galeries d’exposition, un atelier, un mini-musée, une salle pour les arts vivants, une salle de lecture… Quand on arrive, on se déchausse, on pose son sac. Six médiateurs accueillent les visiteurs et les accompagnent dans la découverte des espaces. Les enfants s’approprient les installations librement, touchent, manipulent ou observent, et peuvent participer aux ateliers et aux rendez-vous programmés.
… et la place réservée aux adultes ?
Ils sont partie prenante de l’aventure. L’accompagnement à la parentalité est l’un des biais importants du projet. Mille formes est pensé pour les enfants et leurs parents ou accompagnants. La découverte se fait ensemble. C’est une expérience commune, qui repose sur l’échange et le partage, une approche de l’art ouverte où les enfants ont leur mot à dire et où les adultes ont beaucoup à apprendre des enfants.
Mille formes Montpellier est aussi un lieu de soutien à la création artistique. Pour les artistes impliqués, en quoi est-ce une expérience à part ?
Les différents projets produits avec les artistes doivent répondre à un cahier des charges précis. Ici, on ne parle pas d’œuvres, mais de dispositifs artistiques. Il faut intégrer la notion d’apprentissage et de jeu, se mettre littéralement à hauteur d’enfants, avec des œuvres plus basses, voire posées au sol. Mais ce qui change fondamentalement, c’est la question des normes : tout va être touché, peut-être léché. Nous avons des obligations à respecter. Tous les artistes ne sont pas prêts à se plier à ces contraintes, mais c’est souvent un beau challenge, qui pique leur curiosité…
Presque toutes les institutions culturelles ont aujourd’hui un programme réservé aux enfants ; des lieux entièrement dédiés, c’est en revanche moins répandu. Est-ce qu’une tendance est en marche ?
Il y a depuis longtemps des musées pour les enfants, comme le Chicago Children’s Museum, le musée des Enfants à Bruxelles ou la Galerie des Enfants au Centre Pompidou. Mais depuis la crise Covid, il y a clairement un nouvel intérêt pour l’éducation à l’art en lien avec la petite enfance. Le Victoria and Albert Museum à Londres a franchi le pas, et c’est une tendance que l’on observe à travers le monde.
Quels sont les premiers grands rendez-vous de mille formes Montpellier ?
Le week-end d’inauguration pour commencer, du 6 au 8 février, avec une proposition extérieure de Virginie Barré qui mêle installation, musique et danse, destinée à voyager dans les quartiers de la ville en 2026. À l’intérieur, la programmation sera renouvelée tous les 4 à 6 mois. Les premières propositions s’articulent autour du thème du cirque. Il y a des œuvres originales empruntées au FRAC et au musée Fabre, une exposition-atelier de Damien Poulain, une autre de Stéphanie Lalew, et une troisième conçue par le Centre Pompidou autour du cirque de Calder, le tout enrichi d’invitations à des conteurs, musiciens, comédiens, designers culinaires…
Propos recueillis par Maëva Robert
Week-end d’inauguration, du 6 au 8 février, mille formes, Montpellier.
Photo : Cecile Marson, Ville de Montpellier
Publié par Rédaction de Ramdam
Montpellier, Montpellier
Autre
34000 Montpellier