Théâtre
Là
Baro d’Evel aborde 2026 au Théâtre de la Cité. La compagnie de Camille Decourtye et Blaï Mateu Trias vient y réaliser un rêve : une version de Là dont la musique est jouée en direct par l’Orchestre de Chambre de Toulouse. Une façon, pour cette troupe sise à La Grainerie, de resserrer encore davantage les liens qui l’unissent à son port d’attache toulousain.
Là, créé en 2018 à Montpellier, combine deux corps (Camille Decourtye et Blaï Mateu Trias) et un corbeau pie, dans un tableau en noir et blanc. C’est le premier volet à deux (la compagnie préfère parler d’avant-poste) d’un diptyque que Falaise a élargi au collectif en 2019. Quasiment pas un mot. Des portés, des chutes et des silences entrecoupés de Bellini, Purcell et Arvo Pärt.
On peut rappeler que cette compagnie a triomphé à Avignon en 2024 avec Qui Som ?. Qu’elle affûte depuis vingt-cinq ans une esthétique forte et un style propre. Qu’elle croise cirque, danse, théâtre, et que chevaux, chiens ou oiseaux y occupent une place discrète mais centrale.
On ne s’usera pas, en revanche, à tenter d’exprimer de quoi Là est fait. Quiconque a assisté à un spectacle de Baro d’evel sait combien il est ardu de décrire leur marque de fabrique, cet entrelacs de gravité et de cocasserie qui laisse groggy et joyeux à la fois. Cette anecdote, peut-être, y parviendrait. On la trouve dans le très beau livre-manifeste que la compagnie vend à la fin de ses spectacles. Blaï Mateu Trias y raconte comment ses parents, clowns sous Franco, peignaient des mots en catalan sur des poules avant de les lâcher sur les Ramblas. Les passants observaient alors, avec une joie clandestine, la Guardia Civil cavaler après ces volailles séditieuses, porteuses d’une langue que le pouvoir cherchait à mater. Ces animaux pensés comme des partenaires, cet humour qui rend vivable la gravité, cette fantaisie qui tue la peur, c’est Baro d’evel tout entier. SV
Photo : François Passerini
Publié par Rédaction de Ramdam