Classique

Marie-Nicole Lemieux près des remparts de Séville

Du 21 au 30 janvier

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Elle va chanter Carmen sur la scène du Capitole. Marie-Nicole Lemieux va incarner la Carmencita avec tout ce qu’elle a en elle : sa voix d’abord, son génie de la scène, son rire et ses larmes. Une sincérité absolue qui métamorphose les rôles. Attendez-vous à voir une Carmen différente, sans clichés ni falbalas, tranchante et fine mouche. La Carmen Lemieux !

Aviez-vous un désir fort d’incarner ce rôle légendaire ?
Quand on commence la carrière, et même déjà au conservatoire, on rêve toujours de ce rôle. Bien-sûr la tradition fait peur, bien-sûr toutes celles qui l’ont chanté pèsent lourdement, puis en prenant de l’expérience, on arrive à se dire pourquoi pas, pourquoi pas moi ? Ce qui m’a motivée pour le faire, c’est que je crois que j’ai quelque chose à dire à travers ce rôle. Il faut avoir envie de dire quelque chose pour être vecteur d’émotions. J’ai envie de raconter cette histoire. Il faut passer au-dessus des contraintes vocales pour se concentrer sur le texte qui est essentiel.

Justement à propos du texte, voyiez-vous Carmen comme un drame passionnel romantique version 19e siècle, ou plutôt comme l’histoire crue d’un féminicide version 21e siècle ?
Je le vois comme un féminicide qui se perpétue depuis des millénaires. Pas du tout comme un drame passionnel. Ces meurtres de femmes arrivent quotidiennement et il faut en parler. En même temps Carmen est un opéra féministe où le personnage est libre de son corps, libre de ses choix. Ce n’était pas chose courante à l’époque de la création et encore aujourd’hui combien de femmes se font tuer parce qu’elles veulent tout simplement vivre leur vie. Il y a encore des hommes qui ne sont pas assez solides mentalement pour accepter que l’autre ne leur appartient pas, c’est le cas de Don José.

Quelles sont les difficultés du rôle, à la fois du personnage dramatique et de la partition musicale ?
Le défi musical consiste à trouver la juste balance entre le texte et la musique. La musique est sublime, la musique est sublimissime ! Carmen, je parle de l’opéra, si on n’a pas envie de danser, si ça « groove » pas, pour moi c’est raté. C’est une partition très chantante et le défi est dans l’articulation, si elle est trop importante, on peut perdre la ligne. Il faut être dans la bonne prononciation et la ligne musicale qui est si belle.

Imaginez-vous le plaisir que vous allez nous donner ?
Je ne veux pas penser à ça car j’ai la trouille. J’ai une trouille immense ! Il faut être digne de ce rôle-là, que les gens croient en cette histoire que je veux leur raconter. Dans la tradition on choisit souvent pour incarner Carmen des chanteuses pour leur physique, c’est un défi pour moi car je ne rentre pas dans les canons de beauté. Je ne dis pas que je ne suis pas jolie, je dis que je ne rentre pas dans les canons culturels de beauté dominants. Mais je pense aussi que chaque femme est unique et a son pouvoir de séduction. Ce n’est pas évident pour une femme, qui plus est une artiste, d’être sur scène de faire Carmen car le défi physique est une pression supplémentaire qu’on nous met sur les épaules. Mais je ferai de mon mieux !

Quelle est votre bonne résolution pour la nouvelle année ?
Ma résolution c’est de reprendre du poil de la bête. Je m’explique : on s’est tellement battu pour survivre pendant la pandémie, que le retour à la quasi normalité est très difficile. Il y a eu des combats de survie et reprendre comme avant n’est pas facile du tout. J’espère retrouver l’équilibre que j’avais ou plutôt trouver un nouvel équilibre avec ce que j’ai appris de la pandémie, c’est cela mon défi. Quand je parle d’équilibre, cela inclut ma vie privée comme ma vie professionnelle, retrouver la passion et une certaine sérénité.
Propos recueillis par André Lacambra

Photo : Denis Rouvre

Site web : https://www.theatreducapitole.fr/

Publié par Rédaction de Ramdam


Théâtre du Capitole,